Si l’analyse des résultats est un domaine où l’interprétation partisane va bon train, l’UMP, notamment par les voix de Frédéric Lefebvre et Xavier Bertrand, a poussé l’exercice à son paroxysme dans ses déclarations de dimanche soir.
Pourtant, rares ont été les représentants de l’UMP à reconnaître la défaite de leur camp, dimanche sur les plateaux télés et dans les conférences de presse. On a même assisté à quelques pirouettes intellectuelles mémorables, dont celles de Frédéric Lefebvre et Xavier Bertrand, respectivement porte-parole et secrétaire général de l'UMP.
L’abstention ne permet pas de tirer de conclusions
C’est l’argument le plus entendu dans la bouche des membres de la majorité présidentielle. L’abstention, record pour une élection locale, enregistrée dans ses régionales discréditerait le succès de la gauche. François Fillon l’a lui-même repris dans sa déclaration : "la faible participation ne permet pas de tirer un enseignement national de ce scrutin".
Lors des élections européennes de 2009, quand l’abstention, là aussi record, avait plutôt profité à l’UMP, personne n’avait bizarrement avancé cette explication.
Il est toutefois permis de tirer des conclusions de cette même abstention, à condition qu’elles mettent en cause la gauche. "Vous avez 90% des régions qui sont détenues par des socialistes qui sont donc les sortants. Les socialistes crient victoire en expliquant que c’est un vote sanction contre le gouvernement, et ils ne tiennent pas compte que ce sont eux qui sont aux affaires dans les régions et que plus d’un Français sur deux n’a pas été voté", a ainsi répété Frédéric Lefebvre, lundi matin sur RFI.
L’abstention n’aurait donc concerné que l’électorat socialiste ?
L’UMP est arrivé en tête dans de nombreuses régions
Voilà une affirmation qui ne mange pas de pain et a l’avantage d’être indéniable. Les listes UMP sont arrivées en tête dans 12 des 22 régions de la Métropole. Ce qui permet à certains de crier victoire là où la défaite au second tour est inéluctable, comme Valérie Pécresse en Ile-de-France. "Résultats très encourageants, les idées neuves sont en tête !", s'est félicité la candidate en Ile-de-France sur son compte Twitter.
Bien sûr, quand on a dit ça, on n’a pas dit grand-chose. Surtout, si on omet de préciser que l’UMP a opté pour des listes uniques, alors que le PS et ses alliés ont mené campagne séparément. Et tout le monde sait que la quasi-totalité des candidats UMP arrivés en tête au premier tour ne résistera pas à la vague rose-verte-rouge du second.
Rien n’est joué pour le second tour
Suite logique des arguments précédents : avec la réserve de voix des abstentionnistes et la dynamique née des "victoires" des listes UMP au premier tour, la victoire de la gauche dimanche prochain serait loin d’être acquise. "Tout reste ouvert parce que les électeurs ne sont la propriété d'aucun parti", a martelé Fillon depuis l'hôtel Matignon. "Rien n'est donc joué pour le second tour dans de nombreuses régions françaises".
Xavier Bertrand est même allé un peu plus loin, en niant carrément la réalité des chiffres : "On nous avait dit que les forces de gauche l’emporteraient très largement, et que l’UMP serait très largement distancé. Il n’en a rien été. Parce que les Français aiment déjouer les pronostics. Et j’ai la très forte conviction que dimanche prochain, les Français voudront aussi déjouer les pronostics."
Rappelons tout de même que les instituts de sondages avaient donné l’écart de trois points que l’on retrouve dans le résultat final. Quels pronostics ont donc bien pu être déjoués par les Français ?
Le choix de l’Union était le bon pour l’UMP
L’UMP aurait moins pu lâcher du lest sur ce point, en reconnaissant que la stratégie des listes uniques avait été une erreur. "Le minimum quand on fait ça, c’est d’arriver en tête au premier tour", notait le politologue Roland Cayrol, dimanche sur I-Télé.
Ce choix est également une des explications de la faible participation. "Les électeurs de droite qui voulaient sanctionner l'UMP n'avaient plus comme choix que de s'abstenir ou de voter FN", a expliqué Eric Bonnet, directeur d'études BVA opinion, à 20minutes.fr.
La chute du MoDem aurait par exemple pu profiter à des listes Nouveau Centre. CPNT aurait également pu fédérer une partie de son électorat traditionnel s’il n’avait pas été phagocyté par l’UMP. Au lieu de ça, son secrétaire général Xavier Bertrand a préféré taper sur la dispersion de la gauche, et dénoncer la compromission qui va régner sur les négociations d’entre deux tours :
"Dès ce soir, nous le savons bien, entre le Parti Socialise, entre certains dirigeants verts, et certains dirigeants du Front de gauche, il va falloir déchirer son programme."
Toute cette dialectique est évidemment de bonne guerre en période électorale, mais entre l'auto-flagellation et le déni total de la réalité d'un scrutin, il y avait sans doute un juste milieu à adopter pour l'UMP.
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