Malgré 250 millions d'euros dépensées sur le marché des transferts l'été dernier, le Real Madrid a été éliminé par l'OL en huitièmes de finale de la Ligue des champions. Une contre-performance sportive qui ne remet pas encore en cause le modèle économique des "Galactiques", mais risque de coûter cher au club le plus riche du monde.
"Il y a des conséquences mécaniques, sur les droits télés de la Ligue des champions qui sont reversés au club par l'UEFA ainsi que le manque à gagner en termes de billetterie sur les matchs qu'aurait pu disputer le Real", confirme l'économiste du sport Frédéric Bolotny.
"Le football n'a pas de prix"
En septembre dernier, après les investissements pharamineux réalisés lors du mercato estival par le club madrilène, Bolotny nous confiait que "le Real n'aura pas le droit de perdre des matchs". Or, la "Maison Blanche", surnom du club, en a perdu des matchs.
A l'automne, déjà, la piteuse élimination en Coupe du Roi contre une équipe d'amateurs avait fait grand bruit. Cette fois, c'est plus grave. Le Real est éliminé en huitièmes de finale de la Ligue des champions, pour la sixième fois consécutive. Son rêve de disputer la finale de l'épreuve dans son stade de Santiago Bernabeu s'est donc envolé. Une humiliation qui a provoqué le déchaînement de la presse espagnole, sportive et généraliste.
"Le football n'a pas de prix", comme l'a titré un éditorial d'El Pais, qui démarre sur ce constat sans appel : "les titres ne s'achètent pas, ils se gagnent." Une réalité pas vraiment prise en compte dans le projet économico-sportif du président Florentino Perez, magnat du BTP espagnol qui a ressuscité le concept des "Galactiques", qu'il avait lui-même inventé au début des années 2000 en recrutant à prix d'or les plus grandes stars du ballon rond (Zidane, Ronaldo, Figo).
Adieu la finale au Bernabeu
En dépensant 250 millions d'euros pour recruter notamment Cristiano Ronaldo et Kaka, Perez misait à fond sur cette fameuse finale de la Champions League. Avec l'espoir de voir son équipe soulever le 10e trophée de l'histoire du club dans l'épreuve reine devant son public. Le voilà sous le feu des critiques, seulement six mois après son retour à la présidence du Real.
Mais cet échec remet-il vraiment en cause le concept ultra capitaliste de Perez, qui consiste à déconnecter l'économique du sportif pour maintenir les revenus du club quelque soit sa réussite dans les grandes compétitions ?
"Quand on mobilise le mythe du super héros, on n'a pas le droit à l'erreur, donc l'image du club va aussi en pâtir. Et il peut y avoir des retombées négatives sur le marketing à force d'enchaîner les défaites à ce stade de la compétition", analyse Frédéric Bolotny.
Club richissime, mais aussi endetté jusqu'au cou, le Real symbolise tous les excès du football business. Un secteur qui veut se croire préservé de la crise économique qui secoue la planète depuis deux ans. Mais se voit rattrapé par la réalité.
Tickets et maillots en baisse
Toujours d'après Bloomberg, la fréquentation du Real Madrid aurait d'ailleurs chuté de près de 8% depuis le début de la saison, en dépit du recrutement des Ronaldo et compagnie. Et le Real vendrait moins de maillots que Chelsea ou Liverpool. Logique qui l'on rappelle que l'Espagne traverse sa pire récession depuis 60 ans...
L'ère des "Galactiques 2" va-t-elle donc s'arrêter encore plus tôt que celle des "Galactiques 1" de Zidane, qui s'était achevée sur trois saisons sans titres, et causer la perte du Real ?
"Il peut y avoir un effet boomerang, mais rien qu'en droit télé sur le championnat d'Espagne, le Real a un contrat de 1,1 milliards d'euros sur sept ans. Donc ça amorti ce genre de choc", pondère Frédéric Bolotny. "Je ne pense pas que le Real va mettre la clé sous la porte. Mais ce genre de contre-performance ne devra pas se répéter indéfiniment pour que le projet de Florentino Perez continue..."
Crédit photo : SIPA
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