Réseaux sociaux maison, clips de campagne, Twitter… Les élections régionales 2010 révèlent un nouveau rapport de forces entre les partis sur le Web. Et en l’occurrence, le Parti Socialiste s’en sort visiblement mieux que les autres depuis quelques temps. Flu a tenté de décrypter les clés de cette évolution. Le PS, nouveau leader du web politique ?
Si l'impact de la communication politique 2.0 est encore anecdotique, et que le "cas Hidalgo" demeure particulier, l'initiative démontre que du côté du PS, on a décidé de ne pas laisser passer le train du e-militantisme dans cette campagne pour les régionales 2010 qui fait office de laboratoire grandeur nature.
La Coopol, réseau social créé par le parti, marche mieux que son concurrent made in UMP, Les Créateurs des Possibles. Les clips de campagnes signées par le PS sont plutôt drôles et incisifs, là où le lipdub des Jeunes Pop' a été le sujet de toutes les railleries. Bref, le PS, en ce début 2010, semblerait être le parti qui gère le mieux son image sur le Web.
Twitter et Facebook : des débuts d'interaction
Twitter en tête, les élus PS font plus que faire acte de présence sur les réseaux sociaux. Si le profil et le comportement type du politique moyen sur ce genre de réseau est généralement barbant, certains élus socialistes font l'effort de tenir leurs comptes eux-mêmes, et de publier des choses cohérentes avec le type de média utilisé. Jean-Luc Romero, présent à la rencontre du 22 février organisée avec Anne Hidalgo, résume l'idée simplement : "si on ouvre un compte Facebook ou Twitter pour laisser des collaborateurs s'en occuper à notre place, ça ne sert à rien".
Les candidats PS en Ile-de-France pratiquent une vraie interaction avec leur communauté, n'hésitant pas à retweeter ou à répondre à leurs followers, là où les élus UMP ont tendance à publier de manière unilatérale leur seul agenda de campagne ou des liens vers des communiqués de presse.
La tendance reste cependant assez marginale au niveau national. Le PS compte encore dans ses rangs des rescapés de l'ère Mitterrand, qui ne saisissent qu'à moitié l'intérêt communicationnel des réseaux sociaux, surtout en dehors des périodes électorales. Sans parler de la fracture Paris/Province, notamment criante sur Twitter, comme on peut le constater sur Twitter-les-Bains, la page mise en place par Fluctuat pour suivre les régionales via le site de microblogging.
Par ailleurs, si on jette un œil à l'office statistique de Twitter-Les-Bains, on remarque que l'UMP compte plus de followers, grâce à ses deux "poids lourds" numériques : Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, qui totalisent respectivement 40 000 et 27 000 followers, ne semblent pas déléguer leurs tweets et maîtrisent leur image de technophiles cool. Même au-delà des ces deux phénomènes, la moitié du Top 10 des comptes politiques les plus suivis est estampillée UMP. Une situation qu'on peut attribuer au rajeunissement des cadres UMP amorcé par Nicolas Sarkozy en 2007.
Moins de force de frappe du côté du PS, donc, mais des bons élèves comme Anne Hidalgo ou Benoît Hamon (2e plus gros twitterer politique), et une ribambelle de "twitterers" assidus, souvent des jeunes pousses, comme Nadège Abomangoli ou Pierre Kanuty, qui brassent tout de même une petite tripotée de followers et misent sur l'interactivité de l'outil.
Côté UMP, la relève numérique parait moins fournie, en dehors du président des Jeunes Pop Benjamin Lancar, qui doit une bonne partie de ses followers à son côté Frédéric Lefebvre junior.
Sur Facebook, où les politiques publient sensiblement le même contenu que sur Twitter, les scores sont à peu près les mêmes (mis à part pour Sarkozy qui dépasse les 200 000 fans). Mais un petit tour sur les profils confirme que, là aussi, l'UMP est presque aussi actif que son rival, mais moins doué pour échanger réellement avec sa communauté de suiveurs.
La Coopol, un outil militant efficace

La Coopol, le réseau social du Parti Socialiste, comptabilise 24 000 membres depuis sa mise en ligne. Une dynamique que l'on ne retrouve pas chez son équivalent UMP, "les Créateurs de Possibles", qui peine à atteindre la dizaine de milliers d'inscrits. La Coopol tire avantage de sa structure pédagogique, avec des responsables de section qui motivent les différents échelons hiérarchiques à s'inscrire et à être actifs, comme l'évoque Benoît Thieulin, responsable de la Netscouade : "le déploiement régional interne, les nombreuses réunions de présentations organisées localement, sont pour beaucoup dans cette montée en charge continue".
Jordan Ricker, community manager à l'agence Spintank, a cependant un reproche à faire au site estampillé PS : "Le problème de la Coopol, c'est qu'elle n'est pas assez adaptée à intégrer la société civile dans les débats internes, ça reste un peu trop un outil de parti, alors que l'UMP a mieux réussi son coup pour ce qui est de l'ouverture, au moins sur le principe".
Alors, "trop PS" comme outil ? Si on passe y faire un tour, on s'aperçoit vite que l'essentiel des échanges reste effectivement axé sur les actions militantes plutôt que sur des débats au sens large. Une sorte d'"Intranet national" du PS, très utile aux sections locales (et conçu comme tel), mais qui peine un peu à élargir son auditoire pour l'instant.
Côté UMP, la mayonnaise tarde à prendre pour plusieurs raisons. "Les Créateurs de Possibles, c'est plus adapté pour poster des initiatives, mais l'outil est bien trop désincarné, et ne pousse pas assez à l'interaction entre membres", avance Jordan Ricker. Benoît Thieulin valide cette idée de vide communautaire : "On n'y trouve aucune application s'adressant à un public spécifique, et l'objectif de rassemblement reste flou et ne fait pas sens. Tout le monde est visé, et par conséquent la plateforme est incapable de révéler une communauté spécifique".
Peu de liens de personne à personne, supplanté par une possibilité de suggestion accrue. Sauf qu'au final, peu de gens finissent par s'agglomérer autour des propositions postées... Cédric Deniaud, en charge des Créateurs de Possibles, se défend en expliquant qu'une "phase sociale" viendra s'ajouter prochainement : "On a préféré d'abord axer sur les initiatives, puis fédérer les gens autour dans un second temps. Le PS, au contraire, tente en quelque sorte de rassembler des personnes dans une salle de réunion sans trop savoir de quoi elles vont parler".
Le PS à au moins su s'entourer des bonnes personnes pour créer un outil qui, s'il est moins ouvert, reste visiblement très structurant et dynamisant pour sa propre santé.
Un site officiel enfin utile
"La période des sites vitrines, c'est fini". La position d'Emile Josselin est univoque : l'heure est à la proposition de contenu. Cet ancien de 20minutes.fr, aujourd'hui responsable des contenus web au PS, explique cette direction : "Ça nous semblait plus pertinent de produire nous-mêmes nos papiers, pour être réactifs sur les interrogations des internautes et leur fournir des réponses avec une vraie direction politique". Pas de journalisme à proprement parler, on reste dans le discours partisan, mais un vrai suivi de l'actualité.
Depuis décembre, ils sont sept à gérer cet aspect de la communication numérique, au lieu de deux auparavant. Cette équipe travaille à proposer un contenu le plus diversifié possible (on voit apparaître des chats avec des candidats, des contenus interactifs comme la fameuse "carte des divisions de l'UMP"), dans un site qui ressemble diablement à un site de type "média" (liste de publications, avec la plus récente en tête de page).
Et les autres partis ? A part quelques bons points pour Europe Ecologie et le MoDem, la dictature de la vitrine prévaut encore. Le PS se place ici dans une position qui, si elle n'invente rien, décide au moins de faire bouger les usages et les canons des sites de partis, figés depuis trop longtemps. Seul le MoDem fait mieux dans le principe, avec un réseau de sites de section et d'outils communautaires au fonctionnement unifié. Les concernant, le problème serait plutôt que peu de monde s'en sert...
L'opposition, une position de force ?
Sans se mouiller, on peut dire que le PS remporte la bataille des clips de campagne qui l'oppose à l'UMP. Pour Jordan Ricker, la raison principale de la réussite des vidéos socialistes (réalisées par Magne et Viard) est claire : "C'est beaucoup plus adapté de faire preuve d'humour, d'être caustique ou décalé lorsqu'on est dans une démarche d'opposition, et le PS le réussit bien". Emile Josselin tient quand à lui à préciser que "tous les clips pour les élections régionales finissent par une vraie proposition, ce qui ne les empêche pas d'être réellement adaptés au média Internet". Pour faire simple : on peut produire des choses virales et constructives, tout en étant réactif. Pour preuve, ce clip proposant un détournement d'une pub Google diffusée pendant le Superbowl qui a créé le buzz en circulant quelques jours seulement après l'apparition de la version d'origine.
Mais plus que la position d'opposant, c'est la "culture de gauche" qui revient régulièrement comme argument principal de la bonne forme qu'affiche le PS sur le terrain de la com web.
Benoît Thieulin résume l'idée : "Faire campagne sur le terrain, coller des affiches, tracter, on a toujours su faire cela à gauche. Aujourd'hui, ces phénomènes se retrouvent, adaptés, dans les nouvelles formes de militantisme dans ce nouvel espace social qu'est internet : commenter, voter, disséminer des contenus, coproduire des infos, sont les nouveaux prolongements de ces pratiques".
Ce militantisme 2.0 arrive à toucher les spectateurs et à donner une image un peu décomplexée au parti. L'enjeu étant aussi de ne pas franchir la mince frontière qui sépare le "décalé" du ridicule. A l'image de l'UMP qui, échaudé par le "succès" de son lip dub (environ 1 millions de vues), a laissé de côté la vidéo de campagne.
Révélateur de santé IRL ?
D'accord, le Parti Socialiste maîtrise a priori mieux sa campagne numérique que les autres. Mais, au-delà de cette constatation, l'heure est-elle au redressement du PS tout court ? "Le PS a changé depuis un an et demi, personne n'a voulu le voir", défend Benoît Thieulin. Il développe : "Après le calamiteux congrès de Reims, une nouvelle équipe est quand même arrivée à Solférino, des trentenaires et des quadras, pour l'essentiel plus ouverts aux nouvelles technologies. Christian Paul et Arnaud Montebourg ont joué un rôle majeur concernant la place du numérique".
Cette arrivée d'une nouvelle génération couplée à leur envie de changer les choses est-elle réellement la clé de cette mue numérique ? Thieulin valide : "On n'attendait que cela car à la base, pour les militants, sur les blogs et dans le web social, le tournant avait été pris depuis longtemps".
C'est là un des atouts majeurs du PS : sa base militante et sympathisante. Le vote ouvrier ayant quitté le navire depuis quelques temps, ce sont avant tout les profs, les cadres, les employés, certains étudiants qui se sentent proches des concepts de la social-démocratie. Ces catégories sociales sont les plus perméables aux nouvelles technologies et les plus aptes à s'approprier les outils sociaux comme Twitter, et à se composer comme communauté générant du contenu, de façon spontanée.
Cédric Deniaud en a bien conscience : "Les opinions de gauche s'expriment aujourd'hui plus naturellement sur le web que celles de droite, il en résulte une meilleure organisation de la gauche de ce côté là".
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