Un lecteur de Flu témoigne
Chatroulette : parler au hasard avec n'importe qui, via une webcam.
Pigeroulette : écrire anonymement un papier sur Chatroulette et l'envoyer à un site qui le publie.
Si je me fie à mon expérience sur chatroulette, à n'importe quel moment, 10% de l'humanité se masturbe - et accessoirement le fait devant une caméra - peut-on en tirer une corrélation avec le taux d'exhibitionnistes ?
Environ 5 à 10% de l'humanité attend la première occasion de faire de même.
Cette fraction est mâle à une écrasante majorité.
Le reste de l'humanité se composerait en vrac :
De MILFs avec des objets oblongs sur leur lit, ouvertes à une discussion cordiale sur le féminisme et peut-être davantage mais ma connexion a sauté et je n'en saurai pas plus ;
De nains (c'est possible de mesurer à peine 3 pieds de haut ?) horny qui cherchent à voir ton sexe - pas de chance, tu fais partie des 80% qui ne montrent pas leur bite ;
De pirates roumains - des vrais pirates, avec perroquets sur l'épaule et tricorne sur la tête - qui sont, oui oui, parmi les personnes les plus normales que tu pourras trouver à certains moments ;
De quelques catcheurs - hasta la lucha siempre ;
De Français - on se reconnaît facilement, on a des vraies têtes de Français -, bol d'air dans toute cette folie random, avec lesquels on peut se reposer deux secondes et discuter de banalités aléatoires - d'où tu viens, quel temps il fait, bonjour à ta femme que je vois juste derrière, allez, à plus, je replonge dans l'arène ;
De quelques paires de seins volontairement exhibées - et pas forcément moches - notamment la Chinoise mignonne qui m'a proposé après les politesses d'usage de "show you my titties" ;
D'un Hollandais délicieux avec un magnifique aquarium ;
De quelques /b/tards ou assimilés, en masque de V ;
De pièces vides, diverses et variées, avec parfois des bruits étranges dans le fond ;
De quelques actes sexuels en direct ;
D’un golden retriever effrayé par tout ce stupre ;
De gens moches - ou tout du moins pas très beaux - qui se révèlent les plus intéressants pour qui cherche, incidemment, à avoir une discussion avec un ou une inconnu(e), et ce pour une raison très simple : avec tout nouvel interlocuteur, il y a une à trois secondes de silence en attendant de voir si l'un va nexter l'autre ; une fois ce temps écoulé, ça commence en général par un "hi" et peut continuer sur une vraie conversation. Ces gens sont souvent étudiants et tous dotés d'un véritable sens de l'humour ;
D’une bonne quantité d'écriteaux demandant des seins pour des raisons variées et rarement valables, mais parfois honnêtes, ainsi le très franc "tits for my cock plz" ;
De Polonais qui font la fête dans leur cuisine - avec eux une communication très simple s'installe, fondée sur le mouvement en rythme avec leur musique et quelques signes de base tels que le pouce levé ou le V de la victoire - sympa, mais un peu vain après trente secondes - mais quand même, ils m'ont donné envie de reprendre une bière ;
De quelques aberrations anatomiques ou de prises de position scato/uro/zoophiles, le tout en images, en mouvement et quelquefois en son ;
D’une poignée de sociologues chiants qui essaient de capter les équations sociales à partir de chatroulette et en tirent des banalités - je suis convaincu qu'il n'y a pas de loi, pas de règle sociale à en tirer, c'est justement le principe du random qui fonde chatroulette - et si on essaie de mettre le random quasi absolu dans des cases, on finit comme le mathématicien dans Pi - ou plus probablement par énoncer des stupidités ;
De quelques filles plutôt jolies, certaines un peu salopes, d'autres non, quasiment toutes visiblement blasées à l'extrême ;
D’un nombre incroyable d'Américains - on les reconnaît à cette mâchoire, ce visage qui respire les hormones de croissance, cet esprit college et cette expression d'ennui profond ;
D'un grand nombre de Chinois aussi qui seraient, à en juger par leur ennui qui te saute au visage, les Américains du futur ;
D’écrans noirs et de caméras déconnectées derrière lesquels se cache un peu tout et n'importe quoi, des surprises plutôt bonnes (des timides, des marrants, des tout simplement pas équipés d'une webcam) et d'autres plutôt mauvaises mais toujours moins pires que celles en images car, pour reprendre la maxime 4chanienne, "what has been seen cannot be unseen" ;
Et enfin d'un couple d'Ukrainiens, probablement les gens les plus amoureux que j'ai pu croiser dans ma vie, qui buvaient du mauvais vin blanc en brique et qui m'ont offert mon meilleur moment - avec une communication certes basique, car pour eux elle passait par un traducteur en ligne, mais chaleureuse, à tel point que, lorsque la discussion a freezé (ça arrive parfois, souvent dans les meilleures discussions, d'un coup plus rien ne répond), je me suis déconnecté, je préférais rester sur leur souvenir plutôt que sur celui d'un sexe anonyme et vaguement turgescent.
Conclusion
Au final, Chatroulette ne montre rien de fondamentalement différent de ce qui se passe dans une boîte de campagne un samedi d'hiver, dans une soirée speed-dating ou sur Internet en général.
Cela dit, il faut aussi envisager la contrepartie, l’acceptation du jeu, voire la volonté d’être consommé. Qui met les pieds sur Chatroulette sait qu’il sera jugé sur la toute première impression, qui dure souvent moins d’une demi-seconde. Voyeurisme et exhibitionnisme se rejoignent intimement, par le souhait de plaire ou de dégoûter dès le premier instant.
Et enfin, sur une Toile où la multiplication des niches étouffe les dynamiques de confrontation à la nouveauté, Chatroulette représente le divers dans toute sa puissance et recrée une formidable possibilité d'être surpris. Et cette sérendipité est bien ce qui lui donne toute sa valeur.
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