Bras d'honneur, injures, propos racistes ou tout simplement révoltants, 2009 aura été riche en dérapages sur la scène publique. Un phénomène de société largement imputable à la classe politique, dont la parole ne cesse de se décomplexer. Plutôt pour le pire que le meilleur.
Alors que l'on se plaint depuis des années de la dictature du politiquement correct, accusée d'étouffer l'expression de la pensée dans un corset bienpensant, l'année écoulé a été marquée par une certaine libération du discours, notamment politique. Sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, élu en 2007 après une campagne placée sous le signe du parler cash (le kärcher pour évoquer les banlieues, les moutons égorgés et la polygamie à propos de l'Islam...), la classe dirigeante s'est mise au diapason du nouveau locataire de l'Élysée. Fini le lyrisme villepiniste, place au langage qui sort des tripes.
Problème, sous couvert de tourner la page du politiquement correct afin de prendre les problèmes à bras le corps en appelant "un chat un chat", la droite décomplexée (jointe par la gauche hystérique) a tendance à confondre franchise et vulgarité. A franchir la ligne jaune en cautionnant tels propos homophobes, racistes ou sexistes. Le but de la manœuvre serait, justifie-t-on, de se mettre au niveau du peuple. Vu le résultat, cela en dit long sur le mépris qu'entretiennent les élites à son endroit...
Bourrin d'or pour l'ensemble de sa carrière, Frédéric Lefebvre est considéré hors compétition et n'a pas été retenu dans la sélection par la rédac de Flu.
Le plus vulgaire : Eric Besson et Noël Mamère
Honni par ses ex-collègues socialistes, pris pour cible par la presse qui traque ses moindres incartades, Eric Besson s’est fait gaulé en train d’adresser un doigt d’honneur aux journalistes de Dimanche +, lors de l’université d’été de l’UMP à Seignosse. Pas de quoi fouetter un chat, certes. Reste que ce comportement déplacé illustre à merveille la mutation de la classe politique qui, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, perd ses inhibitions. Un phénomène contagieux qui a aussi touché Noël Mamère, coupable d’un geste similaire dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale lors de l’intrusion de militants de Greenpeace, le 2 décembre. Ce qui a valu au député vert un troisième rappel à l’ordre depuis 1997. Un record…
Le plus homophobe : Christian Vanneste
Fervent pourfendeur des revendications homosexuelles (mariage gay, homoparentalité, etc.), Christian Vanneste est un habitué des déclarations hostiles envers la communauté gay. Invité d’un C dans l’air consacré à l’homoparentalité, en novembre dernier, le député UMP a encore étalé son homophobie sans la moindre retenu. "Il faut dire que les couples homosexuels ne sont pas forcément ceux qui boivent le moins, ceux qui consomment le moins de drogue. C’est dans toutes les études", assène notamment Vanneste, provoquant le rire jaune de ses interlocuteurs. Avant de resservir le vieux couplet du narcissisme et de l’égoïsme des homosexuels qui nuiraient à l’enfant.
Le plus "quand y en a un ça va" : Brice Hortefeux
Fidèle de Sarko, Brice Hortefeux avait récupéré, en 2007, la charge du ministère de l’Immigration, auquel était accolé pour la première fois le concept d’identité nationale. Deux ans plus tard, Eric Besson a repris le bébé et lancé le grand débat du même nom. Mais c’est Brice qui en avait posé les bases avec un certain sens de l’anticipation lors de la désormais célèbre université d’été du PS à Seignosse (où a également été tourné le lipdub UMP). Alors qu’une militante présente un certain Amine comme un modèle d’intégration ("Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière. C’est notre petit arabe"), Hortefeux se laisse aller : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes".
Une prise de position qui a dû inspirer Nadine Morano, lorsque la secrétaire d'Etat à la famille déclare, en décembre lors d'un débat sur l'identité nationale, attendre d'une jeune français musulman "qu'il aime la France, qu'il travaille, qu'il ne parle pas verlan et qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers".
Le plus cynique : Manuel Valls
Représentant de la droite du PS, parfois qualifié de "Sarkozy de gauche", Manuel Valls n'a pas failli à sa réputation lors d'une séquence filmée par les caméras de Direct 8 au moins de juin. Equipé d'un micro, le maire d'Evry déambule dans une brocante de sa ville et lâche ce commentaire : "Belle image de la ville d'Evry, tu me mets quelques blancs, quelques whites, quelques blancos". Propos qu'il assume dès le retour en plateau ("J'ai l'idée d'un mélange, d'une diversité qui ne peut pas être uniquement le ghetto") mais ne manquent pas de soulever une polémique à gauche, Martine Aubry se fendant même d'une lettre où elle l'invite à quitter le parti. Réponse de Valls : "Quel que soit le prix à payer, je ne me ferai pas le silencieux complice de l'aveuglement".
Le plus antisémite : Dieudonné
Après avoir terminé l’année 2008 en invitant le négationniste Robert Faurisson au Zénith de Paris, Dieudonné a encore réussi à se surpasser en 2009. A l’occasion des élections européennes, l’humoriste militant a présenté une liste antisioniste qui avait bien du mal à masquer son antisémitisme latent. Puis, pour ceux qui auraient encore un doute, il a tenté de récupérer la mort de Michael Jackson en l’attribuant (c’est une manie) au "lobby sioniste".
Le plus opportuniste : Nicolas Sarkozy
Bien que son discours public soit sensiblement différent, Nicolas Sarkozy n’a pas caché à ses troupes ce qu’il attendait du débat sur l’identité nationale à l’approche des élections régionales de mars 2010. "Je veux du gros rouge qui tache", aurait déclaré le président en conseil des ministres, en novembre, selon Le Monde. En on, le fidèle Brice Hortefeux explicité le message présidentiel : "affirmez vos convictions, n'hésitez pas à cliver, les Français nous soutiennent". Avec un tel discours, faut-il s’étonner des dérapages qui ont émaillé ce grand débat, dont les Français aimeraient désormais qu’on le remise au placard ? Le gros rouge a taché. Encore fallait-il penser aux éclaboussures.
Le plus Godwin : Jean-Cristophe Cambadélis et Arnaud Montebourg
Dans la haine qu'ils vouent au traitre Eric Besson, certains socialistes ont allègrement dépassé les bornes. La palme revient à Jean-Christophe Cambadélis, qui n’a pas hésité à comparer son ancien camarade au funeste Pierre Laval, membre de la SFIO avant devenir bras droit de Pétain et principal instigateur de la collaboration sous Vichy.
"Pour moi, c’est Pierre Laval. A gauche, il n’a jamais été reconnu. Mais comme il s’estime plus intelligent que les autres, il finit par démontrer qu’il peut l’être à gauche comme à droite. Sans aucun état d’âme."
Dans la même course au point Godwin, Arnaud Montebourg a lui aussi réussi à ressortir le spectre de Vichy pour dénoncer la sortie de Nadine Morano sur les Français musulmans qui parlent le verlan.
"C'est renouer avec la conception ethnique de la nation, celle qui d'ailleurs a donné lieu finalement à Vichy (...) Dans les années 30, quand on a commencé à stigmatiser tous les juifs qui fuyaient les persécutions de l'Est de l'Europe et qu'on a commencé à dire 'ils ne peuvent pas s'intégrer' ça s'est terminé comme vous le savez".
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
Afficher par : naissance / nationalité / métier