qui recrute, qui vire, est-ce vraiment le paradis... ?
Le 6 décembre 2009, Catherine Hiegel, doyen de la Maison de Molière, était virée manu militari. Beaucoup dénoncent une décision injuste et autoritaire, dans une maison qui fonctionne pourtant de façon démocratique, mais complexe. Elle a ses règles et ses codes, singuliers et uniques. Tour du propriétaire, en cinq questions que tout le monde (ou presque) se pose…
C’est l’administrateur-général de la Comédie-Française. Il s’agit actuellement de Muriel Mayette, membre de la troupe, qui a succédé à Marcel Bozonnet en 2006, pour un mandat de cinq ans. Elle décide de l’entrée des nouveaux comédiens et comédiennes, dont l’engagement est d’une durée d’un an renouvelable : ce sont les pensionnaires, aujourd’hui au nombre de 37. Elle décide également de la ligne artistique du Français. Les 23 sociétaires ont, de leur côté, un droit de regard sur plusieurs thèmes liés à la conduite de l’institution, via le comité (voir ci-dessous). Et le doyen joue le rôle de porte-parole de la troupe auprès de l’administrateur général.
2.Qui vire les acteurs de la Comédie-Française ?
Un comité, dit « gouvernement » de la Comédie-Française. Il est composé de huit membres. Parmi eux, l'administrateur général Muriel Mayette, le doyen et six sociétaires élus. Il s’agit actuellement des acteurs Claude Mathieu, Véronique Vella, Andrzej Seweryn, Eric Génovèse, Florence Viala et Alexandre Pavloff. Ils se réunissent à chaque fin d’année, pour sceller le sort d’un certain nombre d’acteurs de la troupe : couper les têtes, ou donner des médailles, en propulsant certains pensionnaires au titre de sociétaires.
Le comité se réunit à huis-clos, avant de faire connaître sa décision. En même temps que Catherine Hiegel, 63 ans, ont été décidés les renvois de Michel Robin et Pierre Vial (tous deux octogénaires) ainsi que d’Isabelle Gardien. Dans le cas de Catherine Hiegel, Muriel Mayette a voté contre –sa voix compte double-, cinq membres ont voté pour, et un s’est abstenu.
La décision sera validée le 22 décembre prochain et fera sans doute encore couler de l’encre. Beaucoup, des professionnels jusqu’à la presse, en passant par des membres même de la vénérable institution –Denis Podalydès notamment a regretté une « gigantesque erreur »- ont dénoncé des dérives autoritaires pour un système pourtant démocratique, basé sur le mode de l’autogestion. Et ce, dans un lieu dont la devise latine est "Simul et singulis" ("Ensemble et singuliers").
Avant Hiegel, d’autres figures comme Georges Descrières ou Bernard Dhéran ont subi le même traitement.
3.Qu’est-ce qu’on reproche à Catherine Hiegel ?
Catherine Hiegel, 63 ans aujourd’hui, a intégré le Français voilà quarante ans, en est devenue sociétaire en 1976 avant de succéder comme doyen à Christine Fersen, disparue en mai 2008. On l’a notamment vue au cinéma dans « La vie est un long fleuve tranquille » d’Etienne Chatilliez, en infirmière éconduite et cruelle, mais elle est aussi une figure populaire et appréciée de la scène du Français. Sa mise en scène de « L’avare » triomphe actuellement, et elle campe Madame Pétule dans « Les joyeuses commères de Windsor » de Shakespeare. « Ils m'ont dit que j'étais une grande actrice, un metteur en scène, mais qu'ils ne me souhaitaient pas comme doyen », a confié l’actrice dans nombre d’entretiens, avant de regretter qu’on ne lui ait pas communiqué auparavant de reproches sur son rôle de doyen. En coulisses, on murmure que la comédienne paie peut-être un fort caractère et sa proximité avec Muriel Mayette, extrêmement contestée par l’ensemble de la troupe. Proximité notamment marquée lors de l’épisode Bobigny à l’automne 2008, où Mayette souhaita en partie décentraliser le Français à la MC 93 de Bobigny. Et ce, sans consulter auparavant son directeur, Patrick Sommier.
4.Que deviennent les « bannis » ?
Ils continuent généralement d’exercer leur métier ailleurs, au théâtre ou au cinéma. Et peuvent devenir sociétaires honoraires, ce qui leur permet de continuer à jouer tout en étant à la retraite. Officiellement, Catherine Hiegel ne sera plus membre de la maison au 1er janvier 2010, sauf à accepter ce titre. En tout état de cause elle le fera, puisqu’elle est d’ores et déjà à l’affiche de deux projets, « Mystère bouffe » de Dario Fo (du 13 février au 19 juin 2010, mise en scène Muriel Mayette) et « Les Oiseaux » d'Aristophane.
5.La Comédie-Française, paradis des acteurs ?
La Comédie-Française ? Le lustre, l’ancienneté (plus de trois siècles d’existence), le prestige et la poussière qui va avec. Elle continue de faire rêver. Ils sont pourtant nombreux à en avoir claqué la porte prématurément, soit par ras-le-bol, soit parce qu’ils étaient attirés par d’autres horizons : cinéma , théâtre privé.
Parmi les illustres ex-membres, Richard Berry, Philippe Torreton, Samuel Le Bihan, Rachida Brakni, et plus récemment, Marina Hands. D’autres naviguent d’un registre à l’autre, c’est le cas de l’excellent Guillaume Gallienne, qui joue par ailleurs en solo son spectacle « Guillaume et les garçons à table », livre ses bonus dans Le grand Journal de Canal Plus et anime une émission hebdomadaire sur France Inter.
Le salaire est peu glorieux, au regard de certaines autres branches du métier (de 2000 à 3200 euros mensuels selon l’ancienneté, auxquels ajouter les salaires des soirs de représentation, et un partage des bénéfices, ou « douzième », pour les sociétaires) et les contraintes parfois lourdes (notamment interdiction de jouer au théâtre privé). Et pour Jean-Pierre Vincent, la fonction d’administrateur –qu’il a occupée et quittée- était rien moins que le poste le plus difficile avec Matignon !
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