57,5% des Suisses ont voté pour l’interdiction de la construction de nouveaux minarets sur leur territoire. Un résultat qui a entraîné une vague de réactions un peu partout en Europe. En France, la presse et une bonne partie de la classe politique s’offusquent. Mais à lire les commentaires d'internautes sur les sites de medias, on aurait plutôt tendance à penser que l'opinion française est au diapason des Suisses.
"Absurde", juge Laurent Joffrin de Libération dans son édito. "La peur a gagné", estime Michel Vagner de L'Est Républicain. "Les Suisses ont voté avec leur tripe", déplore le quotidien genevois Le Temps, regrettant que "les fantasmes et l'ignorance" aient motivé le choix des citoyens suisses. Au lendemain de la votation qui a vu 22 cantons sur 26 approuver la proposition lancée par des membres de l’UDC (formation de droite populiste) et l’UDF (droite chrétienne), la presse exprime sa consternation. Les quatre minarets de la Confédération Helvétique n’auront pas donc pas de petits frères. Une surprise si l’on se réfère au dernier sondage publié le 18 novembre qui donnait 37% d’intentions de vote au oui, finalement crédité de 57,5% des suffrages.

En quelques heures, ce vote d’initiative populaire serait donc devenu un débat international, le site internet du nouvel obs évoquant même un "tollé mondial". On a effectivement enregistré de nombreuses réactions en provenance d’Europe ou de pays musulmans. Le Vatican et l'ONU y sont aussi allés de leur déclarations outragées. Mais, à vrai dire, c’est bien en France que la polémique a démarré le plus vite et avec le plus d’ampleur. "La France et la Suisse considèrent que le référendum de dimanche est ‘une expression de l’intolérance'", résume d’ailleurs El Pais dans son édition en ligne. Même distance du côté de la presse britannique, où d’autres actualités prennent le pas sur l’histoire des minarets suisses.
Un problème suisse... et très français
Si la France prend autant cette affaire à cœur, c’est sans doute parce que la question de la place de l’Islam y est tout aussi présente. Et problématique. Création du conseil du culte musulman par Nicolas Sarkozy, interdiction du port du voile à l’école, réglementation sur le sacrifice du mouton à l’Aïd el-Kebir, port de la Burqa : la France a multiplié, ces dernières années, les débats autour de la religion musulmane. En pleine discussion sur l’identité nationale, il n’est pas donc pas étonnant que l’actualité suisse ait rebondit de cette manière dans l’Hexagone. Pas seulement parce que les journalistes et les politiques s’y intéressent. Vu les milliers de commentaires qui ont fleuri sur les sites internet d’information, il semble que nombre de Français souhaitaient aussi partager leur avis sur le sujet.
En parcourant cet océan de réactions, on réalise qu’il existe une grande fracture avec le discours tenu par les médias et la classe politique, majoritairement contre l’interdiction de la construction de minarets en Suisse. Le son de cloche des internautes apparaît lui plus proche des électeurs suisses qui ont exprimé leur volonté ce week-end que de nos "élites", pour reprendre la rhétorique populiste. En particulier dans les espaces commentaires du figaro.net, où l'on célèbre l’expression de la démocratie à l’helvétique.

Lâche tes coms contre les minarets
"Pourquoi titrez-vous ‘à la surprise générale’. Le résultat de ce référendum était évident, et serait de toute évidence encore plus nettement en faveur du non en France", assure Cos. "Les Suisses sont des personnes qui ont une identité et des couilles! Encore BRAVO !", éructe Le cannois. "Bravo aux Suisses qui refusent de voir bafouer leur culture et leur identité. J'espère que leur fière et courageuse résistance fera tache d'huile dans l'Europe entière", rêve Pierrou13.
Sur des sites moins marqués à droite, on retrouve des arguments similaires. "Nous sommes en France pays du pain, vin, saucisson et fromage", lâche Clochard sur lexpress.fr. "La France devrait faire de même... C'est dans l'isoloir que le peuple librement s'exprimer... ceci à l'abri du politiquement correct", réclame Gaz sur lepoint.fr. Même sur l’édito de Joffrin mis en ligne sur Libé.fr, ça balance dur : "Non à une islamisation rampante, non à un culte qui est tout sauf ouvert aux autres et ce malgré les efforts incommensurables des modérés, non à une religion qui se ferme toujours plus aux autres religions et qui pousse à tous les extrémismes" (Jeanwill).
Pendant que Vincent Peillon glosait, ce matin sur I-Télé, sur la xénophobie des Suisses (citant également la campagne anti-française à Annemasse), il serait peut-être temps d’ouvrir les yeux et réaliser que l’opinion publique française est sans doute plus ou moins sur la même longueur d’onde. Un sondage réalisé au début du mois sur le site internet du Figaro à propos de la construction d’une grande mosquée à Marseille tend à le prouver. 70% des 34 000 internautes à y avoir participé ont voté contre. Certes, un sondage en ligne n’est pas un vrai sondage réalisé avec la méthode des quotas. Certes, le web islamophobe a pu se mobiliser pour en influencer le résultat. Reste que la question de l’Islam pose également problème en France, qu’on y vandalise aussi des mosquée et qu’il n’est nul besoin de pointer la Suisse du doigt comme un pays bêtement intolérant.
Le FN attaque, l'UMP se tâte
Le débat donne en tout cas du grain à moudre au FN et à Marine Le Pen, qui s’est engouffrée dans la brèche. Après avoir demander aux "élites de cesser de nier les aspirations et craintes des peuples européens" qui "rejettent les signes ostentatoires que veulent imposer des groupes politico-religieux musulmans, souvent à la limite de la provocation", la future candidate à la présidentielle de 2012 réclame désormais un référendum, mais encore plus large que celui organisé en Suisse : "Je souhaite un référendum national sur l'immigration et le communautarisme car le problème est plus profond et plus grave que celui du simple minaret. Ce que vit la France va bien au-delà".
D’ailleurs, à y regarder de plus près, l’UMP a tenu des propos plutôt ambigus, après la réaction scandalisée de Bernard Kouchner, notamment par la voix de son porte-parole Xavier Bertrand qui a déclaré qu’on n’avait pas "forcément besoin" de minarets en France : "Il faut bien évidemment des lieux de culte" pour l’islam mais "est-ce qu’il faut modifier nos règlements d’urbanisme pour permettre qu’il y ait des minarets d’une certaine taille ? Je ne le crois pas".
"Il y a évidemment des clochers sur les églises, mais c’est un héritage historique", a pour sa part estimé son adjoint Dominique Paillé. Sûrement un salaud de Suisse...
PS : Si la Suisse a voté contre l'érection de nouveaux minarets, la construction de mosquée n'est en revanche pas concernée par cette votation. Dans les pays musulmans, le minaret sert notamment à effectuer l'appel du muezzin. Pratique qui n'existe pas en Europe...
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