De l’invasion des Martiens en direct à la radio à la partition de la Belgique sur la RTBF, en passant par les extra-terrestres de Roswell ou les fausses preuves sur les armes de destruction massive en Irak, l’histoire – ancienne ou récente – est truffée de canulars en tout genre qui ont dupé (et parfois dupent encore) des générations d’incrédules. Retours et classement par genres de ces fakes les plus emblématiques.
Depuis l’invention du langage, l’Homme se transmet toutes sortes d’histoires, de mythes et de légendes reposant sur la bonne foi de ses conteurs. Une mode de transmission orale qui se prolonge dans l’écrit et laisse libre cours aux interprétations, voire à l’invention pure et simple d’évènements, de personnages ou de créatures plus ou moins crédibles.
Avec l’essor des moyens de communications et des nouvelles technologies, on aurait pu penser que ces canulars, souvent grossiers, mourraient de leur belle mort. Erreur. La règle du "plus c’est énorme, plus on y croit" s’applique parfaitement au web, qui colporte à son tour les histoires les plus folles. Maintenant, on appelle ça un fake. Mais le principe de base, vieux comme le monde, n’a guerre changé.
Reste à savoir s’il y a plus de fakes aujourd’hui qu’hier. Ou s’ils sont simplement mieux révélés.
Le fake cryptozoologique
Derrière les canulars anciens qui traversent le mieux les époques se cachent souvent des histoires d’animaux étranges. Le calamar géant décrit par Jules Verne dans Vingt mille lieues sous les mers existe bel et bien. Alors pourquoi pas les autres ?
Le Yeti et Nessie
Les deux plus grands mythes du genre sont évidemment le Yeti, alias l’abominable homme des neiges, et Nessie, alias le monstre du Loch Ness. Ils ont basculés dans le canular par l’intervention d’hommes désireux d’apporter LA preuve de leur existence. Encore tout récemment (en 2008), deux poils supposés appartenir à un Yeti ont été analysés génétiquement. Résultat : ils appartenaient à une chèvre.
Le monstre du Loch Ness a lui fait l’objet d’innombrables fakes (sous formes de photomontages ou des vidéos). Le plus célèbre fut réalisé en 1934 par Robert Kenneth Wilson qui révéla finalement la supercherie sur son lit de mort, en 1994. Aujourd’hui encore, des vidéos relancent le débat sur youtube et alimentent le tourisme local :
La bête du Gevaudan
Date du 18e siècle, le mythe de la bête du Gevaudan continue lui aussi de fasciner. Chien, loup ou hyène, animal sauvage ou dressé par un homme et munie d’une cuirasse résistant aux balles, on ne sait d’ailleurs toujours pas ce qui se cachait derrière cette bête mystérieuse.
Malgré l’absence de preuves irréfutables, la quête de ces animaux imaginaires continue pour les cryptozoologues qui s’évertuent à expliquer l’origine de certains mythes (Licorne, Serpent de Mer, etc.), tout en rêvant de découvrir enfin un spécimen d’une de ces espèces inconnues.
Le fake médiatique
Avec l’avènement de la radio, puis de la télévision et du net, le XXe siècle a vu le fake prendre une ampleur sans précédent. Quand la puissance du direct profite à fond de la crédulité de l’homme.
La guerre des mondes à la radio
L’évènement fondateur du canular médiatique est sans aucun doute l’invasion des Martiens contée à la radio par Orson Welles, animateur de CBS, le 30 octobre 2008. Reprenant le récit de la Guerre des Mondes d’HG Wells, il parvient à faire croire à une partie de ses auditeurs qu’une attaque des Martiens se passe en direct. Le principe de l’émission était pourtant de présenter chaque semaine une œuvre littéraire, et Welles avait prévenu, comme à chaque fois, ses auditeurs qu’il s’agissait d’une adaptation. Mais le récit à la première personne, les faux flashs de correspondants et la force du direct ont provoqué un extraordinaire moment de panique.
La fausse partition de la Belgique
Autre fake médiatique célèbre, l’annonce par la RTBF de la déclaration unilatérale d’indépendance de la Flandre, le 13 décembre 2006. A 20h21, la chaîne belge francophone interrompt ses programmes pour lancer une émission spéciale, Bye Bye Belgium, relatant l’évènement. Agrémenté de reportages, dont la fuite du roi Albert II pour le Congo-Kinshasa, et de réactions à chaud d’hommes politiques ou de célébrités belges comme Axelle Red et Philippe Geluck, le docu-fonction berne une part des téléspectateurs.
Le standard téléphonique et le site internet de la chaîne sont pris d’assaut. Au bout d’une demi-heure, un bandeau indiquant "ceci est une fiction" est diffusé à l’écran. Les premières réactions du public seront plutôt critiques, la question de la partition de la Belgique faisant réellement débat chez les nationalistes flamands.
PPDA - Castro et le Roswell de Pradel
Si ces deux exemples sont des canulars destinés à être révélés au public, d’autres journalistes ont utilisé la technique du fake avec de moins bonnes intentions. Comme PPDA qui s’était mis en scène interviewant Fidel Castro, le 16 décembre 1991. En fait de face à face, il s’agissait d’une conférence de presse "habilement" montée. Un bidonnage, comme on dit dans le jargon journalistique, rapidement révélé par Pierre Carles et Télérama. L’animateur Jacques Pradel sombra lui encore plus bas en diffusant le 26 juin 1995 le faux document de l’autopsie des extra-terrestres de Roswell. A la différence que sa carrière en prendra un coup, contrairement à son collègue de TF1.
Le fake étatique
S’il suit le même principe que ses petits cousins, le canular d’état a des conséquences nettement plus graves. Surtout s’il est utilisé pour masquer un problème sanitaire ou justifier une intervention militaire.
Le nuague de Tchernobyl
Lors de l’accident survenu à la centrale de Tchernobyl, en Ukraine, le 26 avril 1986, toute l’Europe retient son souffle. Le nuage radioactif causé par la catastrophe menace le continent. Mais, ô miracle, il stoppe net à la frontière franco-allemande. Enfin, selon la version officielle relayée dans les JT…
En réalité, le nuage atteint l’Est de la France le 29 avril, trois jours après l’accident. Pendant ce temps, aucune mesure sanitaire n’est prise, vu que d’après le gouvernement tout allait bien. De fait, l’augmentation du niveau de radioactivité n’était pas dangereuse, nous disent aujourd’hui les scientifiques. Mais cette communication est restée en travers de la gorge des Français. Surtout ceux qui ont développé un cancer de la thyroïde.
La fiole d'anthrax de Colin Powell
Mais cette affaire ne pèse pas bien lourd comparée à la tristement célèbre démonstration de la présence d’armes de destruction massive (AMD) en Irak, ainsi que des liens avec Al Qaïda et le régime de Sadam Hussein, par les Etats-Unis. Le 5 février 2003, Colin Powell présente son rapport devant le Conseil de Sécurité de l'ONU. Pendant 80 minutes, il expose les "preuves" soit-disant récoltées par les services américains, brandissant même une fausse fiole d’anthrax.
On apprendra plus tard que le rapport britannique largement cité par Colin Powell plagiait (fautes d’orthographes et de grammaire comprises) notamment le travail d’un étudiant arabo-américain portant sur la période 1990-1991. Aucune AMD ne sera trouvé en Irak après l’invasion américaine.
"Bien sûr. C'est une tache", reconnaîtra Powell en 2005. "J'étais celui qui l'a présenté au monde entier, et (cela) fera toujours partie de mon dossier. Cela été pénible. Et c'est toujours pénible".
Le fake artistique
Le monde culturel n’est pas non plus à l’abri de la tentation du fake, qui consiste le plus souvent à publier une œuvre sous une identité fantasmée. Imposture ou exercice artistique ? Le débat fait rage.
Le double Goncourt de Romain Gary / Emile Ajar
Auteur majeur de la littérature française du XXe siècle, l’écrivain d’origine polonaise Romain Gary aura publié sous cinq noms différents au cours de sa prolifique carrière. Après avoir sorti quelques romans sous son vrai nom (Romain Kacew), c’est sous le pseudo officiel de Gary qu’il produit la majeure partie de sa bibliographie, dont Les racines du ciel (1956), couronné par le Prix Goncourt. Il s’inventera ensuite un alter ego, Emile Ajar, qui empoche un second Goncourt avec La Vie devant soi, en 1975. Une première… et dernière, le Goncourt ne récompensant jamais deux fois à la même personne. La supercherie de Gary ne sera révélée qu’à sa mort, en 1980, par Paul Pavlowitch, petit cousin de Gary qui endossait physiquement le rôle d'Ajar.
JT Leroy alias Laura Albert
Un adolescent qui a connu la prostitution, la drogue, le vagabondage et sort un livre autobiographique, forcément ça fait parler. De 1999 à 2005, JT Leroy sera ainsi une des sensations de la littérature américaine, signant même le scénario d’Elephant de Gus Van Sant. Jusqu’à ce que la réalité éclate. Derrière la plume de Leroy se cachait en fait Laura Albert. Qui se présentait donc aux interviews vêtu d’un chapeau et de lunettes de soleil ? Sa belle-sœur Savannah Knoop. En 2007, Laura Albert sera condamnée pour avoir signé des documents sous un faux nom. Mais elle n’est pour autant devenue une paria du monde littéraire…
Omar Ba, l'immigré imaginaire
Plus ambigu, Omar Ba raconte son périple d’immigré clandestin dans Soif d’Europe. Un récit dur, jalonné d’épisodes tragiques en Italie, en Libye, à Ceuta et Melilla. Confondu par des journalistes africains, puis par Le Monde, le Sénégalais se retrouve accusé d’avoir voulu faire fortune sur le dos des vrais immigrés. Lui s’en défend : "J'ai arrangé ma biographie parce que je pensais que cela aurait plus d'impact. Mon témoignage ne repose pas uniquement sur des événements que j'ai vécus personnellement mais aussi sur des drames vécus par d'autres, des anonymes dont la voix est trop souvent tue".
Le fake 2.0
Avec l’avènement du net, le fake a pris un nouvel essor, au point de devenir un véritable phénomène de la contre-culture geek. Grâce à la dictature de la réactivité, les fakes se propagent à la vitesse de la lumière, et sont véhiculés par les médias traditionnels. Paradoxe d’une époque où les gens sont pourtant de moins en moins crédules face à l’information.
Celebrity death hoax
Si un des plus célèbres cas date des années 60, quand une légende urbaine affirmait que Paul McCartney était mort et avait été remplacé par un sosie au sein des Beatles, la fausse annonce du décès de célébrités a récemment franchi un pallier avec le boom des réseaux sociaux sur Internet. Suite à la mort de Michael Jackson et Farah Fawcett en juin 2009, une série de canulars a annoncé la mort de Britney Spears, Miley Cyrus, Harrison Ford, Ellen DeGeneres, Jeff Goldblum ou Rick Astley. Au mois d’octobre, ce fut au tour de Kanye West. Quelques plaisantins organisés sur un forum (par exemple sur 4chan) suffisent généralement à propager ces rumeurs, relayées sur youtube, facebook ou twitter.
Balloon Boy
Ces hoax ne se limitent toutefois pas l'enterrement prématuré de stars. Le "Balloon Boy", un des plus célèbres canulars de l’année 2009, a fait croire aux médias du monde entier qu’un enfant était enfermé dans un ballon gonflé à l’hélium dérivant à plus de 2000 mètres d’altitude. Le lendemain, on apprenait que le gamin était en fait caché dans la maison familiale. Ses parents furent accusés d’avoir monté cette histoire rocambolesque de toutes pièces.

Monstres et Cie
Autre grand classique du fake 2.0, la découverte de monstres étranges, qu’on présente comme un extra-terrestre, un animal inconnu ou le fruit d’une expérimentation génétique (et donc de la théorie du complot). En 2008, le Montauk Monster, une créature retrouvée sur une plage de Long Island (New York), a ainsi affolé les moteurs de recherches. Raton-laveur, tortue sans carapace, campagne virale pour un film, toutes les spéculations ont été formulées sans qu’on sache le fin mot de l’histoire. Un an plus tard, un autre monstre, surnommé le Cerro Azul Monster et parfois présenté comme un alien, a lui été retrouvé au Panama. En l’occurrence, il s’agirait de la carcasse d’un paresseux qui a perdu ses poils.
Ainsi en va-t-il de cette curieuse époque où les vérités les plus indiscutables sont mises en doute, et les choses ou évènements improbables pris pour argent comptant. Bienvenue dans le règne du fake.
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