Autour de la sortie de Capitalism : a Love Story
Un an à peine après les premières faillites bancaires, Michael Moore sort Capitalism : A Love Story, son dernier pamphlet qui arrive aussi inéluctablement que l’hiver. A chaque brûlot et malgré l’écho qu’on en fait, le documentariste à casquette devient un peu plus inoffensif pour ceux qu’ils brocardent, et un peu plus irritant pour ceux qui pourtant partagent ses idées. Presque aussi énervant que Yann-Arthus Bertrand.
L’industrie automobile (Roger et moi), les armes (Bowling for Columbine), l'administration Bush (Fahrenheit 9/11), le système de santé (Sicko), aujourd’hui le capitalisme et la crise (Capitalism : A Love Story). Michael Moore traite chaque grand sujet politique ou de société de son pays aussi systématiquement qu’on traite le courrier. Ses films voient juste et gardent un côté jouissif, mais présentent tous les mêmes travers : raccourcis grossiers, chiffres non expliqués, absence total de contre-argumentaire, témoignages chocs et recherche systématique du pathos. Michael Moore est un bourrin qui a des choses à dire mais les dit mal, et prend un peu les spectateurs pour des cons.
Les armes, c’est mal, Bush est un con incapable, les assureurs privés américains sont des escrocs et les banques ne pensent qu’à faire du profit, voici ce que Moore nous dit depuis maintenant une décennie. S’il faisait de l’écologie – et, dieu merci, on a pour l’instant échappé au pamphlet écolo – Moore serait un genre de Nicolas Hulot, qui nous assomme de vérités connues de tous, du moins de ceux qui prennent la peine de l’écouter, et face auxquelles il nous laisse désemparés.
L'engagement pour les nuls
Casquette vissée sur la tête, sourire inoffensif plaqué sur le visage et air de fausse naïveté, Michael Moore se met en scène dans chacun de ses films, préférant se mettre en avant, lui et ses idées - forcément justes puisque chaque témoignage qu’il choisit vient les appuyer – plutôt que prendre le temps de les expliquer, voire de les confronter à d’autres points de vue. Pour dénoncer les armes à feu, il montre un Charlton Heston enflammé à la tribune d'un congrès de la NRA plutôt que l'Américain moyen modéré, mais qui tient à garder son flingue sous son oreiller. Pour démontrer les abus de la finance, il filme en gros plans les larmes des familles expulsées, il trouve des entreprises qui parient sur le décès de leurs salariés, il n'est que dans l'excès quand on pourrait s'en tenir à de simples faits. Il représente le degré zéro de la distance critique.
Résultat : au lieu d’inquiéter les responsables qu’il brocarde il amuse et ne fait plus peur à personne. S'il n'y a plus que Michael Moore et ses démonstrations dignes du "reader's digest" pour s'en prendre aux injustices, les bourreaux, les escrocs, tous les profiteurs de ce monde peuvent dormir tranquilles.
Pire, l'approximation, voire la malhonnêteté de sa démarche décrédibilise ses idées, y compris aux yeux de ceux qui étaient pourtant tout acquis à sa cause au départ.
Car, et c’est peut-être le plus grave, le cinéaste américain ne prêche que des convaincus et il le sait. Peu de rednecks républicains doivent aller voir ses films – de toutes façons pas distribués dans les campagnes et qui ne touchent qu’un public élitiste américain et européen déjà converti à ces idées.
En toute mauvaise foi Michael Moore, c’est le type de gauche qui nous donnerait presque envie de voter à droite, comme Yann Arthus-Bertrand est un écolo qui, à force de bien-pensance et de bonnes intentions, nous donne envie de buter des baleines

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