Action/Aventure - PS3 - Xbox 360 - PC - Sortie en France le 19 Novembre
Lors d’un voyage à Montréal dans les studios d’UbiSoft, une première prise en main d’Assassin’s Creed 2 avait donné lieu à une preview enthousiaste. Deux ans après Assassin’s Creed et son Altaïr de marbre, Ubi Montreal prenait une autre direction pour sa licence, s’aventurant vers un contenu plus riche, plus empathique, qui prend le temps de s’amuser de lui-même.
Passé l'excitation de la première impression et une fois la dernière cinématique terminée, on reste étonné. Etonné par le chemin parcouru depuis 2007.
Florence, 1476. Ezio Auditore di Firenze est le fils immature d’une famille de banquiers, qui dépense son argent de poche en vins et en filles de mauvaise vie. C’est un italien typique, presque trop, un jeune homme orgueilleux et insouciant qui va pourtant devenir au fil d’Assassin’s Creed II le modèle de Desmond, le père spirituel dont il devra s’inspirer pour devenir lui-même un assassin parfait.
L’intrigue du jeu reprend directement après la fin du premier épisode, et après une fuite effrénée, Desmond se retrouve à nouveau le cobaye de l’Animus, pour le compte des assassins cette fois. Sa famille d’accueil veut profiter du "Bleeding Effect", de l’influence que la machine de réalité virtuelle a sur Desmond, pour lui enseigner en quelques jours tout ce que ses ancêtres savaient dans l’Art d'éliminer, lui faire imbiber des décennies de savoir-tuer pour faire de lui le soldat ultime rallié à leur cause contre les templiers.
Pour cela, il va devoir régresser dans les générations et revivre cette fois la vie d’Ezio, qui dut renoncer à sa vie de frivolités pour reprendre la tradition familiale, motivé par la vengeance.
Le scénario d’Assassin’s Creed II est à la fois plus dense et plus surprenant que celui de son prédécesseur, parce qu’il affirme ouvertement le schéma de l’initiation, mettant de côté l’épopée d’Altaïr pour enfin développer le processus mental et affectif derrière la vocation d’assassin. Il évoque aussi le conflit entre le crédo de cette faction, et sa position face aux templiers, qui veulent contrôler le monde par la domination des esprits. Servilité, libre-arbitre, auto-déterminisme, destinée, ces notions sont effleurées puis approfondies pour résoudre des questions laissées en suspend.
Cette trame plus épaisse se traduit par un jeu plus long, dont on fait le tour en une vingtaine d’heures ou plus suivant son implication, comparé aux 6-8 heures décevantes d’AC1. Il se passe plus de choses, des éléments sont clarifiés, des pistes sont débroussaillées. Cet épisode est celui qui donne enfin de l’ampleur à son mythe, tout en s’appuyant sur l’Histoire pour mieux lui tordre le cou.
Ce qui caractérise Assassin’s Creed II, c’est cette maturité dans les gens qu’il veut aborder, que ce soit roman historique ou science fiction. Ce dernier aspect était particulièrement faible et mal amené dans AC1, mais se retrouve incorporé avec plus d’intelligence dans la suite.
Le reste, quant à lui, repose sur un équilibre entre documentation méticuleuse sur la période exposée, et spéculations romanesques, voire irrévérencieuses. Il y a de l’ambition derrière l’application encyclopédique du jeu, et surtout une roublardise délectable dans sa manière de réécrire les faits. La théorie du complot que cultive le jeu contribue à cet ensemble contextuel cohérent, qui fait oublier la timidité de la genèse.
Un énorme travail de documentation a donc été effectué, parallèlement à une nette évolution du travail d’écriture. Les dialogues et les notices explicatives sont plus fluides, plus vivantes, la licence s’est éloignée d’un Rois Maudits de Claude Barma pour se rapprocher de Kaamelot par moments. Le mélange d’italien et d’anglais, coloré, est surjoué aux moments opportuns, tourné en dérision selon l’envie des scénaristes. Assassin’s Creed II a son lot de répliques mémorables, tout en sachant alterner tragédie et comédie. En cela, il ne trahit pas ses inspirations à peine voilées, de Shakespeare à La Commedia dell'arte.
Ce que le jeu distille à travers son écriture et son impertinence, c’est avant tout la réhabilitation de l’humain dans son univers.
Assassin’s Creed I était froid, mécanique. Altaïr était un fonctionnaire du poignard d’humeur égale, dont la palette des sentiments allait de légèrement courroucé à presque agacé. Il n’était qu’un outil sans personnalité, et cette alchimie inexistante entre le joueur et lui, au-delà d’un design charismatique, nécessitait une remise en cause pour AC2.
UbiSoft a bien compris les enjeux de sa licence et du personnage de Desmond, il le démontre ne tous cas par le choix d’Ezio, qui opère une transition de l’exubérance à la modération au cours de sa vendetta. Une métamorphose qui n’oublie jamais la nature flamboyante de ce héros, incapable de garder sa contenance dès qu’une femme tombe dans son champ visuel.
Les rôles principaux sont soutenus par une galerie de seconds couteaux colorés, parfois stéréotypés, qui enrichissent les interactions entre protagonistes. Les templiers à éliminer ne sont pas que des cibles qui débloquent d’autre cibles, ils s’insèrent dans un réseau de conspirateurs et de trahisons qui donnent une justification narrative aux exécutions.
En fait, Assassin’s Creed II a surtout compris qu’il devait donner du sens aux éléments de son game-design, des contrats à effectuer pour faire avancer l’intrigue, aux objets à collecter. Des segments narratifs, des conséquences concrètes donnent au contenu d’AC2 la légitimité qu’il manquait à son aîné. Les missions secondaires se sont détachées de l’abstraction pour affirmer leur côté anecdotique. Les passages à tabac de maris infidèles, les courses d’obstacles contre la guilde des voleurs ou les contrats facultatifs ont tous une petite base écrite qui les insère dans l’univers de jeu avec pertinence.
Cette démarche s’étend au système économique, qui ne se limite pas à l’acquisition d’armes ou à l’obtention d’argent pour des potions de soin. Il s’exprime dans une phase de micro-gestion ponctuelle, à travers laquelle on peut faire fructifier ses investissements pour bénéficier d’équipement à prix cassé, ou tout simplement céder à la tentation de réhabiliter la villa familiale.
Là aussi, c’est anecdotique, mais assez bien pensé pour apporter quelque chose à l’expérience de jeu.
La force du contenu narratif d’Assassin’s Creed II est intimement liée à certains secrets à collecter, qui attisent la théorie du complot tout en amenant par bribes déconstruites la facette science-fiction de la licence. Il y a ici une tautologie intéressante où l’on donne du sens à des éléments qui rajoutent du sens et consolident le sujet. Par ce second niveau de lecture, les concepteurs nous montrent cette fois qu’ils maîtrisent leur cosmogonie, et qu’ils en ont assez sous le pied pour nous balader encore sur plusieurs épisodes.
Le foisonnement narratif et ludique d’Assassin’s Creed II est soutenu par un moteur de jeu aussi ahurissant qu’en 2007. Les quelques améliorations techniques le maintiennent dans le haut du panier, aussi bien en terme de graphismes que de fluidité. Des glitches et bugs surviennent de temps en temps, sans pourtant handicaper la fluidité de la déambulation, ni sa simplicité toujours surprenante. Cette sensation de vitesse de croisière quand on se déplace, d’aisance acrobatique, conserve sa fraîcheur et bénéficie des nouveaux mouvements incorporés.
Les mécanismes de camouflage et d'assassinat ont aussi été revus en surface. Sur ce point, AC2 ne se réinvente pas, il préfère rentabiliser ses trouvailles passées. On peut donc avoir l’impression qu’AC2 a stagné sur son game-design élémentaire, trop occupé peut-être à nourrir son contenu. Les murs invisibles, les districts arbitrairement interdits, les objectifs basiques sont encore de la partie, mais ces tours de mains habituellement agaçants sont mieux vécus avec l’enrobage sucré de la narration.
Assassin’s Creed I était terriblement répétitif, jusqu’à la nausée. Cette fois, les tâches redondantes sont accomplies par nécessité, ou amenées par le scénario. Elles sont toujours présentes, parce que liées à ce game-design qui temporise l’action, et canalise l’exploration. Mais c’est encore une fois le contexte qui sauve le joueur de l’ennui, cette façon qu’il a de renouveler l’acte en faisant diversion par ce qu’il nous raconte. Il sait rester palpitant, ce dont peu de jeux peuvent se targuer quand on leur ôte le vernis spectaculaire.
On peut donc constater qu’Assassin’s Creed II n’a pas cherché à révolutionner ses acquis techniques, ni sa maniabilité. Il ne s’est pas non plus séparé de ses mécanismes de jeu éprouvés. En revanche, il a su transfigurer la répétitivité en instaurant la variété dans l’habillage. Il nous fait avaler son médicament en changeant le parfum de son sirop.
A l'index des choses qui n'ont pas changé, le système de combat, qui ne s'est pas réellement étoffé depuis 2007. La variété des armes n'influence pas concrètement les affrontements puisque les ennemis gagnent eux aussi en assurance, seules les techniques de contre et de désarmement se montrent assez imaginatives pour démarquer AC2 de son aîné. Pas de bouleversement fondamental, en tous cas, mais l'absurdité des affrontements interminables où les gardes se succèdent tant qu'on ne s'est pas échappé, a disparu. C'est un détail qui change la vie quand on se fait pincer à faire des boutonnières dans le centre-ville.
L’ensemble tient sur la longueur, mieux, il va au-delà de la cohérence pour mettre en place les bases véritables d’une saga ambitieuse. Assassin’s Creed II peut être considéré comme le véritable épisode fondateur de la série, parce qu’il installe ses pistes avec minutie, construit son monde en architecte du coup de théâtre.
Son autre grande réussite est certainement l’empathie qu’il instaure avec le héros, tout en maintenant un équilibre plus juste entre l’immersion dans l’Animus et la maturation de Desmond hors de la réalité virtuelle.
Assassin’s Creed II s’approprie enfin ce qui manquait aux précédents gros titres d’ubi Montreal, comme Prince of Persia, il déroule l’audace de son propos en dépassant sa seule richesse graphique. C’est donc un épisode de la maturité, pour la licence et pour son équipe, qui confirme des potentiels. Le parcours initiatique a ainsi porté ses fruits, pour Ezio comme pour Ubi.

Assassin’s Creed 2
Développeur : UbiSoft Montréal
Editeur : UbiSoft
Sortie en france : 19 novembre 2009