La télé-réalité politique
Dailymotion diffuse le premier épisode de sa nouvelle émission : Politique à domicile. Le concept : un homme politique vient manger chez un couple de Français. En l'occurrence, Vincent Peillon invité à bruncher par un couple de Parisiens. Sympathique et pas inintéressante, cette première donne quand même envie de mordre dans une tablette de Crunch pour voir le décor s'effondrer.
Le premier numéro ressemble à un idéal de vie social-démocrate : Un casting de gens ni réellement aisés, ni dans le besoin, qui appartiennent à ce qu'on veut croire être la classe moyenne intello. On ne s'attardera pas sur les physiques mais tout le monde a une tête de Français "un peu mieux que moyen" et pourrait, par exemple, présenter une émission écolo sur France 5.
Le décor est à l'avenant. Vivre en couple intramuros témoigne déjà d'un certain niveau de revenu, mais on n'est pas rue de la Pompe non plus.
Leur intérieur est cool : le canapé vient d'IKéa mais la table semble plus rustique, sans doute chinée du côté du métro Jourdain puis vernie un dimanche matin. C'est chouette...
L'Europe, l'éducation, Eric Besson, les thèmes sont nombreux et les discussions assez intéressantes.
Évidemment tout le monde est sympa et modéré, on s'interroge sur l'individualisme vulgaire du sarkozysme mais personne pour se plaindre d'un taux d'imposition qui étrangle, de la frayeur provoquée par les classes laborieuses ou pour appeler à la nationalisation des banques. "Il est charmant et charmeur (...). Je le regardais un peu béatement", reconnaît même Claire dans son interview de debrief.
Ce qu'on aurait aimé voir
Cliché pour cliché, voilà ce qui nous semblerait plus "inattendu" (pour respecter l'un des concepts de l'émission) : Jacky, le demi-frère de la maitresse de maison, sort de boîte et débarque à moitié bourré. Il vient de planter son entreprise de bricolage en tout genre "à cause de l'Urssaf et des arrêts maladie de complaisance". Devant une pinte de rouge, il demande à Peillon ce que les endives social-démocrates feront pour aider ceux qui créent les emplois, et contre "certains chômeurs" qui veulent pas bosser.
"On fait juste que causer hein, t'inquiètes j'suis pas méchant va". Prétextant la réunion hebdomadaire de crise au PS, Peillon file en oubliant son chandail.
Que pourrait-il se passer dans les prochains numéros ?
Pour l'heure on ne sait pas quels sont les prochains invités, donc on spécule...
- Valérie Pécresse dîne chez Loïc et Anne-Sophie qui viennent d'acheter un 100 mètres carrés à Ivry. Lui est responsable commercial chez un opérateur telecom, elle juriste d'entreprise. Devant un bon bourguignon ("J'adore, vous savez que ma tante habite à Dijon", exulte Valoche) ils sourient en évoquant la débâcle socialiste, le Grand Paris de Nicolas Sarkozy, le besoin de valoriser dans notre pays ceux qui ont une énergie créatrice et la famille. Un petit Louis est en route...
- Invité à partager un plat de "carbo", posé sur une bobine de cables reconvertie, avec des étudiants barbus de l'Agel-Unef, Olivier Besancenot fustige le dernier accord du G20, "qui va financer ceux qui nous ont mis dans la situation actuelle".
Le plus dur étant de couvrir le son d'un vieux Zebda qui beugle dans la sono. Devant son verre de vin argentin, Antonio l'étudiant italien en socio finit par poser la question qui tue : "Si t'avais pou rincontré Thomas Sankara tou lui auré dit quoi ?".
- Confortablement installé dans un fauteuil Empire, Edouard Balladur fait tourner son verre de Chateau l'Evangile. Derrière lui, le soleil se couche sur la campagne de Perriers-sur Auge, à quelques kilomètres de Cabourg.
Louis, associé à la Banque Lazard, écoute l'ancien Premier ministre devenu écrivain se prendre pour Montesquieu. Légèrement grisée par le vin accompagnant le civet de marcassin, Anne-Chantal s'endort, un chat racé à ses pieds.
Vous aussi, imaginez les prochains numéros et proposez vos idées sur le forum : Politique à domicile
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