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Année 1992

Guerre froide tiède

Call of Duty : Modern Warfare 2

FPS - PS3 - Xbox 360 - PC - Sortie en France le 10 novembre 2009

Modern Warfare avait sorti la série Call of Duty de l’ornière, en le tirant hors de la seconde guerre mondiale. En sortant l’artillerie du XXIe siècle, en globalisant le conflit, il avait réussi à redorer le blason d’une licence que Treyarch avait malmené. Infinity Ward revient donc aux commandes de Call of Duty, après un World at War honnête, et reprend son univers contemporain pour Modern Warfare 2.
Infinity Ward se devait de se dépasser pour justifier ce second épisode. On passe donc sur une guerre froide reloaded, qui ne sert finalement que d’ornement à un titre bruyant et bien assis sur ses acquis.

Réglons d’emblée les éventuelles polémiques que soulèverait le jeu. Les ennemis sont des ultra-nationalistes russes, le pays lui-même est passé du côté rouge de la république démocratique en érigeant l’antagoniste du premier épisode au rang de martyr.
Cette fois, l’impérialisme naïf de Modern Warfare est tourné en dérision quand les Etats-Unis se font prendre au jeu du gendarme mondial, envahis par de fourbes communistes revanchards.

C'est le point de départ du conflit qui suscite le débat, puisque que le fameux passage de l'aéroport est un acte de terrorisme auquel le héros participe, en tant que US Marine sous couverture. L'opération tourne mal et sa nationalité est exposée pour permettre aux ultra-nationalistes de justifier une riposte massive.
En tant que telle, la phase se déroule presque sur rail, et on peut la faire remplacer par une cinématique tant elle est ennuyeuse à mourir. Mal rythmée, maladroitement réalisée, cette amorce de la trame principale ne fait pourtant que reprendre un schéma d'évènements qui ont entraîné la Grande Guerre de 1914. L'attentat, les accusations, l'invasion. Rien de nouveau, mais les détracteurs se sont une fois de plus focalisés sur la violence graphique au détriment du propos.

Les quelques idées politiques, lancées au hasard du script, sont du reste vite noyée dans le reste du scénario, globalement chaotique. L’intrigue est aussi décousue que mal ficelée, et les ellipses narratives renforcent ce recul dépersonnalisé qu’on a envers les protagonistes. Empathie zéro, sympathie négative, les bidasses sont interchangeables et leurs objectifs n’ont rien de grandiose.

La campagne solo est donc une déception, tant par sa taille que par sa dramatisation, sa narration, qui occultent des aspects importants, des informations primordiales pour ne pas se retrouver en fin de course comme un cerf dans les phares d’un 4x4. Les profanes ne comprendront pas la moitié de ce qui se passe, car le jeu ne fait jamais l’effort de les mettre dans la connivence.
Les effets de mise en scène et la nature extrêmement spectaculaire des évènements ne sont justement que des effets qui masquent l’indigence d’une histoire charcutée. Après Fallout 3, on peine à frissonner devant l’obélisque de Washington en ruines, surtout quand il ne sert que de décor au loin pour appuyer une ambiance lourdingue, apesantie par les artifices graphiques. Modern Warfare 2 a en solo tous les défauts d’un film de Roland Emmerich, y compris la vacuité.

Modern Warfare 2 est un titre que certains qualifient d’ailleurs trop facilement de cinématographique, ou de jeu de l’année alors qu’il ne fait que se situer dans les moins mauvais d’une année pauvre en sorties. Il faut néanmoins lui reconnaître des qualités indéniables. Ses graphismes et sa bande-son sont ciselés, le moteur est d’une fluidité étonnante. Sur ces aspects techniques, Modern Warfare 2 est irréprochable, presque autant que sur la maniabilité, réglée avec précision.

Le mode multijoueur demeure égal à lui-même. Ce qui devrait être un compliment est avant tout une critique parce que le résultat livré est attendu, il ne bouscule rien, et ne fait que diversifier un mode déjà très bien réalisé dans le précédent opus.

Le produit livré est néanmoins impeccable, avec des variations dans le gameplay dépendant de la spécialisation de son profil, mais il souligne également le manque d’inspiration de l’arsenal, dont le maniement et les effets sont trop similaire pour réellement entraîner des préférences lors des parties en ligne. La quantité ne fait pas la qualité sur ce point, alors qu’en revanche les cartes disponibles et les paramètres de partie sont diversifiés et satisfaisant pour varier les plaisir militaires.
Principal regret, l’obligation de subir le chat principal au lieu de restreindre ses communications avec celle de son équipe de camarades. Un choix douteux de la part d’Infinity Ward.

La véritable addition qui justifie Modern Warfare 2 serait le mode Spec Ops. Il regroupe des challenges jouables seul ou en cran splitté, ce mode coopératif qui manque tant à la campagne solo. En accumulant les étoiles et les succès de mission, on débloque d’autres challenges, d’autres configurations de missions toujours plus difficiles, et c’est dans ce cadre plus intime, que le jeu prend une saveur plus personnelle.
La difficulté est progressive, remarquablement bien dosée, ce qui fait de Spec Op une alternative intéressante au multi joueur, trop classique. On peut le qualifier de compliment au savoir-faire d’Infinity Ward.

Modern Warfare 2 est ainsi très inégal. Terriblement spectaculaire en solo, il est également maladroit et vide de sens. Malgré ses efforts, Infinity Ward ne sait pas se défaire des checkpoints magiques, des trous de scénario, des personnages inintéressants. Il en a même oublié de donner une ombre aux héros qu’on incarne, nous laissant flotter sur les champs de bataille, spectateur des jeux de lumière et des éléments sans qu’ils n’aient prise sur nous.
En opposition, le multijoueur traditionnel a su s’améliorer sans pour autant se révolutionner, en confirmant une maîtrise qui force le respect. Le mode Spec Ops restera la facette la plus brillante du jeu, associant une expérience de jeu solo ou coopérative avec le même talent que l’online.

Modern Warfare 2 démontre à quel point il est difficile de réitérer l'impression de fraîcheur du premier Modern Warfare. Ce sentiment de rupture avec la série, cette cure de jouvence n’aura pas tenu sur la longueur. Cette suite est convenue, techniquement impressionnante, mais souligne les faiblesses du studio quand il s’agit de donner un souffle épique à la guerre, de la sublimer au lieu d’en faire un simple feu d’artifice pour gosse de riche.

Ceux qui hurlent au génie s’égosillent en vain. Ceux qui hurlent à l’escroquerie aussi. Personne ne les entend derrière le bruit des explosions sur l’avenue du Capitole et le roulement du tonnerre marketing.

Modern Warfare 2
Développeur : Infinity Ward
Editeur : Activision
Sortie en France : 10 novembre 2009


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Rémi Vermont - 23 novembre 2009

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