Faute de faire sauter la République, Charles Pasqua a fait son show lors de la conférence de presse qu’il a donné devant une foule de journalistes. Condamné à un an de prison ferme et 100 000 euros d’amendes dans le cadre du procès de l’"Angolagate", il a mis en cause, entre autres, Jacques Chirac et Dominique de Villepin, et annoncé qu’il portait plainte contre le juge Philippe Courroye, accusé d’avoir mené une instruction à charge.
"Ainsi, au mois de décembre 1995, Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Bertrand Andrieu, Jacques Focard, Hervé de Charrette, Charles Million étaient donc informés par la DGSE des ventes d’armes vers l’Angola. Aucune de ses éminentes personnalités n’a été entendue par le magistrat instructeur, en dehors d’Andrieu. Aucun d’entre eux ne s’est opposé à ces opérations."

Quant aux accusations portées contre lui dans l’attribution du l’ordre national du mérite à l’homme d’affaire franco-russe Arcadi Gaydamak, il les balaie ("Est-ce que je me prostituerais pour la vente d'une décoration ?"), affirmant que ce dernier a eu un rôle indéniable dans la libération des pilotes français détenus en Bosnie en 1995. "Dominique de Villepin m’a remis 900 000 francs à cet effet", a rappelé Pasqua. A peu près ce qu’il avait déclaré au Journal du Dimanche quelques jours plus tôt. Les caméras et les photographes en plus.
Une vengeance contre Chirac ?
Pourquoi, dans ces conditions, avoir rameuté la presse, si ce n’est pour attaquer encore un peu plus Jacques Chirac, l’homme qu’il a accédé au pouvoir en abattant Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d’Estaing ? Celui dont il fut ensuite chef de campagne, homme de l’ombre, conseiller intime et ministre. Et qu’il accuse aujourd’hui de l’avoir lâchement donné en pâture à une justice "impartiale". "J’accuse Jacques Chirac de ne pas avoir assumé ses responsabilités", a tonné Charles Pasqua, déçu du manque de gratitude de son ancien poulain. "J’ai risqué ma peau (pour Jacques Chirac), peut-être n’était-ce pas suffisant."
Ravi d’avoir fait accourir la presse, le vieux briscard a clôt son speech en brandissant le mémorandum qu’il avait remis au président de la République de l’époque, ainsi que la note de la DGSE, esquissant un sourire satisfait devant le crépitement nourri des flashs. Les révélations, elles, restent pour l’heure au placard. En dehors de quelques sous entendus, notamment sur l’affaire Clearstream, Pasqua n’a rien balancé qui puisse faire sauter la République (comme Alfred Sirven en son temps). Ni même de quoi écorner son image déjà largement défraichie. Attirera-t-il dans sa chute le grand Jacques ?
En guise de dernière carte, il a par ailleurs annoncé qu’il portait plainte contre le juge Courroye, réitéré sa demande de déclassifier toutes les affaires de ventes d’armes depuis 2002 ("si on veut remonter plus loin, ça ne me dérange pas, même si ça peut en déranger d’autres"), avec l’aide de l’actuel chef de l’Etat et une pétition lancée auprès des parlementaires, et appeler à la constitution d'une commission parlementaire "qui pourrait être présidée par le président de la Cour des comptes", Philippe Séguin. Un baroud d’honneur pas vraiment à la hauteur du personnage.
La conférence de presse de Charles Pasqua diffusée par Public Sénat :
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