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Année 1990

Quelle fin du monde êtes-vous ?

Les 10 meilleurs livres apocalyptiques

Le cinéma rivalise depuis quelques années d'effets spéciaux pour engloutir le monde sous des catastrophes naturelles, écologiques ou extraterrestres. La sortie prochaine de 2012, le nouveau film de Roland Emmerich, est l'occasion de rappeler que c'est bien la littérature - et non le cinéma - qui a donné naissance au genre catastrophique et aux fins du monde spectaculaires. La preuve en 10 apocalypses cultes.

Qu'il s'agisse de la science-fiction, de la littérature religieuse, sacrée, ou de la littérature générale, les écrivains ont toujours été tentés par des aventures qui plaçaient la dramaturgie au niveau de l'espèce entière. Le genre n'en reste pas moins un travail difficile et qui nécessite un savoir-faire très particulier. La littérature est en effet souvent plus à l'aise lorsqu'il s'agit de traiter d'individus isolés que de la planète entière. On peut décrire la mort d'une personne, mais on risque de perdre en impact quand on se met à causer géopolitique ou disparitions macroéconomiques.

Petite sélection des fins du monde littéraires et typologie en 10 exemples. Récits de survivants, mises en garde contre la guerre, la nature de l'homme, résistance du plus faible et l'union fait la force : le roman de l'apocalypse est, sans qu'on s'en rende compte, un genre en soi.

1. L'apocalypse western : Dantec

Commençons par tricher un peu. Si Grande Jonction de Maurice Dantec n'est pas à proprement parler un livre apocalyptique (il reste un paquet d'hommes), il est emblématique d'un genre qui consiste à imaginer une catastrophe ou une révolution des conditions d'occupation sociales et culturelles de la planète pour mettre en scène un état de survie de quelques-uns. A ma connaissance du reste, aucun écrivain (est-ce une idée ?) n'a tenté de raconter ce qui se passerait si l'homme disparaissait vraiment de la terre sans être remplacé par une autre espèce dominante et intelligente..... Dantec avec Grande Jonction va fusionner la tradition du western et de la SF (Mad Max & co) en une fiction d'anticipation très très réussie.

 

2. L'apocalypse mystique : Saint-Jean

Pas la peine d'en faire des tonnes ici. L'apocalypse de Jean est l'occasion de rappeler le sens du terme : apocalypse vient du grec qui vient de l'hébreu nigla qui signifie en réalité "la mise à nu" ou "la révélation". L'apocalypse ne renvoie donc pas seulement à la destruction du monde existant mais aussi à ce qui va le remplacer ou du moins à ce qui lui arrive. La littérature marche à fond puisque les récits apocalyptiques n'ont intérêt que s'ils révèlent un sens pour le monde. De l'apocalypse de Jean, on retient évidemment sa haute concentration symbolique qui la rend aujourd'hui moins crédible qu'un tsunami ou une apocalypse nucléaire. La révélation des 7 sceaux (guerre, famine, etc) a tout de même une belle allure et de quoi faire flipper.

 

3. L'apocalypse résistante : Pierre Bordage

On a franchement eu tort de ne pas en parler lors de sa sortie mais Le Feu de Dieu est un excellent roman et l'un des plus réussis et limpides de Bordage. Une séquence glaciaire déferle sur la France; et change le pays en Pôle Nord intégral. Paris est détruit. Les moyens de communication sont coupés, les routes éclatent et des gens meurent par milliers. Un type qui avait senti l'affaire et préparé un refuge dans les montagnes du Sud Ouest où il a installé sa famille, des amis (qui n'y croient plus et se barrent d'emblée, les imbéciles), sa femme (malheureuse) et un affreux jojo érotomane, est malheureusement à Paris lorsque cela arrive. Le roman raconte son dramatique trajet retour vers les Landes où sa famille l'attend. Le mouvement est limpide et la description d'une France revenue à la barbarie façon Nouvelle Orléans fois mille est épatante.

 

4. L'apocalypse écologiste : J.G. Ballard

On a le choix dans l'oeuvre de Ballard lorsqu'on parle d'apocalypse. Dans Sécheresse, des réfugiés organisent leur survie autour d'un lac qui s'assèche. Dans Le Monde englouti, des bombes nucléaires ont accéléré le réchauffement et entraîné une montée des eaux qui à plonger l'Angleterre sous l'eau. Dans les deux cas, Ballard assure, embrasse des thématiques écolo et fait survivre ses personnages comme il peut en leur offrant des échappées oniriques d'une grande beauté. Ceux qui préfèrent le cristal à la chaleur peuvent aller faire un tour du côté de La Forêt de Cristal qui reprend sous forme allégorique le même schéma. C'est cette fois la nature entière qui se change en cristal, éteignant la vie sur son passage pour la transformer en diamant.

 

5. L'apocalypse disjonctée : Will Self

Dans The Book of Dave, Will Self triche un peu en se projetant des milliers d'années en avant mais son apocalypse anglaise est du grand art. On ne veut pas en dévoiler beaucoup plus car le livre n'est pas encore traduit en français. On se réserve donc pour plus tard. Disons que comme chez Ballard (demi-hasard) les Iles Britanniques se sont multipliées comme des petits pains suite à la montée des eaux et organisées de manière tout à fait différentes. Notre belle civilisation unitaire a explosé, laissant la place à des communautés qui sont réalignées peu ou prou sur les fonctions traditionnelles du vieux Dumézil (les prêtes, les guerriers, les paysans). La vision de Self est sombre, pire que ça, horrible. Comme tout le monde a pris pour Bible le journal intime d'un chauffeur de taxi divorcé, raciste et misanthrope, l'humanité déguste mais la langue se régale.

 

6. L'apocalypse poétique : Céline Minard

Le Dernier monde de Céline Minard est la dernière illustration française d'une apocalypse en béton. Minard (par delà son écriture qui à elle seule mérite le déplacement) va très loin dans le massacre puisqu'elle imagine un monde où l'homme se résume à un unique représentant, coupé du désastre par un voyage spatial. Son Dernier Monde est le récit d'une réappropriation du Monde vide par ce survivant, un grand voyage fantastique et quasi mystique en avion et à dos d'homme. C'est beau, expérimental et dans le genre. Une nouvelle avancée.

 

 

 

7. L'apocalypse horrifique : Richard Matheson

Je suis une légende : Avec ou sans Will Smith, la grosse nouvelle de Matheson fait mouche. Les hommes sont devenus des vampires et l'homme antidote se balade claquemuré au milieu d'un océan de monstres. La version littéraire est pessimiste et sans appel : l'homme picole, déprime. Le récit du monde vidé de ses habitants et que le héros parcourt en solitaire lorsque le soleil s'est levé est beau comme un western panoramique. Les nuits sont lourdes d'angoisse et de menaces. Je suis une légende représente ce qui se fait de plus anxiogène en matière d'apocalypse. Chaque mort est une mort qui fait mal, même celle d'un animal de compagnie. Matheson nous enlève ce qu'il y a de réconfortant chez les autres : l'idée qu'on ne meurt pas seul et que toutes les autres hommes (les cons) meurent en même temps que nous.

 

 

8. L'apocalypse animale : Pierre Boulle

Pas la peine d'en faire des tonnes non plus sur La Planète des Singes de Boulle. La guerre, la haine (des classiques du genre) viennent à bout de la race humaine qui, du coup, est déclassée sur l'échelle des espèces et dépassée par ses voisins simiesques. Les astronautes de Minard sont arrivés en avance (ou en retard) et découvrent que la Terre est la Terre. Le livre est un monument, français encore une fois, une incroyable réussite conceptuelle plus que littéraire en fait. Un grand pas pour le singe et un petit pas pour le lecteur.

 

 

9. L'apocalypse végétale : John Wyndham

Le Jour des Triffides - Retour au versant apocalyptique écologique. Wyndham invente des plantes modifiées génétiquement qui se retournent contre les humains, gagnent une conscience collective et aveuglent toute la population. Les scènes qui démarrent le livre sont impeccables et Wyndham comme toujours irréprochables dans sa manière de nous faire toucher du doigt l'incroyable vérité. Le reste du roman se déroule sans accrocs : poches de résistances qui s'organisent, amour libre, polygamie, gourou, etc. La filiation Wyndham-Ballard saute aux yeux du reste. Côté apocalypse, on touche ici au haut du panier, là où le sens et le divertissement se rejoignent dans un seul et même mouvement.

 

 

10. L'apocalypse nucléaire : H.G. Wells

Difficile de parler apocalypse sans évoquer H-G Wells. Sa Guerre des Mondes en est un exemple extraterrestre. Wells ici est dans la seconde phase de son oeuvre. Nous sommes à l'aube de la première guerre mondiale (1914) et il décrit la seconde, histoire de se dégourdir l'imagination. Guerre totale. Apocalypse nucléaire. Humanité ravagée. Un roi se saborde. Les grands de ce monde, emmenés par un humaniste français, réalisent le rêve d'un gouvernement mondial éclairé. L'homme ne se remet pas vraiment de sa propre mort. La Destruction Libératrice (sous-titré A Story of Mankind) est un livre étonnant, une apocalypse un brin docte et ennuyeuse mais témoigne des talents de visionnaire de Wells. Epatant tout de même. L'écrivain donne l'impression d'avoir utilisé sa propre machine à remonter le temps.

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Benjamin Berton - 09 novembre 2009

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