En indiquant que notre pays avait besoin "d'un projet fondateur pour une France républicaine, solidaire et indépendante", Dominique de Villepin a laissé entendre qu'il avait des ambitions électorales. Connaissant l'homme, il y a peu de chances qu'il s’agisse d’une cantonale partielle en Indre-et-Loire.
Celui qui n’a pourtant jamais affronté le suffrage universel se verrait sans doute plutôt locataire de l’Elysée. Mais ne le sera jamais.


- Sur le forum : En 2012, voteriez-vous pour Dominique de Villepin ?

L'entrée sur le ring de Dominique de Villepin fleure plus la jubilation provocatrice que la menace sérieuse. Mais, l’air de rien, l'homme pourrait faire mal. A droite, d'abord. Les antisarkozystes qui ronchonnent à voix basse ne manquent pas, surtout du côté des gaullo-chiraquiens qui restent assez nombreux.

Le parti socialiste peut se réjouir par avance d’une inattendue division à droite, mais une candidature Villepin pourrait aussi lui faire perdre des du côté de son électorat modéré. Un sondage représentatif mené auprès d'une poignée d'amis m'autorise en effet à penser que Dominique de Villepin est l'homme de droite préféré d'une certaine gauche morale et un peu bourgeoise.
Pourquoi ? Pour des raisons un peu cosmético-politiques mais qui ont leur importance : Villepin est beau sous les ors de la République. Ses discours sont certes emphatiques mais vibrants, son verbe est lyrique et il a la conviction républicaine qui semble chevillée au corps - notons aussi que ses costumes sont impeccablement ajustés.

Lumières et haute couture...
Dominique de Villepin évoque une nation puissante et élégante, la patrie des Lumières, du messianisme et de la haute couture. En face, le bling-beauf de Nicolas Sarkozy,, Rolex, tics nerveux et phrasé approximatif, incarne lui une contrée d'arrogants speedés, moins intéressés par la géopolitique que par les potins people; un patelin d'individualistes obnubilés par les signes extérieurs de leur richesse relative.

...Contre Rolex et individualisme
Si Nicolas Sarkozy incarne – et ce fut une grande nouveauté - la France telle qu’elle est, c’est à dire un peu beauf, Villepin s’inscrirait donc dans la lignée classique des présidents qui incarnaient la France telle qu’elle se rêve, humaniste et influente. Dans cette France là, l’homme d’Etat est un monument de la culture classique, un peu monarque, un peu distant, énarque et centralisateur. C’est bien pourquoi dans son discours d’hier il a aussi bien évoqué "les grandes réformes sociales engagées sous François Mitterrand", que "la capacité, avec Jacques Chirac, d’exprimer l’indépendance de la France". Sans oublier de se revendiquer "plus gaulliste que jamais".

Une troisième voie (de garage)
Socialistes sans tête, gaullistes sociaux orphelins, centristes égarés, votez Villepin, choisissez la troisième voie. Un troisième homme alors ? Comme François Bayrou en 2007 ? Absolument.

D'ailleurs si les deux hommes ont des parcours politiques différents, ils ont des points communs et partagent par exemple la passion des grands hommes de l’histoire française - Henri IV pour Bayrou, Napoléon pour Villepin.
Aucun des deux ne peut compter sur l’appareil de sa famille politique et les deux veulent justement incarner une alternative.

Moyennant quoi ils disposent tous deux du même pourcentage quasiment nul d’accéder à l’Elysée. C’est souvent le destin des 3èmes hommes. On a coutume de dire que l’élection présidentielle se joue au centre, et c’est sans doute pour cela qu’il y a souvent un troisième larron ambitieux au milieu. On oublie d’ajouter qu’à la fin c’est un type de gauche ou (plus généralement) de droite qui l’emporte. Villepin pourrait être à Sarkozy ce que Bayrou fut à Royal : le trublion qui fait pencher d’un côté ou de l’autre la balance présidentielle mais n’a pas le pouvoir de la renverser.

La question n’est donc pas de savoir si Villepin gagnerait, mais plutôt qui il pourrait faire perdre. En l’état actuel des choses, on sait au moins à quelle victime pense l’ancien Premier ministre en se rasant le matin.

Daniel de Almeida