Typologie
En qualifiant le net de "plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes !", alors qu'il tentait de défendre Julien Dray, Jacques Séguéla a fait officiellement son entrée dans le cercle des webophobes. Réactionnaires, sécuritaires, paranoïaques ou revanchards, Flu dresse le profil de ces "élites" qui font des procès en sorcellerie à l'Internet.
Le webophobe illuminé
Fort de sa connaissance de la publicité et et des médias, il pense avoir cerné mieux que quiconque la boîte de Pandore que représente Internet. Au risque de verser dans la prophétie de comptoir.
Exemple : Jacques Séguéla. Parti à la rescousse de Julien Dray, avec qui il partage un amour commun des Rolex, le publicitaire sous UV confère carrément au web un statut divin :
"Il y a un cancer de cette société, dont il est victime, qui s’appelle l’intox. Qui est dû à quoi ? Qui est dû au net. Le Net est la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes ! C’est un dieu vivant ! Car Internet permet à tous les hommes de communiquer avec les autres hommes. En quelques secondes, le net peut détruire une réputation !"
Le webophobe sécuritaire
Son dada, c’est de légiférer sur tout et n’importe quoi, afin de montrer qu’il ne reste pas inactif face aux dérives du monde. Comme il voit le mal partout, sa vision de l’internet s’avère forcément caricaturale et outrancière. Avec point Godwin garanti.
Exemple : Frédéric Lefebvre.
Le 15 décembre 2008, à l'Assemblée, le porte-flingue de l’UMP dépeint Internet comme un "mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde". Un petit échauffement avant le lâchage complet :
"Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l'absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d'adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ?".
Le webophobe Godwin
Persuadé du danger immense que représente le web, il est prêt à user de tous les moyens pour faire partager sa crainte. Y compris de la méthode indémodable de l'accusation d'antisémitisme.
Exemple : Philippe Val.
Dans son bouquin Voltaire, reviens, ils sont devenus fous, paru en 2008, l’ex-directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, aujourd’hui à la tête de France Inter, n’y allait pas par quatre chemins pour dézinguer les sites Internet d’information. En particulier Bakchich, comparé à la revue antisémite Je suis partout :
"Mais au fond, tout cela est anecdotique, l’affaire Siné révèle quelque chose d’autrement plus grave et plus profond. D’abord, la question des sites d’information sur Internet, qu’ils soient autonomes comme, par exemple, Médiapart, Rue 89 ou Bakchich, ou qu’ils soient les appendices des grands titres comme Le Monde, Marianne ou Le Nouvel Observateur. Ne parlons même pas de Bakchich, qui actualise et adapte sur Internet les méthodes glorieuses de Je suis partout. Malheureusement, ce genre de site d’informations n’est pas l’exception, c’est la règle."
Le webophobe largué
Complètement dépassé par l'ère de communication qui vient de s'ouvrir, le webophobe largué rêve d'arrêter le temps.
Exemple : Amanda Lear.
Dans Voici, elle balance son rêve le plus fou :
"C'est vrai qu'Internet ça me rend folle", a-t-elle confessé au magazine. "Si je dis dans un magazine que Claire Chazal a les pieds plats, elle peut me faire un procès. Mais si j'écris sur Internet que le Président de la République est un con, y'a pas de problème. C'est un espace de liberté mais à l'arrivée, ça devient n'importe quoi. Je vous le dis franchement, je rêve qu'on interdise ce truc".
Le webophobe réactionnaire
A la ramasse sur le sujet, il ne se prive pourtant pas de partager sa vision d’Internet, en brodant des analyses pseudo-philosophiques sur ce outil incontrôlable, où la lie de la société s’exprimerait sans la moindre régulation. Borné, il fait mine de ne pas comprendre même quand on lui prouve qu’il est à côté de la plaque.
Exemple : Alain Finkielkraut.
En septembre dernier, le philosophe expliquait encore lors d’un forum organisé par Libération qu’Internet était "l’instrument privilégié du n’importe quoi". Quelques mois plus tôt, dans la web émission Ligne J@une, Guy Birenbaum et Daniel Schneidermann avaient pourtant tenté de lui expliquer que le journaliste du Parisien qui avait filmé le "casse-toi pauv’ con" présidentiel n’était pas un "internaute fou".
-(Finkielkraut) C’est pas passé dans le journal, d’abord, c’est passé sur le net !
-(Birenbaum) Une vidéo, techniquement, ne passe pas dans un journal.
-(Finkielkraut) Je vous explique qu’Internet est un asile pour les photos, les images, les conversations volées. Est-ce qu’Internet n’est pas cette poubelle de toutes les informations ?
-(Schneidermann) Je vais donner un scoop, Internet ça n’existe pas.
Le webophobe revanchard
A cause d’Internet, il s’est méchamment fait taper sur les doigts. A l’époque, il n’avait osé trop rien dire, mais n’en pensait pas moins. Rancunier, il a attendu une occasion pour taper sur le web en prenant la défense de quelqu’un d’autre. Sauf que tout le monde a compris que c’est de son cas personnel dont il s’agissait…
Exemple : Alain Duhamel.
Filmé par une caméra amateur alors qu’il confessait devant des étudiants de Sciences-Po vouloir voter pour François Bayrou lors de la présidentielle 2007, l’éditorialiste est suspendu par France Télévisions. Deux ans et demi plus tard, il tente de se venger contre le grand méchant web dans une chronique confuse publiée dans Libé où il parvient à se contredire dans un seul et même paragraphe :
"Dans l’affaire Brice Hortefeux, il n’y a qu’une victoire, celle des vidéos, et qu’un triomphe, celui d’Internet. Une fois de plus, la Toile a imposé son règne. Désormais, il se trouve toujours une caméra, un mobile, un appareil numérique pour saisir une scène, pour enregistrer une séquence ou une phrase, pour intercepter un geste, une mimique, un mot, un regard. En l’occurrence, il ne s’agissait ni d’une équipe d’amateurs, ni d’images volées."
Le webophobe parano
Habitué à dénoncer les complots médiatiques orchestrés en haut lieu avec la complicité de grands patrons propriétaires de chaînes de télévisions, il ressort sa théorie à toutes les sauces. Quand le web ose le dénigrer, ce dernier devient donc à son tour un dangereux lobby qui, dans l’ombre, œuvre à sa perte.
Exemple : Ségolène Royal.
Prise à partie par la toile française, qui s’est bien gaussé de son site internet mystique, Désirs d’avenir, la madone socialiste a dénoncé la réalité que tout le monde occulte devant un parterre de militants :
"Il faut un site comme ça, avec des traits. Non, moi je veux un site qui nous ressemble. Et pas nous qui ressemblions au site. Vous savez, c’est très rare ce que je dis-là. Parce que c’est très puissant le lobby d’Internet."
Le webophobe corporatiste
Son business est mis à mal par Internet. Alors, il balance une bonne vieille diatribe contre la méchante nouvelle technologie qui détruit les gentils artisans. Tant pis, si ses arguments sont fallacieux et ses raccourcis de mauvaise foi. L’essentiel, c'est qu'il ait fait passer son message.
Exemple : Luc Besson.
En plein débat sur Hadopi, le réalisateur avait profité de sa position pour publier une tribune vindicative dans Le Monde (démontée par Maitre Eolas), se drapant du rôle de chevalier servant à la rescousse de l’industrie du cinéma :
"Le piratage est tout simplement un vol caractérisé. Il y a 500 000 vols de films par jour en France : 500 000 connexions illégales. Les internautes français détiennent ce triste record du monde. Voilà une bien mauvaise image pour le pays des droits de l'homme."
Le webophobe hardcore
Il regrette le bon vieux temps du far west, quand une histoire de diffamation se réglait avec un duel des familles. Dans son esprit, les mecs qui critiquent à l’abri derrière leur écran, c’est juste une belle bande de tarlouzes. Lui, il y va à visage découvert, et tant pis si ça fournit des pièces à convictions pour la police.
Exemple : Morsay.
Rappeur le plus nul de l’histoire du hip-hop français, Morsay n’a pas compris pourquoi il était devenu la risée du web en se prenant pour Scarface dans ses vidéos. Du coup, il a carrément clashé "Internet" :
"Les mecs qui m’envoient des messages sur Internet, je vous nique vos mères la pute, bande de fils de pute. Je suis à Clignancourt, bande de putes, pourquoi vous venez pas ? Venez me voir. (…) Le premier qui vient, je lui schlass sa mère. Je le coupe comme un mouton (...). Ta femme, je l'a viole. Je ramène un pédé, je t'attache dans mon camion, je lui donne 20 euros il t'encule !"
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