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Pop Life. Art in a Material World, Tate Modern, jusqu'au 17 janvier 2010
« Provocation », le terme est lancé d'entrée de jeu dans l'exposition Pop Life – Art in a Material World de la Tate Modern, et c'est sans nul doute la notion qui lie le mieux la démarche des artistes présents. Le propos, assez flou, pourrait se résumer à « Qu'est-ce qu'un artiste contemporain est prêt à faire pour être connu ? ». Mais beaucoup d'œuvres, souvent trop clinquantes, tombent à plat.
A une époque où on ne dresse plus guère de monuments aux artistes et où la course à la rentabilité a fait oublier le temps, pas si lointain, où des générations de créateurs vivaient grâce aux mécènes et aux commandes publiques, le désir de reconnaissance de certains artistes est devenu leur quête esthétique principale. C'est ce que Pop Life veut démontrer, même si l'on y constate que toute démarche artistique ne fait pas forcément œuvre.
L'art de l'auto-promo
Fabriquer son propre mythe fut le but avoué du peintre Martin Kippenberger ou de l'artiste anglaise à scandales Tracey Emin, qui organisa à l'âge de 30 ans sa première exposition personnelle à la galerie White Cube, intitulée My Major Retrospective 1963-1993, où elle exposait... sa vie. Provoquer le scandale, notamment par le recours à la mise en scène pornographique de sa propre personne, est sans doute l'intention de Jeff Koons, lorsqu'il se met en scène avec son épouse, la Cicciolina, dans une série de photos et de sculptures, Made in Heaven, même si l'artiste américain prétend avoir ici voulu rendre hommage à Boucher et Fragonard et aux libertins du XVIIIe siècle.

Faire objectivement de l'art un business, c'est ce qu'ont fait dans les années 70 et 80 Warhol, qui garantissait un rabais sur le deuxième portrait commandé, puis Keith Haring, dont le Pop Shop est reconstitué à la Tate, et où l'on peut acheter les T-shirts, jouets, affiches et magnets de l'artiste qui voyait dans le marketing un mode de diffusion de son œuvre. Aujourd’hui, l'art business a pris des proportions folles. Damien Hirst, dont on voit ici un veau aux sabots dorés flottant dans du formol — référence au Veau d'or —, est devenu, grâce à la vente aux enchères qu'il a lui-même organisée chez Sotheby's en 2008, le maître de sa propre cote. Quant à l'artiste japonais Takashi Murakami, qui règne sur une véritable entreprise, Kaikai Kiki, dédiée à la diffusion de son œuvre, il décline ses motifs issus des mangas sur des produits de luxe... ah la belle affaire !
La provoc' fait flop
La veille de l'ouverture au public de l'exposition, la police anglaise a fait retirer une œuvre ultra-célèbre de Richard Prince, reprenant une photo de Brooke Shields enfant, nue dans sa baignoire — mais, curieusement, pas les sérigraphies porno de Jeff Koons, comme ce gros plan de 2,5 mètres de haut intitulé sans métaphore Ilana's Asshole... La réaction des autorités anglaises est symptomatique du retour à l'ordre moral avec lequel les artistes doivent aujourd’hui composer. Cependant, si cet acte de censure est insupportable, il semble que l'esprit de provocation soit aujourd’hui dépassé : les gesticulations des enfants « terribles » de l'art contemporain, dont les Young British Artists, les YBAs, furent les figures emblématiques dans les années 90, n'agacent plus, elles laissent la plupart des visiteurs indifférents.
A l'image de ce cheval gisant, dans le flanc duquel l'artiste italien Maurizio Cattelan a enfoncé un panneau inscrit « INRI » (les quatre lettres gravées sur la croix du Christ), et dont la raison d'être semble non pas de choquer le bourgeois, mais plutôt de lui plaire, c'est-à-dire de se conformer aux goûts de certains grands collectionneurs actuels, François Pinault en tête. Les visiteurs passent devant l'œuvre sans s'y arrêter. La postérité ne se commande pas.
Pop Life. Art in a material world, à la Tate Modern , Londres, jusqu'au 17 janvier 2010, puis à la Kunsthalle de Hambourg, du 6 février au 9 mai 2010, et à la National Gallery of Canada, à Ottawa, du 11 juin au 19 septembre 2010.

Légendes des illustrations :
1. Jeff Koons, Made in Heaven, 1989 © Jeff Koons (détail)
2. Keith Haring, Pop Shop © Keith Haring artwork © Estate of Keith
3. Piotr Uklanski, The Nazis, 1998
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