Elucubration
La grippe A progresse, c’est Roselyne qui le dit. On commence même à en mourir sans avoir eu de précédents. Il n’en fallait pas davantage à l’hypocondriaque qui a rapidement remplacé sa tumeur cérébrale et ses maux de tête par la grippe A et quelques difficultés à expirer. Ici, des solutions simples pour malades imaginaires…
Transports en commun, boulot, chez soi, la grippe s’immisce dans les moindres recoins. Ce qui n’était que très mexicain puis vaguement américain est devenu européen puis français. La mort, alors réservée aux gosses et aux faibles, touche des adultes dans la force de l’âge. L’hypocondriaque, toujours prompt à tâter son pouls et consulter la couleur de ses excréments, se met à baliser sévère. Flu vous donne 5 trucs et astuces pour passer au travers des postillons grippés.
S’endetter sur 5 ans et profiter de la crise de l’automobile
Problème : Chaque wagon (métro, RER, train, ter…) est potentiellement dangereux et quand l’hypo entre dans celui de tête plutôt que dans celui qui suit, il se demande toujours s’il a fait le bon choix. Si possible, il laisse à quelqu’un d’autre le soin d’ouvrir les portes pas automatiques… Bactéries, bactéries. Une fois entré, force est de constater que l’autre, porteur en puissance de la maladie, est partout. Quand l’étranger tousse on s’éloigne, les barres pour se tenir, sont autant de pièges à éviter (au risque de chuter et d’entrer en contact avec le sol = zone très dangereuse) pour ne pas se salir les mains. Un détail, on n’enlève plus ses crottes d’œil avant d’être arrivé chez soi. Les mains, c’est sale !
Solution : S’endetter sur une demi-douzaine d’années afin d’acheter une bagnole, rendue abordable grâce à la crise, et partir à 5h30 du mat’ pour éviter les bouchons.
Divorcer et louer une garçonnière
Problème : On peut choisir de ne plus voir ses amis, c’est en revanche beaucoup plus compliqué en ce qui concerne sa famille. L’hypo sait qu’il a statistiquement plus de chance de choper la grippe chez soi (30 % à 40 % des cas) que dans le métro. Merde alors ! En plus de réduire les sorties du week-end dans les magasins, les cinémas itou, l’hypo-père (ou mère)-de-famille, aura tendance à limiter les bisous et gazouillis superflus. En revanche, pas question que quelqu’un touche à son steak… il pourrait éternuer dessus !
Solution : simuler (ou pas) une rupture amoureuse le temps que la pandémie passe, et louer une garçonnière à quelques kilomètres du foyer fiscal pour éviter les visites impromptues de la marmaille et de leur mère porteuse.
Travailler dans le secteur tertiaire et jouir du télétravail
Problème : Deuxième place la plus exposée (20% des cas s’y déclarent), le lieu de travail est l’endroit où l’hypocondriaque ne peut oublier que la maladie est partout. On lui rappelle qu’il doit bien se laver les mains (alors qu’il le fait déjà), que quand il tousse, il doit faire attention aux autres (alors qu’il voudrait le gueuler sur tous les toits). Parfois l’hypo n’y pense plus à cette grippe, mais ses collègues en parlent (pour déconner) alors qu’ils vont tous en mourir… comme lui.
Solution : Le télétravail (bosser chez soi), à condition d’avoir chopé une garçonnière auparavant. Cette solution n’est malheureusement possible que dans le secteur tertiaire. L’hypocondriaque du secteur secondaire n’a plus qu’à espérer que son usine soit mise en faillite ou épargnée par le virus.
Recourir au cancer
Problème : Avant d’avoir la grippe A, l’hypocondriaque était atteint d’une tumeur quelconque, ou bien sa difficulté à cicatriser et sa fatigue chronique l’informaient sur sa leucémie qui bientôt l’emporterait. Aujourd’hui, toutes ces maladies appartiennent à la nostalgie du passé. Son espérance de vie avec la chimio était quand même de quelques mois voire de plusieurs années. Forte de son éminente imminence, la grippe A ne lui permet plus d’envisager le futur.
Solution : Essayer de se convaincre qu’on est atteint d’un cancer du poumon, ce qui nous laisse quelque temps et justifie nos problèmes respiratoires (symptômes fictifs) pas du tout liés à la méchante grippe.
Précipiter l’hiver
Problème : Masque, lunettes, savon de poche… l’hypocondriaque aimerait que tout le monde se munisse de cet attirail. Ainsi, non seulement ses collègues, voisins de métro, etc, deviendraient moins dangereux, mais en plus, lui même pourrait s’équiper sans avoir l’air ridicule. Parce que si le ridicule ne tue pas, rares sont les hypos à franchir le pas et acquérir la panoplie du grand malade imaginaire. Restez digne même face la mort. Un principe.
Solution : Simuler un hiver précoce et précipiter l’accoutrement surchaud (bonnet, écharpe…) afin d’avoir l’air moins con dans sa protection presque anti-bactérienne… quoique.