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Visite guidée
Le « spectacle du quotidien » a été le thème retenu par le commissaire Hou Hanru pour définir cette 10e Biennale de Lyon, qui pèche souvent par une trop grande naïveté, oscillant entre bons sentiments et regards justes. Visite guidée.
Pour la 10e édition de la Biennale de Lyon, le parti pris du commissaire Hou Hanru, critique et curateur chinois installé à San Francisco (qui a remplacé au pied levé Catherine David, démissionnaire, six mois avant l'inauguration), est d'exposer le « spectacle du quotidien », par opposition à la société du spectacle dont les biennales d'art contemporain seraient justement l'emblème. Dans le texte d'introduction de la biennale, le commissaire part du principe que c'est dans le quotidien que « se produisent les choses (sous-entendu les œuvres) les plus incroyablement inventives », rejetant une soi-disant banalité, que les artistes auraient la capacité de transformer « comme par magie ».
Naïveté
C'est ce point de vue assez naïf, décliné en thématiques à la littéralité agaçante comme « La magie des choses », « Un autre monde est possible », « Vivons ensemble » ou encore « Veduta » — qui entend porter l'art dans les quartiers défavorisés de la périphérie lyonnaise, avec notamment des résidences d'artistes et des collaborations avec les jeunes —, qui innerve les expositions, par ailleurs très cohérentes, de la Sucrière et du Musée d'Art contemporain de Lyon, les deux principaux sites de la Biennale. Les bons sentiments abreuvent un certain nombre d'œuvres, comme la table de granit semée de fleurs du Taïwanais Lee Mingwei, qui propose au visiteur de cueillir une fleur pour l'offrir ensuite à un inconnu, ou les Cabanes nostalgiques d'Agnès Varda, déjà vues à la Fondation Cartier en 2006.
Le trait, souvent, est épais. Underground Flowers de Yang Jiechang est une superposition d'ossements humains en porcelaine bleue et blanche, que l'on peut acquérir contre un don à une association d'hébergement d'urgence. Dans Skyline de Mounir Fatmi, des cassettes VHS aux bandes dévidées dessinent un horizon de gratte-ciels, tandis que What is democracy ? d'Oliver Ressler montre un ensemble de vidéos où la question-piège est posée à des individus de 18 pays différents, comme dans un cours d'éducation civique.
La Biennale manque, hélas, de propositions franchement politiques, voire violentes, qui décolleraient du réel pour former une vision neuve... Mais les œuvres restent pour la plupart au seuil du constat, et les artistes, des spectateurs, en effet, et non des acteurs du quotidien.
Quelques perles
Certaines œuvres auraient mérité d'être mieux présentées, comme les échafaudages truffés de caméras de Jimmie Durham, ou les impressionnants soldats javanais de Jompet Kuswidananto, trop à l'étroit dans une petite salle du MAC, tandis que Sarkis dispose d'un étage entier pour son installation, L'Ouverture, trop vaste pour être lisible.
Parmi les œuvres les plus convaincantes de cette Biennale, on trouve quelques perles, notamment les Event Chairs de George Brecht : disséminées à la Sucrière et au MAC, les « objets-événements » de cet artiste Fluxus décédé l'an passé ne sont pas de la première fraîcheur, mais collent idéalement à la thématique générale. À la Sucrière, le Californien Barry McGee organise avec exubérance le chaos urbain en amoncellant tags et camionnettes, tandis que Pedro Cabrita Reis poétise le délabrement de l'Entrepôt Bichat grâce à ses fins néons qui griffent l'espace de lumière. Au MAC, la vidéo Portrait de groupe des contrôleurs SNCF de Robert Milin joue avec humanisme la carte de l'objectivité documentaire, tandis que Cold Morning, du Canadien Mark Lewis, vidéo vue cette année à Venise, campe elle aussi sans ciller le cadre d'une réalité froide — le bivouac de fortune d'un SDF dans le petit matin — et évite l'écueil des bons sentiments sur lequel s'échoue trop souvent cette Biennale.

Xe Biennale de Lyon. Le Spectacle du quotidien, jusqu'au 3 janvier 2010.
Le site de la Biennale de Lyon
A voir également en marge de la Biennale, l'exposition « Rendez-vous 09 » à l'Institut d'art contemporain (IAC) de Villeurbanne, qui présente les œuvres de 20 jeunes artistes de 10 nationalités différentes choisis par Isabelle Bertolotti et Thierry Raspail, conservatrice et directeur du MAC, Nathalie Ergino, directrice de l'IAC, et Yves Robert, directeur de l'Ecole nationale des Beaux-Arts de Lyon.
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