L’Offset Festival c’est : deux jours de musique, un défilé de près de 150 artistes, 8 scènes et des têtes qui tournent. Flu y était et ramène des lives, des interviews à bâtons rompus et des photos de la faune locale. What else !

Situé dans la forêt d’Hainaut, à une demi heure du centre de Londres, le cadre de l’Offset Festival frôle l’idyllique.

     Offset sur Flu


 
A plusieurs centaines de mètres de l’entrée, la musique, cacophonie absurde où se mêlent hardcore, funk, techno et rock, informe sur le caractère des solennités. Un putain de bordel, hybride et délirant. Au programme : Metronomy (déjà présent l’année dernière), The Slits, The Horrors, A Certain Ratio, Clinic... Voilà pour les têtes d’affiche. Le reste, des groupes tout juste débauchés des pubs du pays tout entier (et d'ailleurs) et influencés par ceux qui vont tâter la grande scène. Un concept.

Red Stripes et Laughing gas

L’Offset festival est anglais. Derrière cette mauvaise accroche, et le sommaire sujet/verbe/complément, rôde un paquet de sous-entendus. C’est à dire. Ici, le mauvais goût consiste à ne pas s’habiller en fluo, le cidre est plus cool que la sacro-sainte bière et le pincement intempestif de fesses par la gente féminine, une flatterie. La musique sonne alors comme un prétexte à tout le reste et le festival prend des airs de gigantesque party.

Dans le camping, au ras des pâquerettes, des Anglais éclusent des Red Stripes à moindre coût et s’aèrent avec du laughing gas. Un programme en soi. Au point de contrôle, le préposé à la fouille, beaucoup plus laxiste qu’en France (ici on ne fouille pas les sacs), regarde à peine si on dispose du bracelet requis. Dedans, un défilé, à faire pâlir les pires excentricités d’un John Galliano. Hippies en fleurs, punks à crêtes, gothiques ou avec des masques S.M., la faune pique les yeux et donne une incroyable impression de n’importe quoi. Le lieu apparaît alors hors du monde, hors du temps.

De Mickey Mouse à Freddy Krueger

Un peu plus loin, sur le Main stage qui fait office de scène principale (équivalente en taille à la petite scène de Rock en Seine), Good Shoes distille son Brit Rock post Libertines avec fraîcheur mais sans relief. Pas de mystère. Riff ciselés, voix à la Robert Smith et jolis ponts n’y feront rien. Good Shoes est un groupe que l'on qualifiera de terriblement sympa. A vue (le chanteur a même un T-shirt Dingo) et à l'ouïe… Une seule envie pointe : aller se pinter avec eux et leur raconter des blagues. Au moins. Au suivant.

Quand Pulled Apart By Horses prend la relève c’est une autre paire de manche. Le groupe déboule avec du poil sous les bras et de la testostérone à ne plus savoir qu’en faire. Du lourd et beaucoup de mal à croire que ces mecs viennent de Leeds et non pas du pays où les tours sont un jour tombées. Ils ont d’ailleurs plus à voir avec les rejetons californiens d'Icarus Line qu’avec leurs compatriotes Kaiser Chiefs. Trop rock pour être métal et trop métal pour être rock, Pulled Apart By Horses fait partie des inclassables. Sur scène, le contraste avec Good Shoes est saisissant, comme si Mickey Mouse avait laissé sa place à Freddy Krueger. Les gesticulations maniaques du chanteur et du guitariste font bouger les 6 premiers rangs (l’Anglais pogote peu). Le son lourd et brut, régulièrement entrecoupé par des breaks "soupirants" évite l’indigestion. Le tout fait plaisir à voir. Jugez plutôt.

Pulled Apart By Horses sur fluctuat.net

Hardcore sur le dancefloor

On quitte la grande scène un moment, pour voir ce qui se trame sous les grandes tentes blanches, foyers parfois accueillants, parfois déserts, d’une myriade de groupes. La tente hardcore (la plus proche de la grande scène) sera, pendant tout le festival, à moitié remplie (un exploit !). Pour les non-initiés, une certaine impression de "déjà vu" se dégage de cette scène, tant les groupes se ressemblent physiquement et musicalement. Les disciples s’y retrouvent… alors bon. A quelques pieds, une autre toile diffuse de la techno pas dégueu et là, c’est carrément la fête. Chacun entame sa danse éthylique avec plus ou moins de classe, la banane en sus. L’envie d’aller partout est trop forte. En moins de temps qu’il ne faut pour boire un demi litre de cidre, on attaque une troisième tente. Concept du festival oblige, on tombe parfois sur des petits groupes débarqués de leurs provinces anglaises et qui ne passeront certainement pas l'hiver et encore moins les frontières.

Entrée/plat/dessert

La fin d’après midi est une flânerie approximative et plutôt plaisante tant le choix est varié. 20h, retour brouillé sur la grande scène. Au menu, entrée/plat/dessert, The Futureheads/The Slits/Metronomy. De quoi éponger. Pour les premiers on pourrait parler d’un apéro, agréable sans être foufou, et de quoi bouger ses fesses le temps de "The Beginning Of The Twist".

The Futureheads sur fluctuat.net

Vient ensuite le tour des punkettes ressuscitées, The Slits. Les originales ne sont plus toutes là. Une jeune délurée a pris place derrière les claviers et un guitariste aux chromosomes XY est venu renforcer l’équipe. Lorgnant reggae, les anciennes assurent, déconnent et puis s’en vont. Le plat de résistance vite engloutit, on passe au dessert.

Pour Metronomy, c’est une autre affaire. Le groupe, révélé l’année dernière, est la fierté du festival qui l’avait programmé lors de sa dernière et première édition, un peu avant tout le monde. N’empêche que, le groupe n'a pas gonflé du melon et joue au cricket près de l’entrée du festival. En toute simplicité, en tout anonymat. Programmé tardivement, prévu sous une tente gonflée de festivaliers, les "nouvelles stars" investissent finalement la grande scène et s’incrustent après les Slits. L’ancien trio, nouveau quartet, assure le show sans artifice. Tout est au poil, maîtrisé sans être calibré, peu remuant sur scène et extrêmement dansant dans la fosse. Leur geek pop electro fait mouche, à s’en taper les antennes contre une vitre. Foutu concert.

Metronomy sur fluctuat.net

Lendemain difficile

Le lendemain, les foies ont morflé. Les festivaliers morts de faim, de fatigue et de cidre végètent devant la grande scène, allongés pour la plupart. La programmation du jour prête au libertinage auditif. Rien de bien excitant avant la fin d’après midi et l’arrivée de The XX, Die ! Die ! Die !, Clinic ou The Horrors. Impasse sur A Certain Ratio.

A 14h15, Ulterior investit la scène. Le chanteur accoutré comme Axl Rose, a le bon goût de ne pas minauder comme son héros à bandana. La démonstration se laisse écouter quand la ritournelle heavy braque pour faire des boucles. Les 25 minutes de gig suffisent. Plus tard dans l’après midi, la petite star de l’édition 2009 se pointe. La tente CLASH est trop petite pour accueillir tous les festivaliers venus mater The XX. Avec sa pop vaporeuse et son look mal assumé, le groupe va choper le public pour ne plus le lâcher. Une pause sombre et revigorante. Idéal. Sur le Main Stage, Die ! Die ! Die ! fait son taf et plutôt bien. Ca frôle quand même l’emmerdant au bout de deux chansons. Pas beaucoup mieux en ce qui concerne les mecs de Clinic qui montent sur scène munis de masques anti-bactériens. Leur concept étrange prend toute sa dimension en période de pandémie. C’était sûrement ce qu’il y avait de plus remarquable ici.

La vraie bonne surprise arrive en début de soirée lorsque Panico déboule sous la tente Guitar Hero New Bands. Le groupe, issu de la scène indé chilienne (sic) donne une disco pas putassière, des guitares pas péteuses et un chant pas superflu. Panico est tout ce qu’il n’est pas. Du festif rock décontracté. Tous ceux qui rentreront dans la tente par hasard n’en ressortiront qu’une fois le concert terminé… pour aller voir The Horrors. Malheureusement, et comme la vie est parfois mal foutue, tout le monde ne pourra pas assister au concert de LA tête d’affiche, faute de dernier métro. Bibi en est. Pliage de tente, bus qui n’arrive pas et subway. Là, on recroise le chanteur de Good Shoes jactant avec la populasse qui attend le dernier métro. Décidément sympa ce mec…

Cernes en bandoulière et sacs sous les yeux, on se dit que cette édition 2009 de l’Offset a, selon l’expression consacrée, tenu toutes ses promesses. Hormis la frustration The Horrors, qui jouait trop tard pour le non-véhiculés, ce festival reste une expérience barock et une invitation au vagabondage tympanal rare.

Rémi Métriau





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