Toujours en activité en 2009
La sortie simultanée du jeu vidéo Rock Band consacré aux Beatles et de la réédition simultanée de l’ensemble de leur discographie est un événement qui dépasse d’assez loin les simples lois du commerce et de la musique.
La fin de l’émiettement
Les Beatles sur Flu
L’industrie avait pris le parti ces trente dernières années de segmenter le marché et d’émietter son offre en fonction des publics ciblés. La stratégie consistait à offrir sur un même produit de base (disons les Beatles) une déclinaison de produits susceptibles de convenir aux néophytes (une compilation des singles n°1, énorme succès), aux completists (les BBC sessions éditées en 1994, énorme succès), des produits différenciés et répondant à leurs besoins spécifiques : de la nouveauté ou de la synthèse dans notre exemple.
Depuis quelques années, la tendance s’est inversée. Les producteurs n’ont plus les moyens ou ne prennent plus le luxe de différencier les offres et parient sur des produits séduisants, qualitativement roboratifs, chers (ou nécessitant un investissement important) et capables de satisfaire tous les publics. Au lieu de traquer les niches, on impose un produit qui, par sa qualité, devient INDISPENSABLE pour celui qui n’a jamais écouté les Beatles, comme pour celui qui n’écoute que ça. La déclinaison en cadeaux modulables (le Luxe, le super Luxe, l’extra luxe) déplace le ciblage sur l’épaisseur du portefeuille mais ne fait en réalité qu’envelopper de 3 ou 4 façons un produit susceptible de combler n’importe qui. C’est la définition de l’Absolute Present, le cadeau qui, répété ou fragmenté (c’est la logique des rééditions d’albums collector), dure longtemps, voire infiniment (on le prolonge maintenant par des espaces de diffusion de contenu permanent), multiplie la dépense pour les fans, et ne peut être évité sauf à trahir la cause. A petite échelle, cela donne la compilation Sound of The Smiths. A grande échelle, on a l’opération qui marche du tonnerre pour Noël : des intégrales classiques à bas prix. L’opération Beatles se situe un peu avant de toutes celles-ci et peut être vue comme une répétition à échelle réelle de ce qu’on s’attend à voir sur le catalogue du défunt Michael Jackson et de la moribonde Madonna (mouvement amorcé avec la compilation ultraclassique Celebration).
Des cadeaux de qualité irréprochable
Sur le plan musical, et pour s’en tenir aux Beatles, l’événement reste sur le fond une excellente nouvelle, même sans matériau nouveau (heureusement d’ailleurs). Apple a fait le travail à la perfection : réédition des albums dans des packagings ultrasoignés agrémentés à chaque fois d’un documentaire sur les conditions d’enregistrement de l’album, conversations d’époque des Beatles entre eux, animations vidéo. L’équipe qui avait travaillé sur l’Anthology (un modèle du genre) a été reconduite et on peut lui faire confiance pour disposer du meilleur. Côté son, le coffret est décliné en mixage stéréo et en mixage mono pour les puristes qui espèrent retrouver les enregistrements tels que les Beatles auraient voulu les sortir initialement. Seul Abbey Road avait, en effet, été travaillé spécifiquement pour le mixage stéréo. Tout est dans tout. Cadeau Absolu. Pour ceux qui en veulent plus, une énième compilation des singles est proposée, ceux-ci (par chance) ne figurant quasiment jamais, à l’époque, sur les albums originaux. A noter tout de même que les albums stéréo seront disponibles à l’unité, tandis que les monos seront seulement encoffrés. Avec le même produit ou presque, on cherche la déclinaison pour retrouver le plaisir sur mesure. L’opération Beatles est un modèle du genre et quasi irréprochable d’où qu’on se place.
Marchand d’univers
Sur le jeu vidéo, Beatles Rock Band, tout ou presque a été dit. Le jeu est amusant, permet d’écouter des chansons des Beatles de manière ludique et ne fait pas de faute majeure d’intégrité. L’éditeur s’est couvert en travaillant directement avec les survivants du groupe Il s’inscrit du reste dans la lignée humoristique des films tournés de leur vivant par les Fab 4. La stratégie à l’œuvre consiste à contourner une sinistre réalité commerciale : le corpus des œuvres des Beatles (et de tous les artistes en général) est désespérément fini et ne peut être renouvelé ou étendu. Il va falloir dans les années à venir dépasser cette difficulté pour proposer du produit à durée de vie infinie, susceptible d’être renouvelé en dehors de toute production originale. La solution : abandonner la vente de la musique pour vendre un univers. C’est ce qui est fait avec le jeu vidéo et la raison pour laquelle sa sortie est couplée avec les sorties des disques. L’enjeu est de détourner le marché du fan pour le conduire peu à peu à sortir du fétichisme des albums pour s’embarquer dans le voyage Beatles. Là encore, on attend avec une certaine impatience ce que le comité testamentaire de MJ nous réserve. Neverland nous voilà !
Anecdote : Amazon a révélé la semaine dernière les chiffres des pré-commandes enregistrées sur l’opération. Comme on pouvait s’y attendre, c’est l’album Abbey Road qui tient la corde du disque le plus pré-commandé par les fans, devant Sergent Pepper's, le White Album et Rubber soul. Les premiers albums du groupe (plus faiblards) sont clairement à la traîne, ainsi que le très psychédélique et optimiste Yellow Submarine qui ferme la marche (Crise oblige). Rappelons que l’album préféré de Mc Cartney est Sergent Pepper…

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
Afficher par : naissance / nationalité / métier
| Folker Paul Westerberg |
| Vive La France Sidney Bechet |
| Silence Is Easy Starsailor |
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
Afficher par : genre / label / année