Dix critères pour reconnaître un mauvais livre
Tandis que les nouveaux livres fleurissent sur les rayons des librairies, Fluctuat vous guide dans vos choix, en listant dix critères qui permettent de reconnaître le livre à ne surtout pas acheter.
Pour ceux qui aiment les statistiques, il faut savoir qu'on a à peu près autant de chances lorsqu'on choisit un livre sur un étal au hasard de piocher un bon livre qu'on en a de regarder un bon match de football à la télévision (si on imagine qu'on les regarde tous). La proportion est de l'ordre d'1 bon livre sur 7 ou 8 et d'1 livre exceptionnel sur 47 bons livres (soit 1 exceptionnel sur 330) d'après les relevés de l'Institut du Livre Scientifique de Cleveland (étude non disponible). Théoriquement, il devrait donc y avoir 1 ou 2 livres exceptionnels par rentrée, ce qui ne marche pas à tous les coups. Pratiquement, on a assez peu de chances de le trouver. A moins de se résoudre à ne lire que des mauvais livres (ce qui est le propre du critique littéraire mais il est payé pour ça), mieux vaut se doter, si on est un lecteur amateur, de quelques règles de conduite simples pour tenter de déjouer les lois des proportions. Voici ce qu'on peut proposer pour la rentrée 2009 : comment détecter les mauvais livres en période de rentrée littéraire ?
1. Les mauvais livres sont courts ou un peu moyens question format.
Ils ne sont pas trop longs et écrits en gros. Il y a bien sûr de gros livres très très mauvais mais la science parle pour nous. Il y aurait 1 bon livre sur 6 parmi les livres de plus de 400 pages contre 1 bon livre sur 9 parmi les livres de moins de 140 pages. On ne peut pas négliger les statistiques. On peut ainsi éliminer les petits livres écrits en gros à coup sûr car ils seront décevants. Pour le reste, se méfiez aussi des livres faussement gros écrits en police 22 (Marc Levy & co) qui essaient de tromper leur monde. Plus le livre est écrit gros plus l'éditeur considère qu'il s'adresse à des idiots. On fait monter le nombre de pages parce que cela renchérit le livre (22 euros, allons y) et qu'on sait que vous allez l'acheter. Vous l'achetez parce que tout le monde l'achète et parce que les gros caractères offrent un confort de lecture accru. Mon oeil ! Les petits livres sont des gros livres que l'écrivain n'a pas réussi à écrire ou alors des livres qui n'ont rien à dire. Un roman qui s'écrit en 100 pages est une nouvelle de truand. Il y a des exceptions à ça (Melville, Conrad, 3000 autres) mais la règle générale est la règle.
2. Toute la presse en parle et en dit du bien mais vous ne connaissez personne qui les a lus ou qui a vraiment envie de les acheter.
Ça se passe de commentaires. Lorsque le livre est critiqué plus de 2 semaines avant sa sortie, cela doit vous interpeller. Qui a intérêt à vous faire lire ce livre ? A qui profite le crime ? Il faut se méfier des journalistes à qui l'on donne des livres en leur disant qu'il faut absolument qu'ils les lisent. Pour ne pas avoir l'impression de perdre leur temps, ils en parlent et, pour ne pas passer pour des glands, en disent du bien même quand ils ont passé le pire moment de leur existence en les feuilletant. Du coup, se crée un buzz favorable autour de certains titres que tout le monde lit parce que tout le monde doit les lire et que personne n'a aimé pour de bon. Cela ne veut surtout pas dire pour autant que les meilleurs livres sont ceux dont on ne parle pas, mais bien ceux dont on ne parle pas... tous et pas trop tôt. Plus la critique est unanime et précoce, plus vous avez de chances d'être face à une bulle littéraire. Suivez mon regard...
3. Ils ont des thèmes qui vous parlent et semblent vous concerner directement.
C'est l'un des travers de la littérature française. Soit l'intrigue se passe au XVIème siècle, soit elle se donne dans votre cuisine ou votre chambre à coucher. Dans les 2 cas : méfiance. Un vrai roman ne parlera pas de vous directement. Il doit emprunter le truchement du romanesque, se payer un personnage, jouer de la parabole. Le "plus vrai que nature" est l'ennemi du roman et de la littérature. Il faut laisser ça au cinéma. Bannir les romans de genre à public ciblé (pour les pédales, les femmes dynamiques, les petits bourgeois lecteurs, les trentenaires,...). Si avoir du style, comme disait l'autre, c'est dire "je" à toutes les personnes, alors il faut se méfier des narrateurs qui cherchent à vous faire croire qu'ils sont comme vous, complices, aussi paumés, sentimentalement égarés... Ces types sont des menteurs, des bonimenteurs. Le seul mensonge qui compte doit être assumé. Le livre a de meilleures chances d'être bon si le thème vous est étranger, si les personnages vous bousculent, si les vies vous paraissent incompréhensibles. En avant, du nouveau et blablabla.
4. Ils ont une chouette couverture illustrée.
On connaît des éditeurs qui ont de bons auteurs et de bons graphistes mais aussi d'autres qui ont choisi d'investir dans le graphisme pour ne pas avoir à s'embarrasser d'écrivains. La couverture est souvent utilisée en littérature marketing comme un leurre. Méfiance pour les couleurs vives, les photos qui flashent et évidemment tout ce qui ressemble de près ou de loin à une représentation de la beauté. Tout cela est étudié, pensez-le bien. Pendant qu'on y est, prenez garde aussi aux photos d'écrivains en 4ème de couverture. Si l'écrivain est beau, il y a plus de chance que l'ensemble relève de l'arnaque. Les gens beaux n'écrivent pas ou alors mal. On n'écrit jamais que pour déjouer un complexe. Là encore, on ne fait que de la statistique, on ne manie que de la loi scientifique. Il y a des exceptions.

Critique évidente et qui n'a rien d'antiparisianiste ou de poujadiste. Les lois mathématiques montrent que deux livres français sur 2 se déroulent principalement à Paris alors qu'un livre sur 2 est écrit par un écrivain qui vit dans la capitale. C'est beaucoup trop. Comment des types qui ne connaissent du pays réel qu'un épiphénomène (même aussi imposant que Paris) peuvent révéler des choses fondamentales sur le cours des choses, du monde et de votre vie provinciale ? Un livre qui se passe à Paris a toutes les chances d'être un livre parisien, peu engagé, vidé de tout contenu social, écrit précieusement par un auteur (pas forcément riche) menant une vie de bohème bohémienne au crochet de la société ou de la Fonction Publique. Tant qu'à lire ça, autant se taper Douglas Kennedy. Paris en littérature, c'est le diable dans votre sac à main.
6. Ils sont dans la liste de sélection pour les prix.
Ce n'est pas la règle dont on est le plus fier. Poujadiste et gratuite, antiélitiste et en même temps très tarte à la crème. On la reprochera cependant du point 2. Ce n'est pas parce que de vieilles personnes ont eu accès à ces livres de manière anticipée, qu'ils les ont lus dans le cadre d'un exercice bien précis (inviter un auteur à dîner pour lui remettre un ticket de loterie gagnant) que les livres sélectionnés vous parleront. Le Prix ne fait pas le livre, et la liste de sélection pour les prix encore moins. Pour lire bien, lisez cachés. Voilà la règle d'or.
7. Ils sont écrits par des femmes ou par Frédéric Beigbeder.
Misogyne avec ça. Cela commence à faire beaucoup. Toujours scientifique. 2 livres sur 3 sont écrits par des hommes. 1 sur 3 par des femmes. Normalement, vous devriez donc avoir plus de chances de lire de bons livres de femmes que de bons livres d'hommes sauf qu'empiriquement ça ne marche pas.... Si vous parcourez vos vingt ans de lecture, vous vous rendez vite compte que les livres que vous avez préférés ont été écrits par des hommes. Ca ne s'explique pas. Cela veut donc dire que soit vous n'avez vraiment pas eu de pot et systématiquement pioché dans le tas des livres de femmes ratés, soit que votre goût vous amène à préférer les livres d'hommes. Soit encore (vous ne voulez pas y croire) que pour le moment (et là encore les exceptions sont légion - merci Beigbeder) les livres d'hommes valent mieux en général que les livres de femmes. Qui s'enfonce avec moi ?
8. Ils ont été traduits en 33 langues déjà et ont connu un grand succès.
Ça sent l'arnaque. Un livre qui parle à tous et dans toutes les langues : soit vous lisez la Bible, soit vous avez entre les mains l'un de ses world-sellers internationaux qui fonctionnent sur des motifs littéraires primitifs et partagés par toute l'humanité comme l'amour (beurk), le mal (re-beurk), le mensonge (méchant) ou... l'amour. Traduction ne rime pas avec affadissement, avec nivellage par le bas. Un livre qui serait traduit modestement et rencontrerait un succès modéré dans l'hémisphère Nord (dans les pays riches, comme vous) pourrait s'avérer une bonne prioche. De nos jours, un mini-bouche à oreille peut dépasser la barrière de la langue mais au-delà de 30 traductions, cela veut dire qu'on va trop loin.
9. Ils vous rappellent un autre livre que vous aviez bien aimé.
C'est le propre des mauvais livres que d'essayer de vous engager dans une lecture pour de mauvaises raisons. Ils se déguisent en bons livres pour vous tromper et vous soulager de votre argent. Méfiez des livres qui ressemblent aux livres qui ressemblent aux livres qui vous font vibrer. Et puis on est toujours déçu(e)s la deuxième fois, c'est bien connu (ou alors la première ?). De nos jours, on trouve même des livres qui sont des copies de films que vous avez vus. Il faut avoir l'oeil.
10. Ils commencent par une phrase accrocheuse.
La 1ère phrase accrocheuse, c'est parfois comme la bande annonce de Bienvenue chez les Ch'tis. Une fois que vous avez lu celle-là, vous avez vu/lu tout le film/livre. Les mauvais livres ont le chic pour ça. Ils font semblant d'être bien pendant 1 page, 10 pages, 20 pages parfois et s'effondrent ensuite en laissant une grosse trace bouseuse sur le canapé. Certains préférent lorsqu'ils achètent feuilleter le milieu du livre pour voir ce qu'il a dans le ventre. Cela peut être une solution mais je soupçonne certains auteurs désormais de soigner leurs milieux. On peut toujours, si on tient absolument à ouvrir le livre, regarder le % de dialogues. S'il est plus élevé que 55% du texte, soit le livre est mauvais, soit c'est un livre d'Amélie Nothomb. Pour le reste, on navigue à l'aveugle.
L'application stricte de ces règles, d'après notre Institut Scientifique toujours, conduit à éliminer 80% des sorties qui composent le programme d'une rentrée littéraire de taille moyenne comme la rentrée 2009. Elle réduit le pourcentage de chances de lire un mauvais livre de l'ordre de 28%, ce qui est à la fois peu et beaucoup si vous lisez plus de 100 livres en deux mois. Pour ceux qui ne liraient qu'un ou deux livres, voire cinq ou vingt, vous n'êtes pas plus avancés : les lois de la statistique ne s'appliqueront pas et vous lirez autant de nanars qu'avant. Mais vous saurez pourquoi et ne pourrez vous en prendre qu'à vous-même.
Myosotis
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