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Une sélection des essais de la rentrée
Romanciers, philosophes, professeurs émérites : ils envisagent de penser l'art, le monde, la vie, et en tirent des essais tantôt didactiques, tantôt ludiques, parfois polémiques. Voici une petite sélection de ce qui nous arrive pour la rentrée.

Le Livre des violences de William Vollmann, Tristram
William Vollmann est le genre d’auteur qui, avant d’écrire les choses, les vit. On connaissait déjà de lui son reportage singulier sur la pauvreté (Pourquoi êtes-vous pauvres ?), ainsi que sa grande odyssée parmi les hobos (Riding Toward Everywhere). C’est cette fois son immense travail sur la violence qu’on pourra lire dans une traduction française aux éditions Tristram du Livre des violences . Vollmann a fait le tour des zones chaudes du monde, en a tiré des photographies et près de 5000 pages de réflexion sur la violence, réduite ensuite par lui-même à un peu moins de 1000 pages. Mais avec Vollmann, ça vaut toujours le coup de s’accrocher.
Lire un extrait du Livre des violences
Lire la chronique du Livre des violences

La littérature frénétique, d'Anthony Glinoer, PUF
Qui dit roman gothique dit : Radcliffe, Stocker, Lewis, Shelley… Si ces auteurs anglais ont fait la gloire voire l’histoire du genre, la littérature française a ses monstres et ses scènes d’horreur. Ce que montre Anthony Glinoer, en dressant un guide de la « littérature frénétique » en France, de François de Rosset aux romans contemporains, en passant par Sade ou Hugo. Excellent moyen de découvrir des textes méconnus, La Littérature frénétique engendre aussi une réflexion sur les mécanismes de la consécration littéraire.

Que du bonheur / La Crise commence là où s’arrête le langage, d'Eric Chauvier, ALLIA
Auteur du très bon Anthropologie, Eric Chauvier propose pour cette rentrée deux courts essais complémentaires, Que du bonheur et La Crise commence là où s’arrête le langage, qui peuvent se lire comme deux mini-leçons de linguistique. Partant d’une situation personnelle, Eric Chauvier analyse la crise – financière, mais aussi identitaire – de nos sociétés contemporaines à la lumière des sciences du langage. Que dire d’un texte qui vous donne envie de vous plonger dans Wittgenstein et Austin, si ce n’est qu’il est réussi ?

Nudités de Giorgio Agamben, éditions Rivages
Giorgio Agamben est un philosophe italien, entre autre versé dans la philosophie politique, dont les références se situent entre Walter Benjamin et Michel Foucault. Nudités rassemble une série de bref essais, qui portent sur les motifs actuels de la réflexion de Giorgio Agamben : la boulimie, la biométrie, la fête, autant de sujets éclectiques qui convergent autour du thème du désœuvrement. Désœuvrement, non pas entendu comme oisiveté, mais comme action humaine exemplaire, nécessaire à l’écriture telle que la pratique Giorgio Agamben.

Trois capacités négatives d'Adam Phillips, L'Olivier
Psychanalyste et auteur notamment de Soyons fous pour rester sains ! (Payot, 2008), Adam Phillips interroge, dans Trois Capacités négatives, la notion d'impuissance et ce qu'elle nous inspire. En disséquant trois des plus profondes angoisses qui hantent l'individu depuis l'enfance - "Être un embarras", "être impuissant", "perdre et être perdu" - il entend avant tout rendre à celles-ci leur valeur spécifiquement humaine, dans une réflexion qui déborde la psychanalyse pour s'étendre à la philosophie et à la littérature.

Comptes et légendes. La Dette et la face cachée de la richesse de Margaret Atwood, éditions Boréal.
Ce sont les éditions canadiennes Boréal qui lance, pour cette rentrée, la version française de Comptes et légendes, essai de Margaret Atwood dans lequel la romancière apporte un éclairage nouveau sur la notion de dette, qui occupe depuis toujours une place centrale dans la religion et la société. Atwood fait notamment appel à des références littéraires, établit un parallèle entre l'endettement ou l'esclavage, et souligne les inégalités persistantes entre hommes et femmes. Un texte d'une forte actualité, qui rompt cependant avec le discours des spécialistes.

J’ai fait HEC et je m’en excuse, de Florence Noiville, éditions Stock
L’actualité de la crise donne l’occasion à la journaliste Florence Noiville de soulever une question qui, contrairement aux apparences, ne concerne pas qu’une élite mais l’avenir même des sociétés : à l’heure où l’on ne doute plus des failles d’un système hypercapitaliste, n’est-il pas temps de repenser les grandes écoles qui en forment les principaux acteurs ? Elle-même diplômée d’HEC, Florence Noiville a enquêté sur les plus prestigieuses business school pour en invalider le modèle dans J'ai fait HEC et je m'en excuse.

Colère et temps de Peter Sloterdijk, Poches Pluriel. (réédition)
Peter Sloterdijk se penche, dans Colère et Temps, (dont le titre fait allusion à l’Etre et Temps de Heidegger), sur la colère, moteur principal de la civilisation occidentale selon l’auteur. En partant de l’Antiquité avec Homère, jusqu’au XXIe siècle avec Freud, Peter Sloterdijk analyse le fonctionnement de ce sentiment, manipulé par les pouvoirs dominants pour asseoir leur autorité. Comment Lénine, les fascistes ou les maoïstes ont-ils tiré partie du désir de révolte et de vengeance des peuples ? Sloterdijk décrypte et explique le phénomène, dont il annonce, aussi, la fin.

Editions, l'envers du décor, de Martine Prosper, éditions Lignes
Les nobles métiers du livre ne sont plus ce qu'ils étaient. Martine Prosper, éditrice chez Flammation et secrétaire générale du Syndicat national Livre-Édition CFDT, en apporte la preuve avec Editions, l'envers du décor : le livre qui dit avec des chiffres ce que devient le milieu des lettres, désormais soumis à la logique de rentabilisation, mais également confronté à l'arrivée du numérique.
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