La nouvelle série Hung fait un petit carton sur HBO aux Etats-Unis, dès son lancement. Un succès dû à un pitch original : les tribulations de Ray Drecker, un prof de sport quadra qui va tirer profit de son super-phallus. Une série format 28 minutes qui promet son lot de situations burlesques, et s’inscrit dans un genre récent trash et désabusé, traduisant les nouvelles attentes des spectateurs.
La logique de l’acharnement et de la surenchère
Plus que divertissantes, les séries semblent remplir aujourd’hui une fonction cathartique pour un public qui, au milieu des galères de la crise, a perdu toute envie de s’épancher sur les déboires sentimentaux de personnages idéalistes. Finies les têtes à claques bigotes et bien-pensantes de 7 à la maison ou les romances pâteuses et onanistes version Dawson. Même les aventures de Lisa, la moche au grand cœur, sous des airs de sentimentalisme optimiste reflètent un besoin d’acharnement et rallient sous l’étendard d’un sadisme aux vertus exutoires. On comprend d’ailleurs le stress généré par l’Hadopi pour un public 2.0 qui, jamais rassasié, est devenu accro à ses héros cathodiques.
Dans cette logique, Hung (bien monté en VF) n’hésite pas à donner dans la surenchère, avec un pilote qui commence d’emblée sur un rythme soutenu, en faisant subir sur 40 minutes une succession de mésaventures au héros : cet entraîneur qui ne parvient pas à faire remporter une victoire à son équipe de lycéens va aussi être mis à la porte par sa femme pour un dermato ringard. Ray (Thomas Jane) emménage alors dans la maison insalubre de ses parents décédés. Qui crame. Ses enfants préfèrent in fine leur mère hystérique plutôt que le nouveau foyer paternel, plus cool mais réduit à une tente. Après avoir assisté à des réunions de « coaching mental » (qui se révèlent être les A.A. du loser), Ray réalise que le seul atout qu’il possède se situe entre ses cuisses : un membre d’exception (TBM, pour les geeks).
Plus réticent que Hank dans Californication, moins gnian-gnian que l’équipée de Sex&The City, plus noir que tonton Charlie et avec autant de considération pour la morale ambiante que Nancy Botwin ou Walter White, Ray fait équipe avec Tanya (Jane Adams) pour monter son business. Ce qui pourrait sembler un agréable passe-temps va vite s’avérer être une épreuve que doivent surmonter deux ratés, qui rament pour exercer le plus vieux métier du monde.
Moins de morale, plus de trash
Notre étalon va alors mettre en place sa petite entreprise de Happiness Consultants et commercialiser son « outil magique » pour payer ses factures, aidé par Tanya, une poète ratée qui s’érige en « maquerelle ». Plus d’idéalisme sirupeux, encore moins d’ambition éducative, donc, dans les dernières productions pour petit écran : le spectateur veut du lourd. Alors qu’auparavant la censure pinaillait pour déterminer si oui où non, il était correct d’exposer ce bout de fesse devant un public qui pourrait s’insurger ou se pervertir, il s’agit aujourd’hui de négocier pour que ne soit pas montré un godemiché qu’on lubrifie (Weeds) – parce que le gode d’un côté, le lubrifiant de l’autre, ça passe.
Après le sexe frénétique (Tell Me You Love Me, Californication, True Blood), la masturbation pré-pubère (qui, made in Weeds, s’achève dans une peau de banane), la fabrication de méthamphétamine (Breaking Bad), Hung inaugure joyeusement la prostitution masculine sous tutelle féminine. Dans le générique, le protagoniste se dépoile avec aplomb en se dirigeant vers la rivière de Détroit (Michigan). La géographie de son corps qui va devenir le centre de toute l’intrigue reste la seule partie non dévoilée, mais prendra toute sa « dimension » à travers le regard (ou le vagin) des femmes, et devient prétexte aux mises en scène les plus drolatiques, notamment dans cette séquence d’anthologie où notre héros devra s’y reprendre à deux fois pour photographier l’intégralité de son méga-pénis. Du Trash fun.
Le culte du loser dans un contexte de crise
Mais c’est surtout l’assurance avec laquelle, dans le générique, Ray se jette dans la rivière, qui définit tout son personnage : il encaisse la douche froide comme il subit ses échecs. Sans vraiment s’apitoyer. La question n’est pas de savoir ce qu’il éprouve mais finalement comment ce loser, dans le même acabit que Walter de Breaking Bad et quitte de toute justification morale, se sort du pétrin. Un bourbier coulé de mésaventures du genre de celles qui pourraient arriver à tous : paie insuffisante malgré un job « respectable », divorce, dettes, incendie, ado en crise....
Pour que le trash prenne sa fonction libératrice dans toute son ampleur, un cadre réaliste auquel le trimeur crisard puisse s’identifier est nécessaire, faisant passer dans la catégorie has been (ou juste agaçants) les protagonistes friqués et surfaits de Gossip Girl ou même de Nip/Tuc. Et d’entrée le contexte est posé, croquant ce monde qui « s’effondre, part en vrille » sous des tours qui s’écroulent. La crise est implantée. Les protagonistes ne sont pas des sex-symbols et malgré le désir de nous plonger dans un réalisme au niveau du contexte, pas de caméra à l’épaule ou de plans arrachés comme dans Californication.
Une qualité d’image lisse, dotée d’une luminosité obscure mais plus légère que celle de Breaking Bad, qui ne détourne pas le spectateur de la réalité. Car il ne s’agit même plus de mettre en scène la fin du rêve américain mais la fin des illusions tout court et le désespoir de la middle class, plus désespérée que les housewives, prête à tout pour survivre. Même à vendre sa propre peau. La bienséance c’est définitivement pour les riches ou le voisin de Ray. Le must à l’écran aujourd’hui, ce sont les anti-héros d’hier, les ratés, endettés, les divorcés sur le retour. L’apanage de notre protagoniste, comme de beaucoup de spectateurs.

Des débuts prometteurs pour Hung soutenus par une histoire réjouissante, avec des thèmes et un traitement au réalisme parfois cru, pas vraiment novateurs mais qui ne sont donc plus à imposer. Si d’autres séries, plus radicales, s’y sont risquées, Hung peut désormais dépasser le difficile stade du « révolutionnaire ». L’acharnement sur le protagoniste pose un rythme assez soutenu dans le pilote, qui se ralentit ensuite pour se resserrer et prendre une dimension plus intimiste. Le temps pour Ray de devenir un « pro » ; mais aussi d’approfondir les personnages et explorer l’envers du décor. Les enfants deviennent notamment plus intéressants. Pas une machine infernale, pour l’instant, comme la grandiose épopée de Breaking Bad, mais une série qui synthétise les meilleures productions du moment et, « one foot in front of the other », impose sa propre identité.

Illus. © Home Box Office HBO
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