jusqu'au 7 septembre au Centre Pompidou
L'artiste français Philippe Parreno, reconnu comme maillon majeur de l'art contemporain des années 90, fait un come back plutôt discret au Centre Pompidou. Si l'expo de la galerie Sud laisse sur sa faim, un imposant catalogue vient à point nommé rappeler l'importance du travail de l'artiste.
Une exposition-spectacle
Temps et espace : c'est de spectacle dont il s'agit d'abord ici. Les références à ses codes sont multiples, et ce dès l'entrée, avec Marquee, marquise d'ampoules clignotantes telle celles qui ornaient les salles de spectacle d'antan. Puis, c'est le « tapis rouge », figuré par une épaisse moquette « phonique » rouge sang se réflétant dans les Speech Bubbles, bulles de BD échouées au plafond. On retrouve également les effets de lever de rideau, avec l'ouverture et la fermeture successives de stores qui muent l'espace d'exposition en salle de cinéma et laisse apparaître, une fois venue l'obscurité, des sérigraphies à l'encre phosphorescente évoquant des projets éphémères de l'artiste (Fade to Black).
Le cinéma lui-même est au cœur de l'exposition, avec une immense toile de douze mètres de large barrant l'espace, sur laquelle un monumental appareil projette un film, June 8, 1968. Le film est un somptueux 70 mm de huit minutes, évoquant le voyage en train, de New York à Washington, du corps de Robert Kennedy le 8 juin 1968, deux jours après son assassinat. La caméra file dans la campagne ensoleillée où des anonymes saluent le passage de la dépouille, fixant la caméra, fixant le spectateur. Temps et espace sont, ici encore, indissociables.
A une vision linéaire et rétrospective de l'œuvre de Parreno a été préférée une forme (trop ?) conceptuelle de scénario préconçu, où l'exposition est le sujet même de l'exposition, laissant nombre de visiteurs sur leur faim.

Un catalogue-rétrospective
Pour plonger réellement dans l'œuvre de Philippe Parreno, il faudra donc ouvrir le beau catalogue publié par le Centre Pompidou, conçu par les graphistes M/M (Paris), avec sa couverture oblongue représentant une grille cadenassée d'une boule de Noël et une sorte de Barbapapa en incrustation. Pour l'artiste, le catalogue fait partie prenante de l'exposition, comme témoignage matériel de ce qui a été. Il permet de revenir sur des projets majeurs des vingt dernières années, dont une grande partie ont été conçus en collaboration avec d'autres artistes, comme récemment Zidane. Portrait du XXIe siècle, avec Douglas Gordon.
L'œuvre de Parreno est vaste, ouverte, peu documentable, et regroupe de nombreux thèmes, ayant pour point commun la réflexion sur l'espace et le temps de l'œuvre : l'exposition comme médium (Snow Dancing inverse le processus habituel : les restes d'une fête constituent une exposition qui donne lieu à vernissage), le spectacle (Il Tempo del Postino, avec le curateur Hans Ulrich Obrist, regroupe quinze artistes dans un temps et un espace donnés), la disparition (Fade to Black), la culture cyberpunk et la notion d'auteur (le personnage de manga Annlee acheté par Parreno et Pierre Huyghe à une agence d'animation japonaise et laissé en copyleft), la réalité virtuelle (No More Reality, est, entre autres, une vidéoconférence où l'artiste caricature le charabia d'un critique d'art), les modèles de production cinématographique et télévisuelle (Zidane), le langage (Speech Bubbles), le statut des images (reproduction du panneau Welcome To Twin Peaks)...
Aujourd'hui l'artiste dit vouloir créer une nouvelle fête, un événement païen aussi important que Noël, à partir d'un médium, l'exposition. Une manière, encore, pour l'artiste, de s'approprier le temps ?

Philippe Parreno, 8 juin 1968 – 7 septembre 2009, au Centre Pompidou, Musée d'Art moderne, Paris, jusqu'au 7 septembre. www.centrepompidou.fr
Catalogue Philippe Parreno, sous la direction de Christine Macel, 240 pages, 49,90 euros, éditions du Centre Pompidou, Paris.
Paraît également un livre pour enfants (ou plutôt grands enfants...), Parade ?, avec des textes de Philippe Parreno et des illustrations de Johan Olander, sous la direction de Karen Marta, 36 pages, 18 euros, éditions du Centre Pompidou, Paris.
Philippe Parreno expose également à la Kunsthalle de Zürich jusqu'au 16 août, puis à l'Irish Museum of Modern Art de Dublin, du 4 novembre au 24 janvier 2010, et au Bard College, à Annandale-on-Hudson, New York, au printemps 2010.
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