Fondation Cartier pour l'art contemporain, jusqu'au 29 novembre 2009.
La Fondation Cartier pour l'art contemporain célèbre le graffiti avec une exposition bien nommée, Né dans la rue. Si la reconstitution du contexte d'émergence des writings est passionnante, les quelques œuvres de graffeurs contemporains, trop lisses, déçoivent.
La première partie (au sous-sol) de l'exposition de la Fondation Cartier vient rappeler les origines sociales et politiques d'une culture graphique née dans l'illégalité et la clandestinité, d'abord sur des trains de banlieue new-yorkais, puis sur les murs de la ville, hors du circuit officiel galeries-musées. Films et photos illustrent les débuts passionnants, au début des années 1970, d'un mouvement de contestation passive, spécifiquement urbain, qui fut d'abord pour de (très) jeunes anonymes (essentiellement des Noirs ou des Portoricains de Washington Heights et du Bronx, au nord de Manhattan, ou de Brooklyn), un mode d'affirmation par la signature cryptée.
On appelle alors les graffitis des writings et leurs auteurs des writers. Ceux-ci se placent, au départ, du côté du mot plus que de l'image. Le mot, le nom, sont aussi au cœur de la culture hip hop, celle de la tchatche et du toast, que le street art devance d'une décennie. Les writers acollent à leur prénom leur numéro de rue : Joe 182, Julio 204, Super Kool 223...

Certains de ces pionniers témoignent en vidéo dans l'expo. Ils ont aujourd'hui la cinquantaine émue et se souviennent de ces nuits dans les couloirs du métro à taguer les wagons dans l'obscurité, sans recul, au risque de se faire couper en deux par l'express du soir. Certains trains, les whole-cars, sont entièrement tagués : « Ça faisait comme un déroulement d'images ininterrompu », raconte l'un d'eux. Les styles évoluent, la 3D apparaît, de la lettre on passe bientôt à l'image, inspirée des comics. Les tags, de plus en plus grands, deviennent des masterpieces. Les vandales se revendiquent artistes.
Autour de 1980, l'aerosol culture s'exporte en Europe et son esthétique intègre la peinture, avec Jean-Michel Basquiat et Keith Haring, la publicité et le design graphique. Dès cette époque, des galeries new-yorkaises exposent des graffs sur toile. C'est le début de la démocratisation, mais aussi de la dépolitisation du street art. Car, au-delà de l'aspect marchand, qui n'est pas un tort en soi, abandonner les murs des villes signifie rejoindre la légalité et donc mettre de côté la revendication politique que signifiait la scarification de l'espace commun de la cité.
La partie historique de l'exposition de la Fondation Cartier plonge le spectateur dans la chaude ambiance à la Boyz N the Hood des années d'émergence du street art, sur fond de scratch de Grandmaster Flash et de breakdance. Au rez-de-chaussée, la présentation d'œuvres « contemporaines » est nettement plus décevante : les codes du graff sont repris, esthétisés, lissés. Conssubstantiels à l'acte même de taguer, l'illégalité et le caractère éphémère du graffiti en sont aujourd'hui des facteurs périphériques, en tout cas pour les quelques graffeurs reconnus par le monde de l'art, et qui taguent sur toile ou sur des murs qu'on leur propose d'orner de façon pérenne. Déplaçant le contexte de l'art, on en déplace le sens : né dans la rue, le graff adhère mal aux cimaises des musées.
Né dans la rue. Graffiti, à la Fondation Cartier pour l'art contemporain, jusqu'au 29 novembre 2009. De nombreuses vidéos sont consultables sur le site de la Fondation Cartier.
Parmi les événements majeurs des Soirées nomades : des visites urbaines autour du graffiti les 16, 17 et 19 juillet, une compétition de piecebooks (carnets de croquis) le 18 juillet, un concert de Rodolphe Burger illustré par Dupuy & Berberian le 22 octobre, une soirée dessin live le 23 octobre... Renseignements et réservations au 01 42 18 56 72.
Parallèlement, la Maison des Métallos présente l'exposition 400 ml, qui rassemble 400 artistes de la collection Gaultier Jourdain, en clin d'oeil aux 400 ml, contenance standard des bombes de peintures européennes. Jusqu'au 30 juillet 2009, dans le cadre de Paris Quartier d'été.
Illustrations
1. Henry Chalfant, Stalingrad, 1985, Paris ©Henry Chalfant
2. Kase 2, II Kase (Elkay). Photo Henry Chalfant, 1980. Courtesy Martinez Gallery
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