à Avignon jusqu'au 24 juillet, puis en tournée
Le réalisateur Christophe Honoré fait ses premiers pas au théâtre avec une adaptation très cinématographique d’Hugo. Mais le texte se dilue dans une foule d’effets chics et tocs, que ne sauvent pas une scénographie réussie et une direction d’acteurs inégale, dont seule Clotilde Hesme tire son épingle du jeu.
Le théâtre, ce n’est pas du cinéma.
Or Christophe Honoré est réalisateur – et aussi écrivain : alors pour faire l’épreuve du plateau, il trimbale avec lui tout un univers très septième art, bourré de trouvailles et de références. C’est parfois réussi, souvent surabondant, forcé, superficiel.
On est donc à Padoue, ici vaste échafaudage, assemblage de métal noir, tubes, grillages, escaliers, plateaux sur plusieurs niveaux. Au rez-de-chaussée, deux décors : le salon d’Angelo (Martial di Fonzo Bo), nappes et rideaux crème, ballons couleurs pastel, coupes de champ’. A côté, la chambre de Catarina (Emmanuelle Devos) sa femme, et une porte donnant sur son oratoire, ses secrets d’alcôve. Angelo a une épouse donc, et une maîtresse, "La Tisbe" qui, en secret aiment toutes les deux le même homme Rodolfo. « Nous vous prenons vos maris, vous nous prenez nos amants ! » lance celle-ci à celle-là.
Intrigues, mensonges et trahisons, coups de théâtre et faux empoisonnements jalonnent la vie de ce petit monde. En arrière-plan, des conflits d’état et des basses besognes exécutées par des sbires aux têtes de dogues, prompts à balancer à l’eau dix cadavres à l’heure. Il y a du Shakespeare dans ce texte plutôt méconnu, dans ses rebondissements, travestissements et amours contrariées. Mais celui-là aurait pu rester dans les tiroirs un peu plus longtemps, son intérêt est contestable.
Femmes jusqu’au-boutistes
« Se décider, si le monde décrit est bien sans issue. Si les hommes ici sont broyés par une machine qui les déshumanise, où seules les femmes détiennent un infime pouvoir, la force d’aimer. Les femmes, sentinelles de l’humanité qui demeure ? Preuves de l’humanité qui demeure ? (…) »
Voilà ce qu’écrit Christophe Honoré dans ses notes de travail, en janvier. L’option choisie par le metteur en scène, mettre en avant l’histoire d’amour et célébrer des femmes jusqu’au boutistes, entières, amoureuses éperdues. Effectivement, Clotilde Hesme, comme toujours magnifique et, dans une moindre mesure Emmanuelle Devos – un peu trop minaudante - tirent leur épingle du jeu. Pour la part masculine de la distribution, Rodolfo est un grand dadais blond inodore et sans saveur, Angelo un tyran de pacotille, pas effrayant pour un sou mais terriblement grotesque – di Fonzo Bo, qu’on a décidément connu mieux dirigé en fait des tonnes - et les sbires font tapisserie. Ici en s’affichant en culotte et soutien-gorge, là en se livrant à des ébats torrides coiffés d’une tête de cheval.
Du début à la fin, on assiste à une surabondance de blagues potaches, d’un goût douteux : morceaux choisis.
Entre deux tirades livrées en anglais, ou en espagnol parfois, un homme de main glisse « My loneliness is killing me » (Britney Spears dans le texte), à Rodolfo qui donne son prénom, on répond « Quoi ? Acapulco ? Grille de loto ? » (ouaf ouaf). Et le héros de se voir interpeller : « Comment tu t’appelles ? Ta maman est dans la salle ? » (Jacques Martin dans le texte, là on se tape sur les cuisses…)
Que reste-t-il ? Un univers cinématographique, savamment maîtrisé. Christophe Honoré sait assurément créer des images et des ambiances, et multiplie les références : à West Side Story (le décor), à Murnau (superbe jeu d’ombres chinoises en rouge, noir et blanc), à Demy (trois petites notes de musique), à lui-même (une chanson susurrée par Anaïs Demoustier et Clotilde Hesme (ambiance mélancolique, très Chansons d’amour).
Pour combler l’absence de technique cinéma, il multiplie, aussi, les effets : le gros plan n’existe pas au théâtre ? On le crée, pleins feux et micro braqués sur le héros/ l’héroïne du moment. Les décors qu’on déplace à vue sur des rails, eux, rappellent le travelling.
Enfin, en fin de spectacle, c’est carrément un petit film qui est projeté (quand des problèmes techniques n’empêchent pas sa diffusion, comme ce fut le cas pour la représentation du 14 juillet). Alors pas de doute, tout cela a de la gueule, mais pas de fond. De la surface, souvent tape à l’œil, mais peu de profondeur.
Honoré s’est fait plaisir, et nous on attend, le plus souvent, que ça passe.

Jusqu’au 27 juillet, Théâtre municipal d’Avignon dans le cadre du festival d’Avignon.
En tournée, du 12 au 15 janvier 2010 à la Comédie de Reims, du 20 au 22 janvier à la Coursive, la Rochelle, du 27 au 30 janvier à la Maison des Arts de Créteil, du 4 au 6 février au CDN d’Orléans, du 2 au 4 mars à Poitiers etc…
Photos © Christophe Raynaud de Lage
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