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L'île de Nauru a été un temple de l’hyper consommation pendant 30 ans avant de connaître la banqueroute au milieu des années 2000. Retour sur un désastre économique, sanitaire et écologique avec Luc Folliet, auteur de Nauru l'île dévastée.
- Sur le forum : Le destin tragique de Nauru, un avertissement pour la Terre ?
Nauru, petite île du pacifique située à 2 800 kilomètres au nord-est de l’Australie, a connu un destin exceptionnel grâce à la découverte du phosphate, un minerai très recherché servant à fabriquer l’engrais. Libéré du joug australien en 1968, la jeune république indépendante contrôle définitivement cette ressource et embrasse les sirènes de l’hyper consommation. Une ère de prospérité qui culmine dans les années 70 grâce à la forte hausse du cours du phosphate. Nauru affiche alors un produit intérieur brut par habitant de 50 000 dollars US. Seule l'Arabie Saoudite fait mieux.
Un pneu crevé, une voiture rachetée
Le gouvernement de Nauru savait que l’exploitation du phosphate ne durerait que quelques décennies et voulait préparer le futur en investissant les millions de dollars australiens qui s’accumulaient dans ses caisses. Une donne qui favorisa de nombreux investissements dans des projets hôteliers et immobiliers, la création d’une équipe de football australien (Les Bulldogs de Brisbane) et de la compagnie aérienne Air Nauru. Une liste non exhaustive.
Au final, les initiatives se révélèrent aussi hasardeuses que les conseils des businessmen australiens et néo-zélandais. Peu portée sur la gestion, la classe politique locale pouvait à l'occasion se servir dans le budget de l’Etat.
Pour Luc Folliet, journaliste qui s'est rendu deux fois à Nauru, les Nauruans "n’ont jamais su quoi faire de tout cet argent. Ils avaient un comportement puéril". Et nombreuses sont les anecdotes à raconter : si le pneu d'une voiture crevait, son propriétaire pouvait la laisser sur le bas côté de la route et en acheter une autre. Dans un autre genre, l’Etat payait des femmes de ménage pour nettoyer le domicile des Nauruans. Une gabegie qui commença à toucher ses limites au début des années 1990.
40% de diabétiques
Ce train de vie faramineux a laissé des séquelles chez les Naruans. Ils y ont perdu leurs repères culturels, affirme Folliet, qui a pu constater l'abandon du système tribal qui régissait jusque-là la vie de l'Ile. "Lors d’une réception officielle, le gouvernement avait organisé des danses traditionnelles. Dans la foule, une femme me confia que les danseurs étaient des mineurs originaires des îles Kiribati et Tuvalu. Les siens ne connaissaient plus leurs danses traditionnelles !".
A cause de l’adoption du mode de vie et de l’alimentation occidentale, les personnes nées à partir de 1950 ont également commencé à mourir du diabète. Ils importaient beaucoup de nourriture industrielle. "Lors de mes interviews, j’ai seulement rencontré deux personnes qui n’étaient pas diabétiques !", raconte Folliet. 40 à 45% de la population serait effectivement atteint de diabète. L'espérance de vie a elle chutée aux alentours de 60 ans.
Ecologiquement, le désastre est tout aussi palpable : les bâtiments sont en ruines, de nombreux déchets industriels s’entassent et le sol ne cesse de s’appauvrir. "L’écologie est une question secondaire. Ils veulent se redresser économiquement et cela passe forcément par leur seule richesse : l’extraction de phosphate".
Un avertissement pour la planète ?
"En 2005, l’île était en état de faillite et à l’abandon total. Il n’y avait plus d’essence, plus d’électricité et d’argent liquide", poursuit l'auteur de Nauru, l’île dévastée. Depuis, le nouveau gouvernement a relancé l’extraction des couches secondaires de phosphate. "Aujourd’hui, la situation s’est améliorée. Il y a un peu d’essence, de l’électricité et les gens commencent à faire du troc et du commerce grâce au retour de l’argent. Puis, l’implantation d’un camp de réfugiés sur l’ile assure également une rentrée de devises".
Mais ces signes d’améliorations restent fragiles. Surtout, le retour d’une certaine aisance financière amorce des tensions au sein de la classe politique. Au-delà d’une vision locale, l’ascension et la chute de Nauru est gênante car elles rappellent, à bien des égards, nos travers en matière de consommation et d’exploitation de ressources énergétiques. Une histoire à méditer pour éviter qu'un tel destin tragique ne se produise, cette fois à l'échelle de la planète.
Sur Flu
- Le diaporama de Nauru
Sur le net :
- Nauru, l’île dévastée, Luc Folliet, aux éditions La Découverte
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