Au printemps 2009, Peter Moore, Président d’Electronic Arts Sports, exprimait ses doutes quant à l’avenir des sports de combat dans le jeu vidéo. "La boxe me parait malheureusement appartenir au passé du combat, et le Combat Libre me donne l’impression d’être le futur du combat. On regarde où va l’attention des gens et c’est quelque chose qu’on surveille de près."
Deux mois plus tard, alors qu’UFC 2009 de THQ sortait, Electronic Arts annonçait officiellement son label Mixed Martial Arts à l’E3 de Los Angeles. La réforme du jab est en marche.

Les Mixed Martial Arts ou Combat Libre sont un sport de combat pluridisciplinaire qui remonte à bien plus loin qu’on ne l’imagine. Après avoir passé trois ans au Japon, l’ingénieur Edward William Barton-Wright revint à Londres en 1898 pour s’entourer de maîtres et y fonder une école d’un nouvel art de self défense.

Sa méthode nommée "Bartitsu", incorporait l’apprentissage du Judo, du Jujutsu, de la savate, de la canne, de la boxe anglaise. Bien que son école ferma ses portes en 1902 faute d’élèves, Conan Doyle avait déjà rendu son concept célèbre en 1901 dans La Maison Vide du Retour de Sherlock Holmes, où Holmes expliqua avoir vaincu Moriarty en Suisse à l’aide de ses connaissances en "Baritsu".

L’idée pionnière de Barton-Wright tomba en désuétude et l’apprentissage de plusieurs disciplines resta pour les athlètes une façon de diversifier leur palette de coups. C’est avec le Pride Fighting Championship et l’Ultimate Fighting Championship que des promoteurs virent l’opportunité d’organiser des combats entre pratiquants de différentes écoles.

Dès 1993, l’UFC bâtit à Las Vegas son Octogone grillagé dans lequel des combattants s’opposent de manière très violente. Le show est censuré, les détracteurs parlent de spectacle avec dégoût, l’UFC est assimilé à une foire d’empoigne incontrôlable.

Parallèlement, en 1997, le Pride est créé au Japon, devenait l’extension d’un catch japonais très violent, en n‘imposant que quelques règles dérisoires. Pas de coup de coude ni de tête, interdiction de frapper à l’arrière du crâne. Les rencontres ne s’arrêtent que sur un KO, une décision d’arbitre ou un abandon par forfait ou prise de soumission, type clé de bras.

Les promoteurs de l’UFC s’aperçoivent qu’il faut populariser leur show et insèrent des règlementations de plus en plus précises qui le rapprochent des sports de combats traditionnels, que ce soit dans la durée des rounds ou des fautes répertoriées. Les décisions aux points, l’importance de l’arbitre, lui redonnent une vocation de sport.

Les tests anti-dopage, les catégories de poids et la surveillance d’une commission sportive achèvent la régularisation de l’UFC. En 2007, UFC scelle sa réussite et rachète les droits de Pride pour l’assimiler et devenir le leader du genre.

Ce remaniement de l’organisation a provoqué par conséquence une consolidation du phénomène de cross-training, soit la maîtrise de plusieurs disciplines pour dominer debout mais également au sol. Les catcheurs apprenaient les attaques des boxeurs, les kick-boxers se préparaient au pire avec le ju-jitsu.
L’initiative de Barton-Wright faisait un retour éclatant, aussi bien sur le plan de la théorie que du spectacle. Le combat total, ou combat libre se taillait une popularité inattendue aux Etats-Unis.

Cet engouement des spectateurs a eu pour conséquence d’entamer l’attrait des autres sports de combat. Dans un contexte où même la boxe anglaise est en perte de vitesse, Les éditeurs de jeu vidéo pensent à changer leur fusil d’épaule.

Dans le domaine vidéoludique, la boxe a connu une présence discrète depuis les années 80. De Punch Out aux adaptations de Rocky, elle se voulait orientée arcade, puis s’est tourné progressivement vers la simulation lorsqu’Electronic Arts a pris la discipline en main avec le même soin que pour ses jeux de Football Américain.

Fight Night Round 4 sorti ce mois-ci devait concrétiser des années de game-design hasardeux, optimiser et fluidifier un sport qui n’avait eu que des portages malhabiles. Il y parvient en traduisant la légèreté et le sens stratégique de la boxe, grâce à un moteur plus ciselé qui gère mieux les interactions physiques. Le dernier Fight Night d’EA est d’ailleurs sorti à quelques semaines de Punch Out Wii. Au photoréalisme de Fight Night s’oppose le style cartoon de Punch Out et son game-design centré sur le rythme et l’observation.

Punch Out Wii reprend le système du Punch Out sorti sur NES, en oubliant complètement les innovations apportées par le Super Punch Out de la Super Nintendo. De ce simplisme découle une accessibilité arcade qui montre vite ses limites quand l’interface Wii ne peut traduire avec réactivité les mouvements du corps. Le gameplay devient laborieux dès les premiers adversaires difficiles et le joueur retourne à une maniabilité manette classique.

En contradiction, Fight Night recherche un réalisme visuel là où Punch Out tente l’immersion physique complète. Balance Board et Wiimote devraient donner une impression de boxe plus concrète que Fight Night Round 4, mais ses limites matérielles et son game-design inadapté achèvent l’expérience avant qu’elle ne puisse atteindre sa maturité.

La boxe semble donc avoir atteint les limites actuelles du gameplay et du détail graphique. La nature du sport implique également une limite de contenu, qui s’en tient à une seule discipline. C’est sur ce point que le Combat Libre peut devenir un avenir possible des jeux de combat.

Le combat libre n’a pas attendu son heure pour tenter de percer dans les jeux vidéo. Fin 2000, Ultimate Fighting Championship s’invitait sur GameBoy et PlayStation 1 pour séduire un public qu’il pensait large. Le choix d’une plateforme au public trop jeune, une réalisation très médiocre et la mauvaise réputation des shows télévisés contribuèrent à un échec commercial pour l’UFC. Cinq autre jeux s’enchaînèrent avec la même indifférence jusqu’en 2004.

Pressentant un secteur à revitaliser, THQ, qui avait déjà réussi à redynamiser les jeux de catch américain, signa un accord avec l’UFC en 2007. Ce partenariat engendra UFC 2009 Undisputed, considéré actuellement comme le premier jeu véritablement fidèle et techniquement réussi sur le Combat Libre.

Malgré quelques faiblesses d’ergonomie et des manipulations improbables pour les débutants lorsqu’il s’agit de combat au sol, UFC 2009 représente le retour des Mixed Martial Arts, et leur mise à niveau avec la Boxe.

Pas étonnant alors que les Mixed Martial Arts aient été depuis quelques mois la préoccupation d’Electronic Arts. En février de cette année, on obtenait confirmation d’un titre MMA en développement chez EA Tiburon. Un mois plus tard, Peter Moore faisait cette déclaration importante, assez pour que THQ lui-même la réutilise dans sa campagne de promotion pour UFC 2009.
C’est finalement lors de l’Electronic Entertainment Expo se Los Angeles en mai que Peter Moore révéla le nouveau label MMA-Combat libre d’EA Sports.

Président de la section Sports d’EA, Peter Moore réfléchit en marketer avant tout. Les Mixed Martial Arts, maintenant dotés d’une crédibilité sportive, sont passés d’un marché de niche à un marché de masse. La boxe bénéficie d’une image de marque solide, mais n’a jamais connu l’adhésion explosive que connaissent les MMA.
Il y a une opportunité à saisir et Electronic Arts confie avoir déjà décortiqué UFC 2009 pour en tirer des enseignements lors de son propre développement.

L’intérêt vidéoludique pour le Combat Libre au détriment de la Boxe Anglaise est incidemment la traduction d’attentes et de nouveaux désirs dans notre société du spectacle. La boxe a changé depuis le début du siècle, dans sa promotion, mais pas dans sa forme, connaissant ses heures de gloire dans les seventies. Elle est ce sport des légendes qui a acquis le titre de "Noble Art" au fil des ans.

Malheureusement, le public s’est lassé de la noblesse. Il est devenu boulimique de violence et les MMA répondent à cet appétit. L’attrait du combat sans bornes s’est rapidement heurté aux ambitions des promoteurs, qui ont dû instaurer des règles pour diffuser leurs jeux du cirque ailleurs que sur une unique chaîne câblée en seconde partie de soirée.

Rater le marché pay-per-view, perdre du terrain face au catch qui se radicalise, le Combat Libre s’y est refusé et se retrouve finalement politiquement correct bien que toujours incroyablement sanglant.

La boxe se retrouve donc hors-jeu, et par extension hors jeux vidéo. Le potentiel de divertissement du Combat Libre offre plus de variantes, de possibilité, de visions extrêmes que la Boxe ne peut offrir. Avec un public de joueurs qui se lasse de plus en plus vite, la gratification immédiate, l’action sans barrières est devenue une obligation.

Le peuple retourne dans son cycle romain, en quête d’une catharsis capable d’effacer les images de guerre et de crise. Il veut des jeux et du sang parce que la sueur ne lui suffit plus.

Les Mixed Martial Arts remportent le combat par décision des juges. Le Champion repart avec la ceinture du marketing toutes catégories, mais rien ne dit qu’il saura la conserver si la Boxe voulait un jour faire son come-back.

Rémi Vermont




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