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Musée national d'art moderne, jusqu'en mai 2010
L'« expo-collection » elles@centrepompidou, ainsi que le catalogue qui l'accompagne, sont une véritable réussite, tant par la pertinence des thèmes proposés que par la qualité des œuvres présentées. Pourtant, la manifestation fait débat : ghettoïsation ou mal pour un bien ?
Car ne montrer que des femmes implique de retirer des cimaises les œuvres des hommes... Et désigner un groupe d'individus « différent » uniquement par son sexe est la définition du sexisme. Or, comme le rappelle Elisabeth Lebovici, critique d'art et féministe assumée (http://le-beau-vice.blogspot.com) dans son essai publié dans l'indispensable catalogue, la femme est depuis l'origine la figure de l'Autre, le masculin étant le général, l'universel. L'exposition va donc dans le sens de ce présupposé, pour en assumer les contradictions. Ghettoïsation pour les un(e)s, mal pour un bien pour les autres (40% des œuvres ont été acquises ces cinq dernières années), la nécessité d'une telle exposition se justifierait comme moteur du bouleversement des mentalités. Si on peut se demander ce qu'il adviendra de ces œuvres lorsqu'elles seront remisées dans leurs caisses, la perspective d'une meilleure (re)connaissance de leurs auteur(e)s est indéniable.
Une reconnaissance d'autant plus évidente que les œuvres sont dans leur majorité exceptionnelles, avec une bonne représentation d'artistes assez jeunes et un parti pris intelligent consistant à laisser à l'artiste le soin de commenter son œuvre sur le cartel. Par ailleurs, le choix des thèmes, complexe, justifie le projet en démontrant qu'en dehors des thématiques traditionnellement rattachées au féminin (corps, maternité, famille...), certaines, comme l'abstraction, le minimalisme ou l'« immatériel » tiennent une place majeure dans les œuvres des artistes femmes.
Aux femmes, etc.
L'entrée en matière est assez violente. La Mariée au cœur arraché et le Tir de Niki de Saint-Phalle, les images de la performance Genital Panic de Valie Export exhibant son sexe une mitrailleuse à la main, le sexe totémique en chanvre de Magdalena Abakanowicz ou encore le fouet (Whipmachine) claquant toutes les quatre minutes de Rebecca Horn auront de quoi en effrayer plus d'un. Dès le départ (si l'on excepte le détour à faire au cinquième étage pour dénicher dans un vrai jeu de piste les œuvres plus anciennes des « Pionnières » — Suzanne Valadon, Dora Maar, Claude Cahun, etc.), la section « Feu à volonté » présente l'artiste femme comme une véritable guerrière, version castratrice. Heureusement l'humour est sauf grâce aux Guerilla Girls et à leur manifeste ironique, Les Avantages d'être femme artiste : « Travailler à l'écart de la pression du succès – Savoir que ta carrière peut décoller à 80 ans – Avoir la possibilité de choisir entre carrière et maternité... ».
Première victime face aux tourments de l'Histoire, comme le montrent les photographies des ombres de femmes voilées de l'Iranienne Shirin Neshat ou la vidéo Barbed Hula de l'Israëlienne Sigalit Landau pratiquant le hula hoop avec un cerceau de fil barbelé, la femme use de son corps comme premier outil d'expression, que ce soit à la recherche des stéréotypes du féminin avec la magnifique installation vidéo Catalogue de gestes de Natacha Nisic, ou en en éprouvant les limites sensibles, perceptibles à la limite du soutenable dans les performances douloureuses de Gina Pane.
A partir de la réflexion de Virginia Woolf sur les conditions matérielles d'accès à la liberté intellectuelle des femmes, « Une chambre à soi » évoque la relation à l'espace — intérieur/extérieur, public/intime... — avec, entre autres, l'œuvre froide et lewis-carollienne de Tatiana Trouvé, ou une fascinante vidéo de Mona Hatoum, Corps étranger, qui nous fait pénétrer dans le corps de l'artiste. Plus loin, l'abstraction et la quête de l'immatériel sont également représentées par des œuvres somptueuses de ténuité poétique d'artistes tutélaires comme Geneviève Asse, Agnes Martin ou Pierrette Bloch.
Si les plus grandes — et aussi les moins connues — sont bien là (Louise Bourgeois, Annette Messager, Frida Kahlo, Sophie Calle...), certaines cependant manquent curieusement à l'appel, comme Georgia O'Keeffe ou Tracey Emin. C'est sans doute, comme le dit Valie Export, que « l'histoire de la femme est l'histoire de l'homme car c'est l'homme qui la définit » : une histoire — et une collection — à compléter.

elles@centrepompidou . Artistes femmes dans la collection du Musée national d'art moderne, Centre de création industrielle, au Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, Paris, jusqu'en mai 2010 (avec un renouvellement de l'accrochage prévu en janvier 2010).
Catalogue publié aux éditions du Centre Pompidou, sous la direction de Camille Morineau, commissaire de l'exposition, 384 pages, 39,90 euros.
Illustrations :
1. Suzanne Valadon, La Chambre bleue, 1923, Collection Centre Pompidou, Musée national d’art moderne. Photo: Jacqueline Hyde (détail)
2. Valérie Belin, Sans titre n°7, de la série Mannequins, 2003, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne/Centre de création industrielle. Photo : Georges Meguerditchian, Centre Pompidou © ADAGP, Paris, 2009
3. Gina Pane, Action Autoportrait(s) : mise en condition/contraction/rejet, 11 janvier 1973, constat photographique de l’action réalisée à la galerie Stadler, Paris, photographie : Françoise Masson. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne/Centre de création industrielle. Photo : Jacques Faujour © ADAGP, Paris, 2009
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