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Année 1996

Ces livres qui racontent des krachs

Biz-lit : livres de golden boys

C'est sans doute la faute à cette crise qu'on a pu manger à toutes les sauces, mais beaucoup de lecteurs se sont récemment découvert un certain intérêt pour le monde des affaires. Du coup, les parutions autour de ce sujet ont proliféré ces derniers mois, rappelant à l'occasion que de nombreux livres de golden boys ont déjà fait date. Arnaqueurs géniaux, traders psychopathes ou repentis : petit rappel des figures qui ont fondé la biz-lit.


- Lire aussi : entretien avec Henry Quinson, ancien trader devenu moine

A en juger par le succès récent des livres de Crésus – le banquier pourri qui balance sur le milieu la finance pourrie, de Geraint Anderson – l’ex-city boy reconverti en coolos humanitaire, et de Belfort – le « Loup de Wall Street » à la vie décadente, la littérature « d’affaires » semblent aujourd’hui (res)susciter autant d’intérêt auprès des éditeurs que des lecteurs. L’actualité a sans doute contribué à remettre en valeur sur les étals des librairies ce qu’on peut appeler la « biz-lit » (ainsi nommé sur le même principe que la chick-lit) mais la crise ambiante n’explique pas tout.

Sophie Vouteau, des éditions Max Milo (qui ont récemment publié Le Loup de Wall Street de Jordan Belfort), rappelle ainsi que « depuis toujours, l’argent, le sexe, la drogue fascinent les lecteurs ». En l’occurrence, ce sont là trois ingrédients que l’on retrouve généralement dans la biz-lit. Et qui attirent davantage, semble-t-il, la gente masculine : « la réussite, l’excentricité, les excès : il y a là quelque chose qui relève de la testostérone ». Mais pas seulement : plus accessibles qu’un cours d’éco, certains titres de biz-lit peuvent également être abordés comme des ouvrages de vulgarisation financière. Un tel nous raconte les ficelles de la bourse, un autre les coulisses de la pub, cet autre encore celles de la banque : et nous voilà prêt à investir ou à déjouer les pièges de méchants requins…

En tout cas, divertissants ou pédagogiques, les livres se proposant de révéler l’envers du monde des affaires ne datent pas d’hier. Voici une présentation de quelques golden boys, fictifs ou réels, qui sont restés ou resteront dans les esprits (ou les bibliothèques).

 

Aristide Saccard, à l’ancienne

Le livre : La Curée (1872) et L’Argent (1891) d’Emile Zola, deux épisodes de la grande saga des Rougon-Macquart.
Le biz : Opportuniste et versatile, Aristide Rougon a choisi de se renommer Saccard parce qu’ "il y a de l'argent dans ce nom là ; on dirait que l'on compte les pièces de cent sous". Ce maître de la spéculation connaîtra successivement l’enrichissement et la ruine. A l’époque du scandale de Panama, du krach de l’Union Générale et de l’ascension des Rothschild, la finance est un véritable vivier de profils romanesques, ce dont les œuvres du XIXe siècle - celles de Zola sont les plus techniques mais pas les seules - ne manquent pas de rendre compte.
Voir aussi : La Bourse dans le roman du second XIXe siècle. Discours romanesque et imaginaire social de la spéculation de Christophe Reffait.

 

Harry White, le possédé

Le livre : Le Démon, Hubert Selby Jr (1976) qui fait parler de lui au moment de sa sortie, tant il dégage de violence et de désespoir.
Le biz : Jeune cadre fortuné, Harry White est soumis à un nombre incalculable d’angoisses qui lui rendent la vie impossible. Préfigurant le Patrick Bateman de Bret Easton Ellis, le personnage de Selby invite à réfléchir sur les notions de pouvoir, de sexe et d’argent, mais aussi d’identité et de déséquilibre. « Ses amis l'appelaient Harry. Mais Harry n'enculait pas n'importe qui. Uniquement des femmes... des femmes mariées. »
Voir aussi : Money, Money de Martin Amis, dans lequel John Self, un riche publicitaire, est lui aussi en proie à quelques dérives : « Mobile, pailletée et sexy, ma vie semble dorée -sur le papier en tout cas- mais je crois que nous sommes tous d'accord, j'ai un problème. Pas vrai ? »

 

Dennis B. Levine, dieu de l’OPA

Le livre : Wall Street. Confessions d’un golden Boy, aux éditions Payot et Rivages. Après avoir passé 17 mois en prison, Levine raconte : l’engrenage, le luxe, la facilité… Son autobiographie a inspiré le célèbre film Wall Street avec Michael Douglas.
Le biz : d’abord simple employé de banque, Levine intègre en 1981 Lehman Brothers et se spécialise dans les fusions/acquisitions. C’est ainsi que commencera son ascension : malin, Lévine entretient tout un réseau de traders qui l’informent des OPA encore confidentielles. Il achète des actions. L’argent tombe. Au total, plus de 10 millions de dollars de bénéfices illégaux qu’il dépose que un compte au Bahamas. Levine peut enfin se payer la Ferrari dont il rêve, ainsi que tout un tas d’autres choses, jusqu’à ce qu’il soir se fasse arrêter en 1986 pour délit d’initié.
Citation : « Les mentalités française et européenne m’avaient ouvert les yeux. Le système de valeurs était complètement différent. Une règle prévalait : le laisser-faire. Je savais à présent que c’était monnaie courante pour les dirigeants européens… »
Photo : Michael Douglas dans Wall Street, DR

 

Patrick Bateman, le psychopathe

Le livre : American Psycho, véritable best-seller de Bret Easton Ellis, devenu plus populaire encore après avoir été adapté au cinéma par Mary Harron, avec Christian Bale dans le rôle principal.
Le biz : Si le jour Patrick Bateman travaille à Wall Street, vêtu de ses costards impeccables et muni de ses dents parfaites, il se livre la nuit à d’autres activités moins glorieuses, comme : arracher les yeux des clochards qui mendient (il n’aime pas les pauvres), égorger des chiens errants (il déteste les animaux), découper des femmes avec lesquelles il fait sauvagement l’amour pour les manger (sans commentaire).
Photo : Christian Bale dans American Psycho

 

Nick Leeson, le génie fou

Le livre : Trader fou. Autobiographie publié en 1996 (édition JC Lattès), adapté au cinéma par James Dearden en 1999, avec Ewan McGregor dans le rôle principal.
Le biz : Employé chez la prestigieuse Barings, Nick Leeson est promu à 24 ans et se retrouve désormais responsable du marché des dérivés à la Bourse de Singapour. C’est alors qu’il commence à spéculer avec les fonds de ses clients pour améliorer les performances de son agence. En 1995, les marchés s’effondrent suite au tremblement de terre de Kobé : Leeson détourne de plus en plus de liquidités pour rattraper ses erreurs, en vain. Au total, il a perdu près de 860 millions de livres sterling, soit deux fois le capital de la banque, qui se retrouve donc en banqueroute. Le trader fou prend la fuite, mais il est rattrapé et condamné à 6 ans 1/2 de prison, pendant lesquels il entreprend de rédiger son autobiographie.
Voir aussi : l'affaire Kerviel
Photo : Ewan McGregor joue Nick Leeson dans Trader

 

Jordan Belfort, le battant

Le livre : Le Loup de Wall Street, publié en 2007, traduit en français aux éditions Max Milo. Egalement rédigé en prison, l’autobiographie de Belfort sera porté à l’écran par Scorsese, avec Leonardo Di Caprio dans le rôle principal.
Le biz : Issu d’une famille modeste, Jordan Belfort acquiert très tôt le sens des affaires : « Si vous voulez vous faire beaucoup d’argent, vous devez travailler par vous-même ». Très jeune, il monte sa propre banque d’affaires, embauchant des jeunes diplômés et mettant au point une technique infaillible pour convaincre les investisseurs qui y perdront des millions de dollars : le "pump and dump", dont il décrit les rouages dans son livre. Avec plus de 50 millions de dollars par an, Belfort s’adonne à tous les vices liés à l’argent :« on n’a pas de boussole morale, quand on est à Wall Street", dit-il pour sa défense. Finalement arrêté pour fraude et blanchiment d’argent, il purge une peine de 22 mois de prison, au cours desquels il semble se repentir : « Oui, aujourd hui, je sais que le lancer de nains, c'est mal, et que c'est mal aussi de partouzer avec quatre putains, et que c'est mal de manipuler le cours des actions. »
Voir aussi : Les Confessions d'un banquier pourri, le livre signé Crésus, que que l'on soupçonne être une imposture mais qui se présente néanmoins ainsi :« Je suis un parasite de la haute finance, l'un des membres du directoire d'une des plus grandes banques de France. A peine surpayé, j'ai ramassé quelques dizaines de millions d'euros en une quinzaine d'années. » Pour le coup, lui ne semble pas repenti du tout.

 

Wayne, l'amoureux

Le livre : Das Kapital de Viken Berberian, qui a tiré profit de son éxpérience dans la finance pour écrire un livre décapant et quelque peu... prophétique.
Le biz : Wayne est un jeune trader qui vit à cent à l'heure. Peu scrupuleux et hyper-cupide, il envisage de se faire l'argent sur des grosses situations de crise... qu'il va provoquer lui-même, en engageant à son service un terroriste corse. Mais pendant que les bombes pètent un peu partout dans le monde, Wayne tombe amoureux, se désintéresse du fric et écrit des poèmes... Le trader monstrueux aurait-il retrouver son âme ? ou compris, du moins, que l'argent ne fait pas le bonheur.
Voir aussi : Cityboy : les Confessions explosives d'un trader repenti de Geraint Anderson, un ancien trader qui s'est également appuyé sur son expérience dans le monde de la finance pour en faire une fiction.

 

Henry Quinson, le spirituel

Le livre : Moines des cités, de Wall Street aux quartiers nord de Marseille
Le biz : Henry Quinson avait d'abord pensé suivre les traces de son père en intégrant le milieu de la finance. Au bout de quelques années, il quitte les salles de marché, pour intégrer celles... d'un monastère.

Lire l'entretien avec Henry Quinson, l'ancien trader devenu moine


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Céline Ngi - 25 novembre 2009

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