Pièce de Ferenc Molnar, plusieurs fois adaptée au cinéma, Liliom est un classique de la littérature hongroise. Grâce à un ensemble d’acteurs convaincants, le spectacle mis en scène par Frédéric Bélier-Garcia nous donne une belle l’occasion de rire et de pleurer du destin à la fois tragique et loufoque du héros de la pièce.

L’histoire que raconte la pièce est simple, si simple qu’elle est sous-titrée « Légende de banlieue », comme si la société industrielle avait transformé les princes et les princesses en domestiques, chômeurs et prolétaires pour en faire les anti-héros de ses contes modernes. Dans le manège où il travaille, Liliom rencontre Julie, qui gagne sa vie comme bonne chez des bourgeois. Il la drague, elle le suit, chacun perdant son travail dans la foulée. La suite se résume par leur misère, un crime crapuleux qui échoue, le suicide de Liliom puis son - bref - retour sur terre. L’histoire est tragique (il n’est pas interdit de pleurer à la fin), et la pièce est d’autant plus bouleversante qu’elle met en évidence le choix de ses personnages entre deux destins : celui de Julie, qui accepte une vie misérable par amour pour Liliom, et celui de son amie Marie, bonne comme elle, qui accède à l’existence confortable d’une petite-bourgeoise après avoir épousé sans passion un portier, bientôt promu au rang, ô combien enviable, de fonctionnaire.

L’action se passe dans les faubourgs d’une ville d’Europe centrale (peut-être Budapest d’où Molnar est originaire, mais ce pourrait aussi bien être Vienne, Prague ou Berlin) entre les deux guerres. Comme dans Casimir et Caroline, d’Horvath, et comme dans Woyzeck de Büchner, le décor est celui d’une fête foraine, ces divertissements à deux sous où les pauvres viennent chercher un peu de réconfort après leur semaine de labeur. Dans la mise en scène de Frédéric Belier-Garcia, la musique entraînante, le décor de bric et de broc aux couleurs vives, rendent bien compte de la gaîté éphémère et lugubre de cette fête foraine. Cela préfigure l’étrange lieu où Liliom se trouve transporté post-mortem, sorte d’antichambre du paradis, où l’on juge les morts sur leurs actions passées.

Rasha Bukvic qui joue sur la fibre « bel animal » pour incarner Liliom se trouve entouré de femmes qui forment autant de figures contrastées : une tenancière de manège (Teresa Ovidio) qui tente tout pour récupérer ce vaurien qu’elle a laissé filer par jalousie pour Julie (Eve-Chems de Brouwer), dont la frêle silhouette fait pendant à la masse brute de son amant. Les personnages secondaires ont aussi leur dose de truculence.

Le plus étonnant reste néanmoins le secrétaire général du paradis, qui dans un décor d’ors et de stuc tout à fait croquignolesque, entonne La Mémoire et la mer de Léo Ferré. Mélancolique et loufoque, cette scène résume parfaitement ce spectacle qui joue sur les contrastes. Liliom incarne en lui-même un nœud de contradictions : il aime sa femme et pourtant il la frappe, il ne veut pas devenir un meurtrier et pourtant il accepte de participer à l’assassinat d’un homme. Impuissant à réaliser ses aspirations, il choisit de se donner la mort pour être ensuite hanté par le regret d’avoir abandonné sa femme et jamais connu sa fille. La dernière scène, celle des retrouvailles manquées, fait monter les larmes aux yeux.
Liliom aura réussi à tout rater.

Liliom ou la vie et la mort d'un vaurien, de Ferenc Molnar, mise en scène Frédéric Bélier-Garcia avec Rasha Bukvic, Eve-Chems de Brouwer, Teresa Ovidio et Agnès Pontier.
Jusqu’au 18 mai au nouveau théâtre de Montreuil

Julie de Faramond



Sur Flu :
- Toute l'actu du théâtre et du cdn montreuil sur blog scène

Sur le web :
- Le site du Nouveau théâtre de Montreuil



• Les news de Saisons, le blog scènes
Candide au Nouveau Théâtre de Montreuil Candide au Nouveau Théâtre de Montreuil
Candide est de retour. Depuis que Voltaire l’a imaginé dans...
Les Possédés dans un conte théâtral de Tankred Dorst Les Possédés dans un conte théâtral de Tankred Dorst
On aime beaucoup le collectif les Possédés. Emmené par...
La Ménagerie de verre au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers La Ménagerie de verre au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers
Jacques Nichet a choisi, pour questionner l’état de notre...
Observer au Théâtre de Gennevilliers Observer au Théâtre de Gennevilliers
Observer , comme toute l’œuvre de Bruno Meyssat, est...
Hamlet aux Labos d'Aubervilliers - géant Hamlet aux Labos d'Aubervilliers - géant
Une chose est certaine : la matière shakespearienne colle...

• Sur le forum Théâtre Danse

La Jam au New Morning - Samedi 21/11Votre BOOK PHOTO, 90 euros tout compris : ...Un jeune artiste découvert récement.marionnettes à Paris



theatre-danse.fluctuat.net
Sortir
Philoctète à l'Odéon Un chef d'œuvre méconnu et un grand acteur, Laurent Terzieff : Philoctète, une pièce à ne pas manquer.
Hommage à Diaghilev Tapis rouge à l’un des ballets les plus prestigieux de Russie et à l’un de ceux qui en a écrit les plus belles pages de son histoire : Serge Diaghilev.