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Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 30 août.
Pour fêter le centenaire de la naissance de Cartier-Bresson, la Maison Européenne de la photographie a pioché dans ses - riches - archives. Au gré de 120 clichés en noir et blanc, deux thématiques explorées : Paris et les Européens. Pas de grande découverte, mais l’inlassable beauté des images de l’œil du siècle, qui mêlait petite et grande histoire en majesté…
« Photographier, c’est mettre sur une même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur. C’est une façon de vivre. » Ainsi parlait Henri Cartier-Bresson, celui dont le poète Henri Michaux affirmait qu'il était "un œil".Pour célébrer, avec un peu de retard, le centenaire de sa naissance, la Maison Européenne de la photographie a exploré les 340 clichés signés HCB qui composent son fonds. Elle en a extrait 120, pour les accrocher sur ses murs, en deux sections. "Paris", qu’on a pu voir au Musée Carnavalet en novembre 84 à l’occasion du Mois de la photo. Puis "Les Européens", déjà exposés ici même, en 1997.
Une plongée dense, où l’histoire et l’Histoire se rejoignent en majesté : où l’on assiste à la naissance d’un véritable style, notamment marqué par l’empreinte de la peinture, autre art que le photographe affectionnait tout particulièrement.
Dès son plus jeune âge, lesté de son Leica –son appareil de prédilection-, Cartier-Bresson court l’Europe, et le Monde. La France et l’Allemagne, la Pologne et l’Espagne, l’Italie et l’Irlande, Cuba et le Japon. Celui qui fonda l’agence Magnum avec Capa fut aussi l’inventeur de l’"instant décisif". Une expression liée à son art, mais qui aurait aussi bien pu s’appliquer à lui-même, tant il sut, en de si nombreuses fois, être au bon endroit, au bon moment. L’Inde pendant l’assassinat du matmatah Gandhi, l’Indonésie pendant l’Indépendance, la Chine pour vivre la fin du Kuomintang et les débuts de la République populaire. Prisonnier de guerre, il s'évade juste à temps –c’est sa troisième tentative !- pour photographier la Libération de Paris.
Il immortalise aussi la vie du peuple russe, après 37 ans sans autres images que celles livrées par la propagande. Bingo : son reportage fait, en 1955, les unes successives de tous les plus grands news magazines du monde : Life aux Etats-Unis, Stern en Allemagne, Zondagsvriend aux Pays Bas, Match en France. Voilà pour l’Histoire.

Portrait en creux des sociétés
Côté petite histoire, petites histoires, il traque les moments de vie, comme autant d’instantanés. Dans mille et un lieux, mille et un milieux. Un aveugle misérable fait la manche, une fillette pauvre arpente les trottoirs de Dublin, un ouvrier fait la sieste sur un chantier naval en RFA, des séminaristes se réunissent en Espagne, les classes moyennes savourent leurs premiers congés payés sur les bords de Marne à travers un pique-nique insouciant, les aristos se détendent à l’entracte d’un opéra, à Glyndebourne.
Cartier-Bresson s’est toujours défendu de faire de la politique, mais à travers ces images apparemment anodines, il dresse, en creux, et comme personne, le portrait historique, social d’un pays. Si ses photos montrent surtout des "gueules" au début, le regard s’affine peu à peu. Elles affichent de plus en plus, une organisation rigoureuse et ultra-soignée. Lignes de fuite, merveilleux travail d’ombres et lumières, composition impeccable, distance millimétrée, justesse du cadre (il ne recadrait pas). Ainsi ces images de Sienne qui, bien qu’en noir et blanc, disent le chaleur, la lumière. A travers un mur fracassé, un espace laisse voir des enfants jouant dans les décombres. Magnifique… Les images de Paris sont à l’avenant : un baiser donné sur un quai de gare ou à une terrasse de café, l’Ile de la Cité sous la brume, semblable à un tableau, le mythique « Jouissez sans entraves » de mai 68, sousŒ l’œil circonspect d’un homme costumé… Et puis Giacometti sous la pluie, Sartre sur le Pont des Arts.

« La photographie est un couperet qui, dans l'éternité, saisit l'instant qui a ébloui », clamait l’artiste. Bien qu’archi-connus pour la plupart, ces instants éblouissent encore.
Henri Cartier-Bresson à vue d’œil , Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 30 août.
Illustrations :
1. Paris, 1955 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
2. Pont de l'Europe, Paris, 1932 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
3. Gitans, Grenade, Espagne, 1933 (détail) © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
4. Le mur, Berlin, ex-RFA, 1962 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
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