Grand observateur et experts des questions autour de la défense, François-Bernard Huyghe est l’auteur de "Que sais-je ? Les armes non létales". Ce spécialiste revient pour Fluctuat sur ce débat de société controversé.


- sur le forum : Les armes des policiers du futur

Fluctuat.net : Comment les ANL (armes non létales) ont-elles fait leur apparition ?
François-Bernard Huyghe : Durant les années 1960, les unités de police US se posaient la question suivante : "Comment disperser les étudiants et les partisans de Martin Luther King qui utilisent des méthodes de manifestations non violentes ?". Surtout, ils voulaient éviter un renouvellement des événements de l’université de Kent*.

En France, quel événement provoque l’apparition des ANL ?
Les émeutes dans les "quartiers sensibles". Les forces de l’ordre n’étaient pas préparées et devaient affronter des groupes mobiles, actifs et organisés. Bref, le "bâton du sergent de ville" ne suffisait plus. Mais, il était hors de question de passer à des armements plus lourds. Après ces événements, la police voulait changer son équipement.

Comment expliquer le succès récent des pistolets à impulsion électrique (PIE) de type Taser, non ?
Une arme comme le flash ball n’est pas idéale car le projectile en caoutchouc, même s’il ne pénètre pas la peau, peut occasionner des dégâts sur les organes. Nous avons aussi le spray et le gaz. Ils provoquent des suffocations, des larmes, des démangeaisons très douloureuses et c’est un danger pour les personnes qui ont un problème respiratoire. Puis, il est difficile de contrôler la direction et de doser la quantité du produit. En dernière option, il reste le pistolet à impulsion électronique (Taser X 26, ndlr). A ce jour, c’est ce qu’il y a de mieux.

Selon vous, l’entreprise Taser a donc le champ libre pour occuper ce marché ?
Des syndicats de la police française soulignaient qu’il n’y avait pas de concurrence au modèle du X 26. Seulement, à ce jour, il n’existe pas une technologie comparable. Il y a une situation de monopole et le marché est important, c’est certain. Ce n’est pas évident à chiffrer : entre le prix d’achat d’un X 26, la formation du fonctionnaire durant deux jours. Et, si l’on ajoute la police municipale dont le budget n’entre pas dans celui de l’état, clairement, l’investissement est considérable. Mais, cela sera toujours moins onéreux que la mort d’un être humain.

Quel est votre regard par rapport aux polémiques qui entourent le Taser ?
C’est vrai, il y a une controverse à cause des cas de personnes décédées après avoir été "tasérisées". Mais, il faut prendre en compte que ce ne sont pas des citoyens ordinaires comme vous et moi. Dans une même journée, la probabilité de mourir pour ces derniers est plus grande. Ils peuvent être sous l’effet de drogues, dans un état émotif redoutable et une situation dangereuse.

Des opposants craignent une dérive du gouvernement, présentant le Taser comme un outil destiné à maîtriser les foules…
Les armes non létales ont été présentées comme des armes anti-jeunes. On disait déjà cela pour le flash ball. Mais, ce n’est pas l’instrument qui fait cela, c’est la situation. Puis, il faut bien que les policiers puissent maîtriser certains manifestants ! C’est une solution politique, nous ne pouvons pas tout laisser faire. Il faut tout de même avoir un contrôle, même si je ne suis pas partisan d'un usage à tout va.

Le développement des ANL est donc inéluctable ?
Il y a une place pour ces armes car elles sont intermédiaires. Et efficaces pour régler les situations de petites violences et les tentions de plus en plus fréquentes. Avant, un policier n’avait que deux options : le recours à l’autorité ou la force physique. Clairement, face à un groupe, un tonfa ne sera pas utile et l’arme à feu entraîne les risques que l’on imagine. L’ANL a l’avantage, si j’ose dire, d’être politiquement correcte. Aujourd’hui, les outils techniques sont disponibles alors il est normal de réfléchir sur les ANL.

Les armes non létales, collection "Que sais-je ?", aux éditions PUF

* Université de Kent (Ohio) : le 4 mai 1970, la garde nationale tira contre une foule d’étudiants qui manifestaient contre la guerre du Viet Nam et fit 4 morts, l’événement choqua l’opinion (voir slide show).

Guillaume Roche


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