Déjà utilisés dans 65 pays, le pistolet à impulsion électrique de la marque Taser fera bientôt partie de l'arsenal de base du policier. Avant-goût de la nouvelle génération d'armes non létales (ANL) qui s'apprêtent à inonder le marché.

De tout temps, les gouvernements ont cherché à contrôler les manifestations. Mais, ils ne bénéficiaient pas d’une réponse intermédiaire entre la matraque et le revolver. Depuis, l’apparition des armes non létales a changé les règles du jeu. Mais soulève également la polémique en France.

Réprimer sans tuer
Des cosaques du tsar qui chargeaient et frappaient la foule avec le plat du sabre au Taser X 26 qui paralyse les contrevenants à coup de décharges électriques, les politiques cherchent depuis longtemps à contrôler les manifestations en évitant de donner la mort. De nos jours, la violence policière rendue visible grâce à internet est de moins en moins acceptée par le grand public. Ainsi, la nécessité d’une réponse graduée devient de plus en plus indispensable pour ne pas choquer l’opinion et, surtout, permettre à l’Etat d’exercer son contrôle légitime sur la population.
En mai 1968, déjà, la répression du mouvement étudiant avait rallié une partie de l'opinion et des travailleurs à leur cause, tandis que les forces de l'ordre se retrouvaient affublés du fameux slogan "CRS = SS".

L’expression "Arme non létale" apparaît ainsi aux USA dès 1960. Le pays est alors confronté à deux grandes contestations : le mouvement des droits civils qui dénonce la ségrégation des noirs, et l’opposition à la guerre du Vietnam. Le principe de l’arme non létale fait son apparition sous la forme d’un gaz irritant utilisé pour disperser les manifestants. Dès lors, les chercheurs ne cesseront de plancher sur de nouvelles armes. Jusqu'au tournant de 1994, lorsqu'en marge du retrait des troupes de l’ONU engagées en Somalie, militaires américains et fabricants testèrent certains prototypes : sprays au poivre, mousses collantes ou glissantes, balles en caoutchouc et lasers individuels.

Des armes vraiment létales ?
Aux commandes du ministère de l’Intérieur en 2002, Nicolas Sarkozy amorce une politique sécuritaire. Le symbole en sera le pistolet à impulsion électronique Taser X 26, déjà décrié aux USA. La controverse autour des armes non létales était balisée.
Côté police, Yannick Danio, membre du syndicat UNSA-Police, donne une réponse claire : "la notion d’arme non létale est une absurdité : à partir du moment qu’il y a un transfert d’énergie sur un corps humain, un risque de mort existe et cela engendrera des lésions selon la condition physique de la personne".

Antoine di Zazzo, président de Taser-France, affirme lui que son produit demeure moins controversé que les autres types d’armes futuristes (gaz, ADN, micro-ondes). "Elles sont toutes basées sur le concept de tolérance à la douleur. Elles provoquent, au choix, une démangeaison des yeux, de la peau ou une gêne auditive. Clairement, la personne ne partira que lorsqu’elle ne pourra plus supporter la douleur alors que le Taser entraîne d’emblée un effet incapacitant et indolore".

Attention, danger
Chez les médecins, le corps médical américain et français s’accorde à dire que le pistolet à impulsion électronique n’est pas foncièrement mortel. Mais, une personne sous l’emprise de drogue ou d’alcool peut mourir d’une surproduction d’adrénaline suite à une décharge du X 26.
Engouffrés dans cette brèche, les opposants du Taser remettent donc en question la non létalité du X 26 et voient en cette arme une atteinte potentielle aux liberté individuelles. Ils craignent que les policiers recourent trop facilement au X 26 pour maîtriser une personne. A ce titre, d’ailleurs, l’arme est équipée d’une caméra vidéo et d’une carte mémoire pour garder trace de toutes utilisations. De plus, les fonctionnaires reçoivent une formation dans laquelle, eux-mêmes sont "tasérisés". Mais, est-ce un gage suffisant ?

Taser or not Taser ? En dépit des vidéos chocs qui circulent sur le net montrant des contrevenants immobilisés à coup de volts, et la demande d'un moratoire par Amnesty International, le recours au pistolet à impulsion électrique semble donc amener à se démocratiser dans une société de plus en sécuritaire. Nombre de policiers plébiscitent d'ailleurs ce type d'armes qui offre un juste milieu entre le tonfa et l'arme de poing, dont le recours n'est autorisée qu'en cas de légitime défense et face à une arme de même catégorie.

Inversement, des associations craignent une utilisation "débridée" du Taser, qui pourrait être dégainé abusivement lors d'interpellations difficiles ou de dispersions de manifestants. Récemment, des témoignages ont également fait état de coups de Taser lors de l'évacuation d'un campement de SDF.

Guillaume Roche


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