Action/Aventure - PS3 - Xbox 360 - PC - PS2 - Wii - Sortie en France le 30 avril 2009
Wolverine est l’un des personnages les plus complexes et les plus ciselés de l’univers Marvel. Ecrit et réécrit de nombreuses fois, il est devenu emblématique sinon culte en 35 ans d’existence. Avec le comics Origin, son passé trouvait des réponses restées dans l’ombre depuis ses débuts dans Incredible Hulk N°180.
Hélas le film n’est qu’un collage grotesque de scènes molles, une parade de caméos insipides, une compilation de trahisons qui saccagent trois décennies de bandes-dessinées. Les adaptations de films en jeu vidéo subissant la malédiction d’être ratées, comment l’adaptation d’un navet allait-elle s’en tirer ? Pas si mal que ça, grâce à la passion nerd des développeurs de Raven Software.
X-Men Origins Wolverine n’est pas que le titre trop long d’un film trop long avec trop de personnages jetables et trop de scènes inutiles. C’est aussi paradoxalement le rare jeu vidéo adapté d’un film qui se montre supérieur à son matériau d’origine. Matériau d’Origins, même, puisqu’il est aussi un jeu de contradictions, tiraillé entre sa volonté d’adapter, son envie de respecter le personnage et les conséquences de ces choix sur le résultat ludique.
L’histoire tient sur une demi-page de carnet à spirales puisque le jeu vidéo ne reprend le film qu’à partir du moment où Wolverine s’échappe après l’implantation de l’Adamantium dans son squelette. Tout le reste n’est qu’une série de flashbacks dans les flashbacks, vu que la scène d’introduction nous met dans un futur proche post-apocalyptique où Wolverine tente de se souvenir de son passé. Cet arc narratif auquel on retourne à la fin du jeu offre une conclusion ouverte qui tente de reprendre le train des comics vers Uncanny X-Men et Ultimate X-Men.
Entre deux, Raven Software essaye tant bien que mal de loger les évènements du film, en se concentrant sur deux autres arcs narratifs : De l’évasion de Wolverine à son retour sur l’île pour le combat final, et la mission fatidique en Afrique qui vit la rupture entre Wolverine, Sabretooth et le projet Weapon X.
Vous êtes perdu et nous aussi. Le film était déjà saturé d’évènements, mais voilà que le jeu déconstruit sa progression pour en étoffer les passages obscurs. Ce que les développeurs ont vraiment tenté de faire, c’est de donner une épaisseur à la quête de Logan entre deux ellipses scénaristiques, de dégraisser l’anecdotique, tout en exploitant cette narration éclatée pour servir son gameplay.
En faisant ce choix, le jeu vidéo supprime des scènes du film, les modifie, efface des personnages facultatifs, développe les laissés-pour-compte et ajoute d’autres rôles. Le tout, sans jamais vraiment entrer dans la bande-dessinée qui devait lui servir de support.
Grâce à ce procédé, on se retrouve à la recherche de Wraith, on croise Raven Wagner aka Mystique, ainsi que Bolivar Trask, le créateur des robots géants Sentinel. Raven Software se permet d’ajouter des passages complètement inventés, savoureusement rentre-dedans, pour réinsérer ce que le film a survolé. La poursuite de Gambit ne se déroule plus dans une ruelle minable, mais au cours d’un niveau entier et gigantesque, un casino de la Nouvelle-Orléans nommé Casino Corbeau. De fait, l’affrontement expédié en 3 minutes de pellicule devient un duel au sommet dans tous les sens du terme.
En revanche, le jeu possède aussi les travers du film quand il doit expédier les seconds rôles ad patres. Sans dramatisation, ni mise en scène, on apprend le décès de X ou Y à travers l’oreillette ou dans un plan furtif mal cadré. Involontairement, Raven Software a retranscrit l’immaturité du film dans ce domaine. La transition de Wade en Deadpool est d’ailleurs aussi foireuse dans les deux médias, preuve qu’on ne peut toujours pas transformer l’étron en or.
Si X-Men Origins Wolverine le jeu donne cette impression de Logan-centrisme, c’est surtout parce que les développeurs ont voulu cultiver le mythe de Wolverine en lui rendant enfin justice. La narration, le point de vue, tout est Logan-centré au point où l’information périphérique disparait au profit de l’action.
Une action en deux temps qui va-et-vient entre trame principale et aventure africaine. Cela permet de décliner le genre action-aventure en deux nuances, l’une résolument sauvage et l’autre plus proche de Tomb Raider aux stéroides. L’époque africaine de Wolverine comporte en effet son lot de temples et de boutons-poussoirs de pierre actionnés par des statues pour permettre au gameplay de respirer. Plus orientés plateforme et exploration, ces moments contrastent avec le reste du jeu, terriblement guerrier. On ne compte plus les soldats éviscérés lors de guet-apens à trente contre un.
Aussi bien sur le plan du game-design que du level-design, ces phases alternent apnée et respiration, faisant se succéder jungle à ciel ouvert et complexes top-secrets qui sentent l’eau javelisée. L’alternance donne accorde donc un sursis au jeu, qui reste en permanence sur le fil de la redondance.
On se croit presque prisonnier d’un cycle sans fin, à cause des va-et-vient narratifs, mais surtout à cause de ce Wolverine quasiment immortel. En dépit d’une nuée d’ennemis, Logan semble quasiment invincible et on meurt très rarement, vraiment très rarement. Ce défaut découle d’un respect du personnage quasi-religieux de la part des concepteurs, qui ont pris très au sérieux son pouvoir de régénération. Dans le comics, Wolverine était déjà le personnage quasi-invincible de Marvel, capable de revenir d’entre les morts à partir d’une simple goutte de sang.
Quand on doit transposer en game-design l’endurance d’un héros qui survit à un démembrement complet ou à une bombe atomique, la difficulté se retrouve alors sacrifiée. Aucun challenge, jamais. Le seul véritable obstacle sera de trouver le point faible d’un boss qu’on aura tout le temps d’observer entre deux blessures mortelles.
La présence du Feral Sense facilite aussi la déambulation, vu que cette vision spéciale classe par couleur les éléments suivant leur fonction. A la fois très pratique pour éviter de se perdre, et trop pratique parce qu’il nous prédigère énigmes et embuscades.
De ce zèle nerd découle également un Wolverine brutal, impitoyable qui pour une fois satisfait ses instincts et les nôtres. Le jeu est violent, frénétique dans son action et le sang coule à flot dans une débauche de coups vicieux. Les ralentis subliment le spectacle sans le plomber, les scènes grandioses se succèdent pour que Wolverine montre à quel point il est "le meilleur dans ce qu’il fait".
La palette des coups et de prises est assez variée pour qu’on puisse savourer le carnage sous toutes ses formes. Une fois n’est pas coutume, Wolverine est montré comme le prédateur qu’il est, et cette réussite suffit presque à elle seule à sauver un jeu inégal.
Globalement, Wolverine est de bonne facture, le rendu visuel tient la route, avec des moments de fulgurance. Les textures détaillées côtoient des aplats baveux, les trouvailles graphiques sont parfois ponctuées de bugs d’affichage. Comment apprécier le jeu de caméra sur un effet de vertige quand une texture clignote dans le cadre ?
Le plus gênant se trouve dans les ralentissements trop nombreux, les bugs de collisions, le moteur physique au comportement parfois débile, l’IA de bulot et le mixage son raté. Une accumulation de petits défauts qui laissent supposer un projet terminé à la hâte pour sortir en même temps que le film.
Ce manque de finition maintient Wolverine dans le groupe des jeux "bien mais sans plus", alors qu’il est loin d’être mauvais. Le sentiment de puissance qu’on éprouve lors des combats est délicieusement grisant, malgré la régénération intempestive. La démesure des niveaux, au-delà des ralentissements qu’elle entraîne, témoigne d’un travail passionné de la part des développeurs, un amour du sujet qui se retrouve dans chaque mimique du personnage, chaque one-liner.
Le véritable handicap du jeu est de devoir suivre le film. Une œuvre patchwork et creuse à laquelle Raven Software a essayé de coller des rustines, sans succès. En tentant de bricoler le scénario pour réhabiliter le contenu des comics, le jeu devient confus et perd de son impact. On est balloté plus que transporté par une saga bordélique qui peine à trier dans ses influences.
S’il n’avait pas dû cohabiter avec le film, en se basant uniquement sur la bande-dessinée, Wolverine aurait pu être un excellent jeu d’action, mais son héritage cinématographique le voue à une certaine médiocrité.
X-Men Origins Wolverine se contentera d’être un bon jeu d’action, avec un système de niveaux, d’expérience, de power-ups très classique. On le sent trépigner dans ses bottes, mais le principe de l’adaptation l’empêche de s’exprimer pleinement.
Bridé et bordélique, Wolverine parvient toutefois à être bien meilleur que le film dont il n’aurait dû être que le produit dérivé. C’est assez exceptionnel, si l’on considère la longue trainée de daubes vidéoludiques que le cinéma a engendrées.
Pop-corn game, Wolverine est un divertissement finalement plutôt réussi qui, s’il ne sort pas du lot, prouve que des développeurs passionnés peuvent rendre de sa superbe à un mythe écartelé.

X-Men Origins : Wolverine
Développeur : Raven Software
Editeur : Activision Blizzard
Sortie en France : 30 avril 2009