Inspirée par la série britannique éponyme, les Skins Parties ont traversé la Manche et conquis la jeunesse française en manque de sensations. Gonzo-reportage au coeur d'une de ces soirées déjantées où excentricité, grosse défonce et roulages de pelle sont les maîtres mots.

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Skins, ça vous dit quelque chose ? Non, pas les affreux fafs rasés. Plutôt la série. Si ça ne vous dit rien, et pour paraphraser Ted Nugent, c’est sûrement que vous êtes trop vieux. Créée en 2006 par Bryan Elsey et son fiston Jamie Brittain, cette série contant le quotidien trashos d’ados de Bristol a tout pété outre-Manche.

Début 2007, le pilote scotche au petit écran 1,5 millions de téléspectateurs. Record absolu d’audience pour une série british. La série draine par la suite une méga-communauté de fans qui commencent à se retrouver sur des forums. Peu à peu, l’idée germe de reproduire en vrai les teufs mémorables et totalement barrées qui sont la marque de fabrique de la série. Les Skins Party sont nées. Ambiance collants fluos, masques d’animaux, vodka coco, pilules et roulage de pelles à gogo. Là où la serie Skins exagérait la réalité, les kids décident de reproduire cette caricature en vrai. Et ça cartonne.

Devant l’ampleur du phénomène, la prod de la série finit même par récupérer le concept et organise ses propres soirées. En France, c’est du côté d’Aix-en-Provence que les premières Skins montrent le bout de leur nez piercé, il y a un peu plus d’un an. Le collectif SecretSkinsParty y organise des dépravations géantes de gentils étudiants en Sciences Po ou en Droit. La vague orgiaque a depuis conquis l’ensemble de l’hexagone et des soirées sont en train de voir le jour dans toutes les grosses villes. L’une d’elles avait lieu mi-avril dans une boite du premier arrondissement de Paris. L’occasion d’aller juger sur pièce si les Skins Party étaient à la hauteur de leur réputation sulfureuse.

Le mythe de l'épisode 10, saison 1
L’arrivée semble de bon augure. Il est à peine minuit et l’on peut déjà admirer deux ou trois kids échoués sur le trottoir, visiblement en surcharge de liquide. Il y a une sacrée queue à l’entrée, gloubi-boulga étonnant de tignasses décolorées, de k-way incongrus et de Converse de toutes les couleurs, que les clients du resto chic d’à côté regardent avec effarement. Un décompte des boutons en présence laisse présager une moyenne d’âge de tout juste 18 ans.

Une fois à l’intérieur, on déchante un peu. Rapport à la présence de mineurs, justement, la boite a décidé de ne servir que de la bière et du "champagne" (euh, vous êtes sûr que c’est du champagne ?). Cette mesure sanitaire explique l’état avancé de certains participants. Ayant prévu le coup, ils se sont bien oxygénés le cerveau avant de partir, et les plus malins ont même adopté la stratégie du BYF (Bring Your Flask). Tifox, organisateur de la soirée, m’explique son cheminement :

"L’épisode de la série qui a inspiré les Skins Party, c’est le 10 de la première saison, "Secret Party". Il y a une longue scène où on les voit faire une teuf mythique dans un entrepôt. La musique est chanmé, les looks sont incroyables, tout le monde s’éclate à fond, fais n’importe quoi, sans se soucier du regard des autres. Ca donne trop envie d’y être. C’est ça qu’on veut reproduire dans nos soirées. Faire la fête toute la nuit sans se prendre la tête et sans penser au lendemain."

Je lui fais remarquer que pour l’instant, c’est plutôt calme tout de même. "T’inquiète, à la dernière soirée, il y a des couples qui ont fini par faire l’amour devant tout le monde. On a laissé faire, c’était bien." Ah oui, effectivement, vu comme ça…

Sexe, drogue et vomi
Deux-trois bières et cinq-six photos de palots plus tard, je croise Maskoba et Michaël au rendez-vous des philosophes de soirée : près des wc. Fans de la série, rodés aux Skins Party, les deux gaillards n’ont pas l’air trop convaincus par l’atmosphère ambiante. "Une vraie Skins Party, c’est pas un truc tout organisé comme ici. C’est une soirée improvisée, dans un appart, où tout le monde est bien dans l’esprit et où ça part vraiment en couille. Là, c’est plus une récupération par une boite du phénomène. Ca craint un peu." Bon, ok, et c’est quoi alors une Skins Party réussie ? "Sexe, drogue, vomi. C’est ce qui manque ici."

Un petit tour au coin du même nom fait mentir Maskoba. Une galette de belles dimensions coupe l’accès à la cuvette. Retour sur la piste. Je tente d’interviewer une nana décolorée en collant léopard. Question : "C’est quoi une Skins Party ?". Réponse : "T’as pas des pilules ?". Effectivement, pas l'air d'y avoir masse de drogue dans le coin. Deux propositions d’introduction d’extasy dans ma bouche à l’aide d’une langue plus tard et je remets de nouveau en cause les théories de mes spécialistes es Skins. Je suis positif, il y a bien de la drogue ici. Quant au sexe, la vue d’une petite black à lunettes roses en train de se faire dévorer les amygdales et vertement peloter par quatre mecs à la fois achève de me faire douter. Tout cela n’est peut-être pas aussi trash que dans la série mais on en est pas bien loin.

Photo report sur Facebook
La soirée avance, les couples se font, se défont. Particules élémentaires soumises aux lois de l’attraction. Ambiance de partouze soft, échangisme de la langue. Plusieurs mecs filment, prennent des photos de cette débauche un peu télécommandée. La captation de leur image ne semble pas déranger les couples dans leur troc de salive. Au contraire. Elle semble même les stimuler et être parfois la raison profonde du rapprochement des corps. Un couple baisouille, à moitié caché, à moitié seulement, dans un recoin du bar. Exhibitionnisme d’une génération biberonnée au porno et à la téléréalité. Débauche, extase un peu forcées. Vite, vite, s’amuser. Et surtout le montrer, l’enregistrer, pour pouvoir l’étaler le lendemain sur Facebook. "Lol, c’était trop bien cette soirée". Je pense à Ted Nugent. Peut-être suis-je trop vieux…

Sébastien Bardos



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