En 2006, La Force de l'Art rassemblait plus de 200 artistes, réunis par 15 commissaires. Cette première édition d'une « triennale » de l'art made in France était un fourre-tout complexe et manquant de cohérence, qui rappelait l'ambiance de la FIAC. On doutait alors de la pérennité d'un tel projet, et pourtant, La Force de l'Art 02 a bien été programmée cette année. Avec cependant une ambition nettement réduite, malgré la qualité des œuvres présentées.

Un iceberg à la dérive

La scénographie, confiée à l'architecte Philippe Rahm, évoque un iceberg voguant à la dérive au milieu de la nef, ou un white cube désintégré, écrasé par la majesté du lieu. Didier Ottinger, l'un des organisateurs de l'événement, en profite dans le catalogue pour filer la métaphore du réchauffement climatique qui a succédé à l'ère glaciaire dans laquelle, selon lui, givrait jadis l'art contemporain, pour atteindre, un « état gazeux » où, citant Yves Michaud, « l'expérience esthétique tend à colorer la totalité des expériences ».

Dans cette architecture d'un blanc aveuglant, le visiteur, déambulant de dénivelé en dénivelé, joue à cache-cache avec les œuvres, engoncées dans des sortes d'abris-igloos (des « terriers », selon Didier Ottinger), ou au contraire jaillissant du néant. Effet de surprise garanti pour la petite cinquantaine d'œuvres présentées, pour la plupart monumentales, qui donnent un aperçu très subjectif et très parcellaire d'une scène contemporaine française, dont on a décidément du mal à cerner les contours, malgré quelques tentatives récentes comme l'exposition « Notre histoire... » au Palais de Tokyo en 2006, ou la publication de l'ouvrage collectif French Connection (BlackJack éditions), en 2008.

La France de l'art

Depuis la fameuse exposition organisée en 1986 par le critique Bernard Lamarche-Vadel (auquel la triennale est dédiée), intitulée "Qu'est-ce que l'art français ?", toutes les tentatives de définition ont échoué. La Force de l'Art 02 montre en effet que l'art « de France » se loge aussi bien dans l'absorption des enjeux de la mondialisation, tel que Wang Du, Chinois installé en France, l'illustre avec son International Kebab qui invite à broyer les images, que dans la redécouverte d'un art éphémère par Kader Attia, qui expose de fragiles sacs en plastique. Il est à la fois questionnement sur le temps, avec la lecture ad vitam aeternam de la Recherche de Véronique Aubouy ; plongée dans l'inconscient de l'artiste, matérialisé par un container customisé par Fabien Verschaere ; ou introspection politico-cosmique, avec les Epurations électives de Fayçal Bagriche.

Expérimentation synesthésique, avec l'installation de Dominique Blais, qui rend audible l'invisible, ou test sur le vivant, avec les matières périssables mises en scène par Michel Blazy, l'art de France tel qu'on le montre au Grand Palais se frotte aux sciences et aux fictions, comme chez Alain Bublex qui invente de toutes pièces l'histoire, la géographie, la sociologie d'une ville, Glooscap, ou chez le duo Giraud et Siboni, auteurs d'un faux simulateur de vol, Numb, machine à rêves célibataire. Il peut dénoncer les défaillances du système, avec ironie — Julien Prévieux réalise une base de données délirante à partir d'ouvrages destinés au pilon —, ou avec rage — Damien Deroubaix mêle dans ses œuvres sur papier esthétique punk et message politico-anarchiste.

L'art de France, c'est aussi la reconquête du dessin, par Stéphane Calais ou Frédérique Loutz, et celle de la sculpture, par Didier Marcel, dont les reliefs de labours rendent hommage aux toiles paysannes de Rosa Bonheur comme aux maîtres du Land Art, Bruno Peinado, avec sa bulle réfléchissante au souffle lent, Silence is sexy, ou Virginie Yassef, qui lacère le ciel du Grand Palais des griffes d'un ptérosaure préhistorique. L'art de France, c'est bien plus encore. Mais ici n'est visible que la partie émergée de l'iceberg...

La Force de l'Art 02. Triennale de l'art en France, au Grand Palais, Paris, du 24 avril au 1er juin 2009.

A voir également pendant la durée de l'exposition, les interventions de plusieurs artistes dans Paris (les Transcriptions de Gérard Collin-Thiébaut au Louvre, le dérèglement de l'illumination de la Tour Eiffel par Bertrand Lavier, les ballons d'Annette Messager au Palais de la Découverte, une chapelle dédiée à la Vierge par Pierre et Gilles à l'église Saint-Eustache...) et des performances, lectures et interventions musicales.

Par ailleurs, chaque jour, une proposition artistique différente apparaîtra à la fois sur grand écran dans le Grand Palais et en ligne sur le site dédié à l'expo.

Illustrations :
1. Anita Molinero, Sans titre, 2005. Poubelles en PVC fondues. Centre national des arts plastiques — Fonds national d’art contemporain, France. Vues de l’exposition personnelle d’Anita Molinero, Ateliers d’artistes de la Ville de Marseille, 2005. Copyright Ateliers d’Artistes de la Ville de Marseille. Courtesy : Galerie Alain Gutharc

2. Philippe Mayaux, Les Agitateurs (détail), 2008 courtesy galerie Loevenbruck, Paris

3. Bruno Peinado, Silence is sexy, 2004-2009. Courtesy galerie Loevenbruck, Paris

4. Vue d'ensemble. De gauche à droite :
Nicolas Fenouillat, Partition 01, 2008-2009
Virginie Yassef, ll y a 140 millions d’années, un animal glisse sur une plage fangeuse du Massif central, 2008
Fabien Verschaere, Modern Circus, 2009

Magali Lesauvage



Sur Flu :
- la chronique de la 1ère édition de La Force de l'art
- l'actu de l'art contemporain et du Grand Palais sur le blog arts


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