From Software est un studio qui s’est spécialisé dans les jeux jusqu’au-boutistes, déclinant des thèmes pour nerds comme les robots géants ou le médieval fantastique. Après Chromehounds et Armored Core sur Xbox 360, From Software passe aux hommes de l’ombre avec Ninja Blade.
Cette fois-ci, le studio a puisé dans son propre passé, en réinvestissant son expérience sur Otogi, produit pour l’ancienne Xbox, et s’est fortement inspiré de Ninja Gaiden 2. En mariant le fourre-tout japonisant et le n’importe quoi d’action ninja, Ninja Blade est ainsi une compilation de bonnes idées qui ne se prend pas au sérieux, trop expansif pour les joueurs raffinés.

Lorsque les autres pays du monde se reposent sur leur armée pour les sortir d’une invasion, le Japon fait traditionnellement appel à des ninjas surdoués qui maîtrisent le combat et les arts occultes. C’est en tous cas ce que nous ont appris les jeux vidéo. Ainsi, quand Tokyo est envahie par des vers parasites qui font muter sa population et transforment les formes de vie animales en aberrations féroces, le Japon parachute une escouade de ninjas sur la ville afin de faire le nettoyage d’une volée de shurikens.
Ken Ogawa, son père et ses collègues se retrouvent donc en plein Tokyo, et se voient très rapidement submergé par les ennemis. Après une défaite inattendue, Ken Ogawa va chercher à se venger des parasites en remontant à la source de l’épidémie. Une quête aux enjeux très personnels qui pourrait bien sauver ce qui reste du pays s’il réussit.

From Software n’a pas désiré nous imposer une trame compliquée, ni des personnages complexe tout en nuances. Le studio sort l’artillerie lourde dès les premières secondes en nous gavant de clichés de Série Z et d’un découpage tapageur. Les premières séquences nous font vite comprendre que Ken Ogawa est un héros bidimensionnel à la personnalité de bulot, que les seconds rôles stéréotypés vont débiter les one-liners crétins et la philosophie de bazar au kilomètre.

Dès l’instant où l’action commence, on saisit alors que From Software n’a choisi ce scénario et ces pantins que pour lui permettre de laisser libre cours à une exubérance esthétique qu’il voudra en permanence nous transmettre dans le gameplay.

Les Quick Time Events, les cinématiques interactives et les introductions sont grandiloquentes, nous donnant souvent l’impression de jouer à Devil May Cry 4, le charisme du héros en moins. Toutes les occasions sont bonnes pour transformer le moindre passage en course contre la montre ou démonstration acrobatique. Ken Ogawa est paradoxalement aussi insipide qu’il est efficace, tant qu’on ne rate pas un bouton.

Les concepteurs ont bien réfléchi sur leur concept du tout-QTE pour leurs scènes d’action les plus spectaculaires, en nous laissant recommencer au début de la séquence, au lieu de nous faire reprendre depuis le dernier checkpoint. Cela permet surtout d’insérer des attaques puissantes nommées Todome contre les plus gros ennemis, en gratifiant le joueur d’une cutscene jouissive.

Cette surenchère visuelle s’avère satisfaisante pour les boss, mais lorsqu’on se bat avec les ennemis normaux, c’est un peu l’ennui. Ken Ogawa se débarrasse des adversaires en baillant, quand il ne sont pas assez stupides pour s’entretuer par accident. Si vous vous demandiez à quoi servaient les barils explosifs dans les jeux vidéo, ce n’est pas pour que vous y mettiez le feu, mais pour qu’un grouillot se cogne le petit doigt de pied dedans avant de mourir immolé.

Les combats réguliers, banals, sont également rendus plus laborieuse par une caméra stupide, des ralentissements et des déplacements presque aléatoires lorsqu’on esquive. Curieusement, ce n’est pas la complexité des décors ni la netteté des textures qui plombent le moteur du jeu, mais un nappage d’effets visuels trop épais qui écœure les processeurs graphiques.
En découlent des bugs d’affichage et une mauvaise lisibilité, ce qui creuse encore plus le fossé entre les QTE et l’action tout-venant qui s’insère entre deux. Cela se perçoit aussi contre les plus gros ennemis, qui utilisent une palette de coups réduite, prévisibles et répétés ad mortem.

Ninja Blade souffre de défauts qu’on voit depuis les années 80. L’alternance des phases d’action entraîne une routine, malgré l’extravagance de la mise en scène. Ninja Blade prend même des airs de Shinobi, avec ses descentes d’immeuble à la verticale, ses moments de tir sur rail, ses caisses regorgeant de bonus.
En cherchant à se démarquer dans l’exécution, il instaure une redondance dans le gameplay et dans son déroulement, il tente de maintenir le rythme sans s’essouffler mais ne parvient pas à exploiter pleinement ses trouvailles.

Une fois l’aventure bouclée en sept heures maximum, on s’aperçoit qu’il nous reste des costumes, des améliorations d’arme, l’éditeur de personnage. Des points de détail qui, s’ils sont poussés, sont le défaut classique des jeux From Software. En se projetant dans le perfectionnisme de l’anecdotique, le jeu en oublie de donner plus de finition à son contenu principal.
Les level designs se ressemblent trop de niveau en niveau et les protagonistes pourraient crever dans la minute sans qu’on s’en préoccupe vraiment. Tout parait parfois interchangeable et générique au-delà des apparences ébouriffantes.

La difficulté est assez mal dosée, on s’arrache les cheveux au début puis les premières améliorations assurent la progression jusqu’aux derniers tableaux, où une faible résistance tente de nous ralentir avant le boss final. On est sur ce plan-là très loin de Ninja Gaiden 2 et de son achievement pour avoir utilisé 100 continues.

En dépit de sévères lacunes, Ninja Blade peut aussi très bien se vivre comme un jeu nanar pleinement assumé. Auquel cas, on se régalera avec la personnalisation de son héros, des ennemis grotesques , et cette façon de glorifier le ninja comme un super-héros nationaliste au mode de pensée binaire. Il fait n’importe quoi n’importe comment, et ne plaira surement pas à n’importe qui.

Pour se faire pardonner ses faiblesses, Ninja Blade affirme son délire à un tel point qu’il en devient hilarant vers la fin. Si le gameplay risque de lasser, on est en revanche surpris par les situations complètement incongrues auxquelles From Software a pensé.

Ninja Blade cultive son côté foutraque, sa thématique nerd et sa mise en scène échevelée. C’est ce qui le sauve de la médiocrité et lui donne malgré tout l’étoffe d’un divertissement crétin. Dans le bon sens du terme.

Ninja Blade
Développeur : From Software
Editeur : Microsot Games
Sortie en France : 3 avril 2009

Rémi Vermont




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