150 afghans sans-papiers de Calais ont été arrêtés par 300 policiers, à 6 heures mardi matin, 2 jours avant la visite d'Eric Besson dans la "jungle". Pour Sylvie Copyans, présidente de l'association Salam et présente lors de l'opération, "il y a des coïncidences qui ne trompent pas". Témoignage.

"C'est une opération qui doit contribuer au démantèlement des filières d'immigration clandestine" a affirmé Eric Besson, solidaire de l'arrestation de quelques 150 afghans de la "jungle". "Si il y avait 150 passeurs dans la jungle, ce serait un magnifique coup de filet !" nous confie non sans amertume Sylvie Copyans. La "jungle" en question, est le lieu où se regroupent les candidats à la traversée de la Manche (voir le film Welcome ?) depuis que le centre de Sangatte a été fermé en 2002. Les membres de Salam sont des témoins quotidiens de l'arrivée incessante de migrants des pays du sud :"il y a quelques années, on distribuait 300 à 350 repas chaque soir, on tourne aujourd'hui autour de 700".
Tout est fait pour masquer cette recrudescence. Car reconnaître la présence de ce camp de fortune reviendrait à regretter le camp de Sangatte fermé en 2002. Or, Eric Besson l'a rappelé en février dernier, il n'y aura pas de nouveau Sangatte: "ce serait une erreur dramatique pour les personnes concernées elles-mêmes, (...) ça nous mettrait de nouveau dans une situation inextricable."

Des bulldozers pour détruire les cabanes de fortune
La présidente de l'association Salam, qui a été créée après la fermeture administrative du camp de Sangatte en 2002 pour distribuer des repas aux sans-papiers de Calais, était présente lors de l'opération. Elle nous raconte que sur les 400 afghans présents dans la jungle, 150 ont été arrêtés, les autres mis dehors, et que des bulldozers sont arrivés sur place pour raser leurs cabanes. Si les bulldozers ne sont pas allés jusqu'à raser le camp de fortune, c'est selon elle que leur présence était gênante, les membres de l'association ayant tout de suite appelé les médias. Reste que ce genre de violence contre les sans-papiers coincés entre la France et l'Angleterre est (trop) fréquente. "Ce week-end, c'étaient les africains. Les CRS ont gazé leurs habitations. Il y avait une femme enceinte de 6 mois qui est toujours en observation à l'hôpital".

Délit de solidarité ou délit d'outrage ?
Les membres de l'association Salam pourraient très bien être arrêtés pour délit de solidarité, moins communément appelé L. 622-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers, comme le rappelle l'avocat-blogueur Maître Eolas. Le vice-président de Salam est lui sous le coup d'un autre délit : l'outrage. Accusé d'avoir insulté les forces de l'ordre en novembre dernier alors que l'association Salam s'opposait au renvoi de nombreux afghans sans-papiers en charter vers Kaboul, il risque une peine plancher d'un mois de prison ferme.
Pour Sylvie Copyans, ce mode d'accusation "devient une mode". Les policiers sont sûrs de gagner en mettant leur parole en jeu contre celle de simples citoyens, sans oublier que c'est "une bonne source de revenus".

Emmanuel Haddad