Enfant du Deep South américain, le photographe William Eggleston a donné ses lettres de noblesse à la couleur dans l'argentique, révolutionnant la perception d'une Amérique neutralisée par le noir et blanc de ses prédécesseurs mythiques, Walker Evans, Lee Friedlander ou Gary Winogrand. A l'occasion de l'expo qui lui est consacrée à la Fondation Cartier, retour sur 7 de ses oeuvres.


Ennemi du « joli » et révélateur du merveilleux dans le banal, Eggleston expose à la Fondation Cartier une série inachevée d'images de Paris. Loin de l'esthétique de carte postale et du « Paris éternel » célébré dans les énièmes rétrospectives Cartier-Bresson ou Doisneau de l'Hôtel de Ville, ces photos prises lors de différents séjours parisiens montrent la banalité sublimée d'une ville dans ses détails les plus universels. Décryptage en 7 images.

 

1. Dans les années 1970, William Eggleston ose emprunter l'usage de couleurs saturées à la photographie publicitaire, et utilise en particulier la technique d'impression du « dye-transfer ». La couleur semble déborder et brouille la perception des formes, conférant à l'image une étonnante surréalité.

 

2. Le rouge est une des couleurs fétiches d'Eggleston, comme dans sa fameuse photo The Red Ceiling, plafond rouge sang transpirant le drame. Le photographe rend hommage à Christian de Portzamparc, architecte de la Cité de la Musique, dans cette image, calligraphie inattendue, qui fait signe double en miroir.

 

3. « J'ai abordé Paris comme si c'était n'importe où. Je n'ai pas changé de style pour Paris ». Ici nous sommes peut-être aux Tuileries, à moins que ce ne soit dans les jardins du Luxembourg. Echo formel (les parapluies), horizon bouché comme dans une estampe japonaise, relation inexpliquée entre les individus dont les visages sont flous, frontalité de l'image renforcée par l'escalier qui se dresse comme un mur... l'image ne dit pas tout de suite sa complexité.

 

4. Photographe du signe, William Eggleston ne livre jamais ses images à une interprétation univoque. Le rose et le vert des néons composent un tableau abstrait, le mot tronqué, inversé, reste illisible. Le sens, lui, reste ouvert.

 

5. « Je laisse les choses venir. Je commence toujours sans idée préconçue. J'attends, et quelque chose apparaît ». Le reflet troublé de poteaux sur le macadam détrempé, une paire de jambes en mouvement, un accord de vert acide, d'or et d'argent... beau et banal à la fois.

 

6. William Eggleston ne réalise qu'une seule image par sujet, se refusant à mitrailler pour ensuite scruter la planche-contact à la recherche de l'image parfaite. Ici la courbe maniérée d'une jambe gracile de petite fille se glisse d'un sac girly dans une chaussure d'un rouge gourmand, sur un fond de pavé parisien : l'art de résumer une personnalité en une seule image.

 

7. « J'aime à penser que mon travail coule comme de la musique ». Rythme, mouvement, séquences, les photographies de William Eggleston, pianiste à ses heures, sont fortement structurées. Ici on pense à l'œuvre de Martin Parr, mais Eggleston révèle une plus grande empathie avec ses modèles, une tendresse, loin du goût de la caricature propre au photographe anglais.

Magali Lesauvage



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