Lancée début février, la grève des étudiants et enseignants-chercheurs, qui ont encore battu le pavé ce 9 avril, arrive à point de non-retour. Malgré le risque de perdre un semestre de cours, le mouvement ne semble pourtant pas faiblir et reste sourd aux concessions de Valérie Pécresse.
14h30, Denfert-Rochereau. Dernière manifestation avant les vacances de Pâques. Et après ? Une grève étudiante normale prend fin dès lors que le passage à l'année supérieure est en jeu, ce qui risque d'arriver si le mouvement se poursuit après les vacances de Pâques. Mais, cette-fois, le cortège marche au rythme du jusqu’au-boutisme.
"On est allé trop loin pour revenir en arrière"
Ce cri d’alarme des étudiants de Paris La Sorbonne en dit long sur leur état d’esprit avant la trêve pascale. La marche se déroule dans une ambiance bon enfant entre Denfert et les Invalides. Trop peut-être. Est-ce que le mouvement s'essouffle, après 10 semaines à réclamer le retrait de la réforme du statut des enseignants-chercheurs en vain ? C'est évidemment ce qu'espère Valérie Pécresse, qui compte sur la trêve de Pâques pour décourager les grévistes les plus tenaces.
Un semestre sans cours validé sans examens ?
Pourtant les critiques pleuvent sur leur mouvement. Même les présidents des universités, solidaires jusqu’ici, estiment que les concessions de Valérie Pécresse sont suffisantes pour reprendre les cours. Qu’en pensent les étudiants ? "Examens ou pas, le semestre scolaire est foutu, alors pourquoi pas un "semestre-blanc"", s’enhardissent-ils. Pourtant, ils reconnaissent que tous ne peuvent pas assumer les sacrifices exigés par le blocage : "avec la fin de l’année, il y a ceux qui passent des concours et qui doivent envoyer leur dossier". Pour eux, les examens sont primordiaux, et l’appel à reprendre les cours de Lionel Collet, le président de la conférence des présidents d'université, a dû les séduire. "Tout va se jouer sur la menace des examens à la rentrée", explique une étudiante de Master I. Pour elle, le mouvement se poursuivra si les professeurs se désolidarisent des présidents d’universités.

Les enseignants-chercheurs sacrifient-ils le diplôme des étudiants ?
Des preneurs d’otages les enseignants-chercheurs ? Une image qui leur colle à la peau, depuis qu’ils font plus grève que les conducteurs de train. Pourtant, les universités sont loin d’être toutes bloquées depuis 10 semaines, peu auront donc à envisager de valider un "semestre blanc", explique un enseignant-chercheur en Géographie à Nanterre. Il ajoute que les cours alternatifs organisés pendant la grève pourront servir à évaluer les étudiants. Pour cet enseignant en mathématiques, "la valeur de leurs diplômes est peut-être en jeu mais quand il y a un conflit, il ne faut pas dire que celui qui est responsable est celui qui est attaqué et qui se défend".
Un discours à l'unisson de celui de la présidente du collectif Sauvons la Recherche, qui estime que "plus Sarkozy et Pécresse attendent, plus le mouvement se radicalise. Ils cherchent à nous mettre à genoux et qu'un incident grave arrive pour décrédibiliser le mouvement."
Dernière rumeur pour miner l'image des enseignants-chercheurs: ils s'en prendraient cette-fois au Bac. Un bruit vite étouffé par le Snesup (syndicat des enseignants du supérieur): "le bac doit être passé dans des conditions sereines. Quant aux étudiants, nous trouverons des modalités pour qu'ils valident leur semestre".
En attendant, les profs poursuivent leur ronde des obstinés sur la place de l’Hôtel de ville... Jusqu'à la prochaine manifestation prévue le 28 avril. Si tout va bien.
Sur les forums :
- Pour ou contre la grève des enseignants-chercheurs ?
Sur le web :
- Le site du syndicat des enseignants-chercheurs
- Le site de sauvons la recherche