Afro Samurai est comme son cousin Samurai Champloo, une histoire de vengeance dans un Japon dystopique tendance steampunk où la culture traditionnalle rencontre le Hip Hop et le Pop. De cette collision est né Afro Samurai, et plusieurs dessins animés dont les doubleurs ne sont autres que Samuel L Jackson, Kelly Hu, Ron Perlman ou encore Lucy Liu. Les "motherfuckers" pleuvent autant que le sang, sur les épaules de personnages névrosés. Iconoclaste et culte, Afro Samurai est immanquablement devenu un jeu, une adaptation au parcours tout tracé, mais qui trouve le moyen de glisser dans le fossé.

Pour être le Numéro Un, il ne suffit pas de le proclamer haut et fort, ni d’écraser la concurrence. Il faut pour cela porter un bandeau sacré qui porte ce titre. Ou se procurer son jumeau portant le Numéro Deux, seul capable de vous accorder un duel avec le Numéro Un et espérer gagner son pouvoir.

Afro Samurai est le fils de l’ancien Numéro Un, tué par un rival sous ses yeux, alors qu’il n’était qu’un enfant. Consumé par la vengeance, Afro est parti à la recherche du bandeau Numéro Deux afin de gravir la montagne sacrée et vaincre l’assassin de son père. Seulement, beaucoup veulent ce bandeau, qui ne décerne pas qu’un titre mais rapproche son porteur de Dieu. Qu’importe, Afro n’est plus à une centaine de cadavres près.

Pour une adaptation, Afro Samurai comporte tous les éléments visuels et sonores de l’original. A l’instar de certains portages, tels les jeux de combat Naruto ou Dragon Ball, Afro Samurai montre qu’il a compris la charte graphique du manga, pour en assumer l’identité. Le style en cel-shading à contours épais, avec textures hachurées, est très réussi.
Bien que les niveaux et le level design n’aient rien d’exceptionnel, ils contribuent à cette cohésion qui permet d’avoir une action claire malgré les détails. L’animation reste souvent mécanique sur les déplacements ou pendant certaines cinématiques, mais parvient à capter la vivacité du dessin animé à travers l’extravagance des combos. Afro assure le spectacle à lui seul.

Les doubleurs font de leur côté un travail exemplaire, Samuel L Jackson campe un Ninja Ninja roublard et ordurier au possible, pendant que Ron Perlman incarne un Justice dont le monologue aurait pu facilement tomber dans le collage de répliques molles. Kelly Hu est en retrait à cause de la personnalité de son personnage, sans pour autant bâcler ses lignes.
Pour accompagner les dialogues et l’action, une bande-son composée en partie par RZA / Robert Diggs. Le mariage entre hip-hop et thème japonais déstructurés donne une ambiance sonore tantôt poétique, tantôt dynamique, toujours juste.

Si sur le plan technique, en dehors de rares ralentissements et d’ennemis clonés ad nauseam, Afro Samurai respecte sa source, il prend néanmoins quelques libertés lorsqu’il s’agit de passer à la boucherie. Il ne s’éloigne pas de l’original, mais plutôt du genre beat’em all, sans arriver à s’affranchir de ses handicaps.
Cela se manifeste par des passages de plateforme en guise de respirations et un système de combat très vif, qui privilégie le bullet-time au sabre. Ces Focus permettent de concentrer sa frappe et démembrer les ennemis rapidement en un seul coup, de manière à traverser les vagues d’adversaires sans se faire submerger.

Ce focus est au centre du gameplay, puisqu’il régit les esquives, certaines prises, et les attaques les plus efficaces. Il s’étoffe même de contres qui permettent de stopper ou renvoyer les balles, un mécanisme qui servira pour plusieurs Boss. En dépit d’un flot continu d’ennemis, ce Focus conserve son sens de par son utilité, voire sa nécessité. Les concepteurs ont fait d’un gimmick le pivot d’un système de combat au demeurant brouillon.

Les combos sont en effet dévastateurs et visuellement efficaces, mais leur exécution reste aléatoire quand on se laisse emporter par le button-mashing. D’autant plus dommage que certains combos se terminent par des coups très classieux, complètement dans l’esprit du manga.
Les affrontements ne se déroulent pas sans crise de nerfs, quand les checkpoints sont mal placés, ou que la caméra se repositionne sans crier gare. Certains Boss en deviendront d’ailleurs insupportables quand on devra les contourner en faisant des détours laborieux.

Là où Afro Samurai étouffe dans son genre, c’est avec sa gestion du niveau de vie et du Focus. A la manière de Dead Space, aucune information ne vient perturber l’acran, tout est lisible directement sur le personnage. Lorsque sa vie baisse, ses contours se teintent de rouge, et la chaîne de son costume brille de différents éclats selon la charge disponible de son focus.
Cette dernière indication n’est pas très lisible, mais elle confirme cette tendance chez les game-designers à vouloir abandonner les informations par jauges ou compteurs. Afro Samurai essaye donc de faire avancer le genre beat’em all, mais se prend les pieds dans les contraintes du carnage de masse, de sa redondance abrutissante.

Afro Samurai serait un bon beat’em all s’il ne gâchait pas toutes ses qualités par une narration nullissime. Ceux qui connaissent l’œuvre originale apprécieront la fin alternative que propose le jeu, rédigée en accord avec l’auteur Takashi Okazaki. Les autres resteront perplexes devant ces protagonistes secondaires qui se font éjecter du cadre en 5 secondes, des cinématiques auxquelles il semble manquer des plans, une dramatisation maladroite qui enferme Afro Samurai dans une l’apathie face à des évènements majeurs.

On a beau se forcer, la trame d’Afro Samurai n’a ni queue ni tête, à cause de personnages qui débarquent sans introduction, d’éléments importants traités comme des anecdotes. Toute l’introspection du héros, ainsi que la grandiloquence de ses rivaux tombent à plat. Afro Samurai, le premier beat’em all qui se joue avec Wikipedia sous la main pour comprendre qui, pourquoi, comment.

Cet échec de la narration prive Afro Samurai de son sens et de son charme, il occulte les qualités intrinsèques de la production sonore et des graphistes. Il ne reste qu’un jeu d’action sympathique, mais auquel il manque le souffle fiévreux du manga. Timide, Afro Samurai n’est qu’un beat’em all comme les autres, alors qu’il avait l’opportunité de sortir du lot.

Afro Samurai est encore une licence qui devra attendre le prochain jeu pour parvenir à maturation. Tout le monde veut être le Numéro Un, mais il est déjà tellement dur d’être un bon Numéro Deux.

Afro Samurai Développeur : Namco Bandai Games
Editeur : Atari
Sortie en France : 26 mars 2009

Rémi Vermont




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