Les sept années parisiennes d'Alexander Calder, section chronologique essentielle dans l'œuvre d'un artiste surtout connu pour ses fameux Mobiles, font l'objet d'une exposition au Centre Pompidou. Où l'on voit qu'à se frotter au surréalisme, l'artiste y a gagné de la matière à sa poésie du jeu.

Alexander Calder a dès son plus jeune âge bricolé, trituré du fil de fer, assemblé des objets, créé des mondes à partir de matériaux quelconques. Lorsque le jeune Américain arrive à Paris en 1926, âgé de vingt-sept ans, il possède un diplôme d'ingénieur mais décide de se tourner vers l'art. Lorsqu'il rentrera aux Etats-Unis en 1933, son art se sera enrichi au contact des surréalistes, notamment Miró, Cocteau ou Man Ray, qui lui montrent la voie de la subjectivité et de l'onirisme.

Le Cirque Calder

C'est la passion de Calder pour l'univers du cirque que montre la première partie de l'exposition du Centre Pompidou, avec notamment la présentation du Cirque Calder, prêt exceptionnel du Whitney Museum of American Art de New York, co-organisateur de l'exposition. Elaborée à Paris de 1926 à 1931, cette installation est constituée d'une piste et d'un chapiteau, sous lequel sont actionnées, comme des marionnettes, des centaines de figurines réalisées à partir de matériaux de récupération. Univers autonome, le Cirque Calder ravira le public parisien, et notamment le cercle surréaliste, lors de séances qui tenaient autant de la performance que du spectacle pour enfants.

Une épiphanie en fil de fer

Exercé par cette entreprise monumentale à reconstituer en fil de fer n'importe quelle forme du vivant, Calder va alors commencer à développer cette technique pour créer des figures de plus en plus synthétiques. Alliant plaisir de la ligne et simplicité du procédé, ses sculptures en fil de fer se situent dans la droite ligne des recherches de l'art moderne sur la forme, contemporaine de celles de Picasso ou Giacometti.

Dans les portraits notamment, la notion de point de vue est fondamentale, puisque le profil véritable ne se révèle que sous un certain angle, dévoilant la subjectivité du regard et la co-présence de plusieurs réalités, éléments essentiels de la doctrine surréaliste. Le surgissement de l'image, chez Calder, est un avènement, une épiphanie, comme ces figures que l'on voit soudainement apparaître dans un ciel nuageux ou dans les nœuds du bois.

L'art de l'ellipse

Humour et légèreté rappellent que Calder fut un enfant artiste, puis un artiste enfant, en particulier dans la série des Pigs aux pis et queues en tire-bouchon, ou dans celle consacrée à Josephine Baker, qui fait jaillir toute la gaieté des Années folles. Les volumes s'inversent, on ne saurait distinguer les vides des pleins. Malgré l'aspect fragile et aléatoire de ses sculptures, Calder parvient à une grande vérité des formes, concrétisées par l'ombre de leur profil visible sur les cimaises du musée. La sculpture devient alors dessin. Cet art de l'ellipse, cette esthétique du trait continu se retrouve d'ailleurs dans les dessins rapides de Calder.

Au contact de Mondrian, le sculpteur va ensuite se tourner vers l'abstraction, et se consacrer à la ligne et au cercle. Les formes deviennent à la fois primitives et cosmiques, la recherche du mouvement apparaît, en prélude aux Mobiles qui feront la renommée de l'artiste.

"Alexander Calder. Les années parisiennes 1926-1933", au Centre Pompidou, jusqu'au 20 juillet 2009.

Illustrations :

1. Cirque Calder, 1926-1931 (détail). New York, Whitney Museum of American Art, New York, Purchase, with funds from a public fundraising campaign in May 1982.
Photo © Whitney Museum of American Art. Alexander Calder © 2008 Calder Foundation, New York/Artists Rights Society (ARS), New York

2. Joséphine Baker IV, vers 1928. Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, don de l’artiste, 1966
© 2008 Calder Foundation, New York / ADAGP

3. Untitled (Monkey), 1925. New York, Calder Foundation
© 2008 Calder Foundation, New York / ADAGP

Magali Lesauvage



Sur Flu :
- Suivez l'actu des expos à Paris et de Beaubourg sur le blog arts
- Donnez votre avis sur le forum arts


• Les news de De Visu, le blog arts
Pourquoi montrer le dernier Renoir ? Pourquoi montrer le dernier Renoir ?
  Renoir est un immense peintre, ça ne fait aucun doute. Avec...
Paris Photo, ça commence aujourd'hui Paris Photo, ça commence aujourd'hui
Et c'est jusqu'à dimanche. Pour sa 13e édition, le «...
Damien Hirst : « N'importe qui peut peindre comme Rembrandt » Damien Hirst : « N'importe qui peut peindre comme Rembrandt »
C'est ce que prétend l'artiste-entrepreneur, qui...
En images : l'exposition Brussels/Beijing à BOZAR En images : l'exposition Brussels/Beijing à BOZAR
The State of things. Brussels/Beijing au BOZAR, Palais des...
Dommage(s) : retour sur l'affaire du baiser à la Collection Lambert Dommage(s) : retour sur l'affaire du baiser à la Collection Lambert
Juillet 2007 : « l'affaire » du baiser posé par une visiteuse...

• Sur le forum Arts

formation comédienneLa Jam au New Morning - Samedi 21/11Un jeune artiste découvert récement.marionnettes à Paris



arts.fluctuat.net
Sortir
Grafitti à la Fondation Cartier Consacrée au graffiti et au street art, l’exposition Né dans la rue met en lumière la vitalité d’un mouvement artistique qui a pris son essor dans les rues de New York...
Palestine à l'Institut du monde arabe L'Institut du monde arabe présente 19 artistes témoignant de la vivacité de la jeune scène contemporaine palestinienne.