mise en scène Jean-Louis Martinelli, jusqu’au 11 avril au Théâtre de Nanterre-Amandiers
Œuvre de jeunesse, moins connue que La Puce à l’Oreille, Les Fiancés de Loches est une pièce qui gagne à être redécouverte. L’aventure qui conduit des provinciaux venus trouver l’âme sœur à Paris jusqu’à un asile d’aliénés, est bien dans la veine de Feydeau, spécialiste des personnages loufoques, situations extravagantes et gags en cascade. Malgré quelques choix contestables de la part de Martinelli, le spectateur est bien gagné par le (fou ?) rire.
Les Fiancés de Loches est une pièce dont on pressent qu’elle fut écrite sur le mode du « et si… » : et si une famille de petits-bourgeois provinciaux, droguistes dans la bonne ville de Loches, prenaient un bureau de placement pour une agence matrimoniale ? Et si un psychiatre, sa sœur et sa fiancée les embauchaient pour leur servir de bonne et de valets de chambres ? Et si leur obstination à les considérer comme leurs fiancés les conduisait dans la clinique hydrothérapique du docteur ? À ce jeu-là, le pire (pour les personnages) est toujours certain, et il faudra une pirouette finale pour que nos prétendus fiancés se sortent de ce pétrin…
Jean-Louis Martinelli a vu grand pour cette mise en scène : le plateau de la grande salle de Nanterre-Amandiers est disproportionné, ce qui ralentit les déplacements des acteurs, surtout dans le premier acte, où le bureau de placement ressemble à un hall de gare. Cela s’arrange au second acte, où, dans un salon de Saint-Galmier, meublé avec le mauvais goût high-tech des nantis de notre époque, le décor ménage des espaces séparés. Au troisième acte, la figuration de la clinique par des murs blancs, des grilles (il ne s’agit pas que les patients se fassent la belle) et deux énormes baignoires circulaires (nous sommes dans un établissement hydrothérapique) est d’autant plus angoissante dans cet immense espace.
Saint-Galmier (Abbès Zahmani), entre autres soucis, est poursuivi par une cocotte (Christine Citti) à qui il a promis le mariage en se faisant passer pour un colonel (ce qui lui fait donc trois fiancées). Minuscule, alors que sa promise (l’officielle) est une géante, il est imperturbable de sang-froid. Les Lochois ( Zakariya Gouram, Mounir Margoum et Anne Rebeschini) gauches et pleins de bonne volonté à se conformer aux étranges usages de ceux qu’ils croient êtres leurs futurs sont extrêmement drôles. On n’en dira pas autant des personnes issues du centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, dont la présence dans cette déferlante de gags laisse perplexe : certes la pièce évoque la maladie mentale et l’enfermement psychiatrique, mais la touche documentaire semble parfaitement déplacée dans ce contexte.
Mais, malgré cette légère propension qu’a Martinelli à se donner bonne conscience, les gags finissent par prendre le dessus et l’on oublie cette coquetterie compassionnelle (c’est dire si elle fait sens !) pour replonger dans le fou rire. Moralité : on peut le déplorer, mais ces perles du répertoire bourgeois n’ont point besoin de ces rappels vivants de la dureté de la condition humaine pour exister dans la plénitude de leur joyeux délire.

Les Fiancés de Loches de Georges Feydeau, mise en scène Jean-Louis Martinelli, Jusqu’au 11 avril au Théâtre de Nanterre-Amandiers. Avec Christine Citti, Edéa Darcque, Laurent d’Olce, Zakariya Gouram, Maxime Lombard, Mounir Margoum, Anne Rebeschini, Sophie Rodrigues, Martine Vandeville, Abbès Zahmani
Photos © Pascal Victor
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