Le paysage vidéoludique de la Wii était jusqu’à présent le royaume des Miis souriants, du fitness doux et des univers bien lisses facilement digestibles par le joueur nouveau à l’estomac fragile. MadWorld froisse ces conventions, s’adressant directement à cette niche des gamers délaissés par Nintendo.
Poussant le Trash-O-Mètre plus loin que No More Heroes, MadWorld s’affirme comme un jeu gueulard et chahuteur, fier de son identité et de son parti-pris. Un sale gosse aux sales manières qui vient essuyer ses pieds crouteux de sang sur une console d’habitude bien propre.

Death Watch n’est pas exactement le jeu télévisé qu’on regarde entre La roue de la Fortune et Questions pour un Champion. Ce qui se déroule sur l’île de Varrigan City n’a rien d’un jeu où l’on gagne son poids en dictionnaire des synonymes. Il y est question d’ultra-violence et de cupidité, dans une boucherie désorganisée où le meilleur reçoit une forte somme d’argent.
Le chaos de Varrigan City est pourtant né du malheur de ses habitants, forcés par une organisation terroriste à s’entretuer pour obtenir le vaccin d’un virus répandu sur l’île. Cette manipulation sadique a vite été récupérée pour devenir Death Watch.

Jack, ancien champion du Death Watch revient sur les lieux de l’émission afin de tenter de remporter le pactole. Mais rapidement, on découvre que ses intentions vont au-delà de la récompense. Il est retourné en enfer pour sauver la fille du Maire de Varrigan City.
Chapeauté par l’Agence, Jack est devenu une menace pour les organisateurs de Death Watch qui vont tout faire pour le tuer en direct, de la façon la plus spectaculaire qui soit. C’était sans compter sur le fait que jack est le spectacle.

Si MadWorld ne recherche pas à être plausible dans son postulat, il n’en sera pas moins cohérent jusqu’à la dernière seconde. Faisant dès le début le choix du grand-guignol, MadWorld n’hésite pas à plonger le joueur directement dans l’action, se reposant sur quelques cinématiques et beaucoup de narration indirecte de la part des commentateurs.

En réglant ce point, le jeu se permet d’imposer son rythme sans craindre de perdre l’attention du spectateur, posant les bases de ses mécanismes de gameplay sans s’encombrer de fanfreluches dramatiques. La mise en scène est radicale autant qu’efficace, en grande partie grâce à l’alliance d’une ligne graphique intraitable et de mécaniques de jeu évidentes.

Le score est au centre de MadWorld. La progression dans chaque niveau dépendra de la façon dont on fait grimper le compteur en exécutant ses adversaires de la manière la plus créative possible. Suivant le matériel à disposition, on pourra ainsi empaler un motard avec un panneau de signalisation, le glisser dans un pneu de camion avant de l’envoyer se faire broyer dans une machine à proximité.

Le système d’évaluation de MadWorld repose sur l’accumulation des fantaisies sadiques avant la mort d’un ennemi, ce qui pousse à trouver de quoi varier les plaisirs. Au gré des paliers franchis, des armes, des demi-boss et le boss de fin de niveau apparaîtront, et ainsi de suite au prochain niveau.

Le processus peut devenir répétitif si l’on se repose sur les mêmes recettes ad nauseam, mais la présence d’éléments de décor uniques donne accès à des exécutions contextuelles. Celles-ci sont doublées des BloodBath Challenges, qui ponctuent les niveaux de mini-jeux cruels et déjantés. Golf avec des crânes, presse à punks, lancer de zonards sur une cible de fléchettes géantes, chaque défi se moque des conventions et du bon goût.

Cette désinvolture cache un sérieux admirable quant à la direction artistique du jeu. MadWorld décline son monde dans un noir et blanc qui se situe entre Mignola et Miller, agrémenté de touches jaune vif et écarlate selon les besoins. L’optimisation du moteur donne un résultat époustouflant sur la Wii, recouvrant de honte ces autres jeux fainéants qui n’en exploitent pas les capacités graphiques.

La cohabitation de ce graphisme ciselé et d’une violence grotesque sert parfaitement le propos d’Atsushi Inaba, producteur du jeu, et de son équipe. Le gore n’est qu’un support de divertissement traité avec un comique visuel assez extravagant pour qu’on n’en reste pas au niveau zéro de sa perception.
Sur ce plan, MadWorld réussit le pari risqué d’une violence extrême qui surprend plus qu’elle ne choque, qui amuse plus qu’elle ne consterne. On retrouve ici la philosophie du studio Platinum Games, anciennement Clover, qui avait su tâter le terrain avec God Hand et Viewtiful Joe.

L’ensemble est jouissif malgré sa répétitivité, la jubilation ludique est une conséquence directe des intentions des concepteurs. Les combats s’enchaînent, les protagonistes se déchaînent, dans un bordel outrancier qui n’exprime aucun regret. MadWorld est un condensé de divertissement qui ne vit que pour lui-même, évitant par la même occasion les écueils de la morale déplacée et du snuff crétin.

MadWorld se montre par contre boiteux sur d’autres aspects. La caméra est ainsi très mal pensée, dépendant du même bouton que le verrouillage des adversaires. Les combats deviennent vite brouillons dès lors que les ennemis se bousculent autour de Jack, où les coups en traître et les assauts miteux se succèdent. C’est là qu’on s’aperçoit que les coups dépendant des mouvements de Wiimote sortent presque trop facilement, voire involontairement.
La surpopulation des grouillots fatigue également le moteur, qui pourra parfois souffrir de ralentissements et d’éléments escamotés pour alléger le framerate.

En marge de ses faiblesses techniques, MadWorld souffre de phases anecdotiques qui paraissent ajoutées maladroitement au reste du contenu. Les passages à moto, mous, et les défis jouables à deux joueurs, n’ont aucun intérêt.

MadWorld n’est donc pas exempt de lacunes quand on l’explore de fond en comble, mais il vit plutôt bien ses handicaps. De même pour sa courte durée de vie. En sept heures, les quatorze niveaux sont bouclés sans trop d’efforts, mais la rejouabilité du titre permet de refaire chaque tableau jusqu’à écoeurement pour battre son score et débloquer de nouvelles armes.

Doté de plusieurs niveaux de lecture, MadWorld cultive une vision impertinente du divertissement, spectaculaire et bouffone. Il s’amuse de ses excès, d’un rire gras et communicatif, avec une telle spontanéité qu’on rit avec lui.

MadWorld
Développeur : Platinum Games
Editeur : Sega
Sortie en France : 20 mars 2009

Rémi Vermont




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