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Nano-édition : le dossier (2/2)
Obsessionnels et un peu barrés, les éditeurs de l’impossible traquent inlassablement les textes rares et hyper-pointus qui n’intéressent qu’une poignée de potentiels lecteurs, à commencer par eux-mêmes. Aussi, s’ils ne tirent - au mieux - qu’un maigre revenu de leur activité d’éditeur, au moins les nano-éditeurs se font-ils plaisir... Focus sur trois d’entre eux.
Les éditions Pagala de Vincent Poulvélarie : ressusciter des traités du XIXe siècle
Féru de textes juridiques fondamentaux improbables tels
que le Droit du Seigneur au Moyen-âge, Vincent Poulvélarie, adjoint à la directrice commerciale aux éditions l’Harmattan et professeur d’économie du livre à l’université de Tolbiac fonde sa propre Sarl, Pagala éditions, en octobre 2008. Celle-ci compte à son catalogue depuis début mars trois titres datant de la seconde moitié du XIXe siècle. S’il bénéficie du réseau de distribution de l’Harmattan, Vincent Poulvélarie s’autodiffuse et pratique une stratégie de tirage raisonnable à raison d’une centaine d’exemplaires par titre. L’éditeur est en effet conscient que son lectorat-cible est limité : étudiants, universitaires, juristes voire bibliothèques.
Vincent Poulvélarie, lucide, voit avant tout l’édition comme une activité annexe gratifiante : « je me fais plaisir avec ce projet, ce qui me passionne c’est dénicher des textes fondamentaux et les rendre disponibles. Le Michelet, je l’ai trouvé aux Etats-unis et Le droit du Seigneur au Moyen-Age était épuisé depuis 30 ans... » L’éditeur est ambitieux mais surtout prudent : « j’espère atteindre un rythme de 30 titres par an mais je ne place aucun enjeu financier : si je vends 200 exemplaires d’un titre, c’est champagne ! ».
Les éditions Sillage de Jacques Goursaud, l’homme qui a lu l’homme qui a vu Verlaine
Verlainophile, vous collectionnez tout ce qui touche de près ou de loin le grand poète ? Il vous faut de toute urgence vous procurer l’indispensable récit de Sophus Claussen, un obscur poète danois qui rencontra Verlaine en 1892, prochainement édité par Sillage. La maison d’édition, fondée par Jacques Goursaud en 2001, fait figure de doyenne dans le monde de la nano-édition où le plus difficile est de durer.
Sillage est née du rêve un peu fou d’une dizaine d’étudiants d’éditer ou rééditer des textes inédits ou introuvables d’auteurs classiques étrangers, notamment. Des textes choisis parce qu’estimés « importants, à divers titres », et afin que « que les lecteurs français y aient de nouveau accès ». Le catalogue de Sillage est riche de 39 titres, tirés en moyenne à 1000 exemplaires. La plupart sont des textes secondaires de grands noms de la littérature classique comme Rudyard Kipling, Gérard de Nerval ou Ivan Tourguéniev. A raison d’une douzaine de nouveautés par an, Jacques Goursaud et son collaborateur, le romancier et traducteur Paul Jimenes, espèrent pouvoir vivre un jour de l’édition. Autonomes de A à Z, de la fabrication à la diffusion, les éditions du Sillage prévoient 15 nouvelles parutions en 2009 dont Arènes sanglantes de Vicente Blasco Ibáñez. Les livres du Sillage sont disponibles sur Amazon, dans cent cinquante librairies en France, en Belgique et en Suisse, dont quelques Fnac et espaces culturels Leclerc .
Perturbations éditions de Séverine Weiss, pour un livre engagé
Séverine Weiss crée avec des amis les éditions Perturbations en janvier 2008. Le nom de « Perturbations » a été choisi en référence au texte de Thomas Bernhard parce que « c’est là le rôle de la littérature : perturber une vision du monde trop bien établie, contrer la violence de la langue dominante. » Vaste programme...
Association à but non lucratif, Perturbations a pour but « d’ouvrir un espace de liberté, de création, de réflexion, autour d’ouvrages que nous apprécions et que nous souhaitions faire découvrir » raconte Séverine Weiss, directrice éditoriale. Les 5 ouvrages qui constituent le catalogue sont « des traductions de récits du XXe siècle, issues notamment de différents mouvements d’avant-garde. » Tirés à 1000 exemplaires pour avoir une certaine visibilité en librairie, ces textes ont en commun d’articuler « une forme et un propos qui dénoncent les idées reçues et toute forme d’oppression. » N’espérez donc pas trouver L’ombre du corps du cocher de Peter Weiss au Super U du coin, les livres rebelles de Perturbations ne se dénichent que dans les librairies indépendantes. Perturbations ne dégage pour l’instant aucune marge et Séverine Weiss et ses collaborateurs – certains fonctionnaires, d’autres metteurs en scène ou encore artiste graveur – travaillent encore bénévolement. Mais dans l’espoir de voir leur petite maison d’édition devenir grande et passer du statut associatif à celui de micro-entreprise.
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