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Dessin contemporain : le dossier (2/2)
En bonus, divers artistes plus ou moins dessinateurs, des jeunes Chloé Julien et Felicia Atkinson à Claude Lévêque ou Laurent Grasso, nous parlent de leur pratique personnelle. Quelle place tient le dessin dans leur travail d'artiste ?
Claude Lévêque fait resurgir dans ses installations les angoisses et émerveillements de l'enfance, révèle l'onirisme des lieux et la complexité de la psyché humaine. Il représentera la France en 2009 à la Biennale de Venise.
« Le dessin fait partie de l'étude préliminaire de ce que je perçois des espaces et de ce que je projette d'y construire. Je travaille beaucoup avec l'ordinateur mais j'ai aussi besoin de visualiser en dessinant. C'est un médium qui, comme le collage ou certaines utilisations de l'image, m'intéresse considérablement.
À propos du dessin, je citerai Giorgio De Chirico : "Sur la terre, il y a bien plus d'énigmes dans l'ombre d'un homme qui marche au soleil, que dans toutes les religions passées, présentes, futures. La vie ne serait-elle qu'un immense mensonge ? Ne serait-elle que l'ombre d'un rêve fuyant ? Ne serait-elle que l’écho des coups mystérieux frappés là-bas contre les rochers de la montagne dont personne paraît-il n'a vu le versant opposé ?"»
Grégory Chatonsky, artiste français multimédia installé à Montréal, a fondé le cite incident.net.
« J'ai toujours sur moi un petit carnet de dessin. Cela me permet d'attraper les idées, de faire des schémas, de griffonner parfois simplement au hasard. C'est mon trésor de guerre. Cette pratique quotidienne me permet de travailler à n'importe quel moment de façon très souple et immédiate. Je n'ai rien à installer, car même avec un ordinateur portable il y a tout un ensemble d'opérations qui sépare le temps d'existence et le temps de travail.
Ma relation au dessin est intime parce que c'est l'univers d'où je viens. Je garde du dessin la ligne hésitante, flottante, faite et refaite, je ne suis pas très ligne claire. Je garde également une certaine vitesse, parce qu'avec le dessin on peut produire beaucoup. Dans le dessin on doit avoir tout sous la main, se réveiller le matin, avoir un désir et le matérialiser quand la nuit tombe. J'ai réalisé un projet qui utilisait le dessin, à partir de certains plans des films de Jean-Paul Civeyrac.»
Davide Balula est artiste et musicien. Il réalise des dispositifs visuels et sonores où prévalent le mouvement et l'« accident ».
« Le dessin tient une place très importante dans mon travail même si ce n'est pas la partie qui émerge de façon littérale dans mes réalisations. Il est bien sûr présent au départ, puis pendant, puis après. Je crois que dans mes projets, les "objets" reprennent cette place raccourcie qui serait plutôt celle d'un dessin dans l'espace, en laissant des variations possibles, toujours sujettes à modifications et généralement sans traces de gomme au sol. J'aime les repentirs. »
Gilles Balmet pratique aussi bien le dessin que la vidéo, la photographie ou la sculpture, privilégiant l'expérimentation.
« Le dessin est un médium très direct, lié à l'impulsion créative et il est aussi considéré depuis peu comme créateur d'œuvres autonomes. Son récent développement correspond à un climat de retour à l'intime après une période de superproduction des œuvres qui ne m'a pour l'instant pas intéressé dans mon travail.
J'aime beaucoup le dessin ou les pratiques sur papier car cela me permet de travailler dans les limites de mon corps tout en expérimentant divers procédés en toute liberté. J'ai toujours dessiné et développé mon travail sur d'autres médiums en parallèle de cette pratique. C'est pour moi une base qui permet d'éduquer l'œil et qui sert à tous les projets artistiques. »
Chloé Julien pratique l'aquarelle dans des dessins de grand format où se révèlent ses mythologies personnelles.
« Le dessin est la forme de concrétisation de la pensée, le champ de dialogue le plus immédiat où, à mon avis, il est le plus difficile de "tricher". Je suis tombée amoureuse du papier en découvrant la lithographie. Le papier que j'utilise le plus régulièrement (Arches 300g) est comme une peau, c'est très vivant, c'est à la fois résistant et fragile... et il ne pardonne pas grand chose. Avec la toile, on peut recouvrir. L'aquarelle sur papier est un geste qui doit être juste. J'aime ce danger, cette radicalité.
Le papier a aussi l'avantage de sa légèreté, la lourde matérialité d'une toile sur châssis m'ennuie. En travaillant sur papier, je peux oublier les contours, le format, et travailler dans le vide. Le papier est un matériaux très courant, que je peux trouver partout, transportable, qui ne prend pas beaucoup de place... Même pauvre, je pourrais toujours dessiner. »
Felicia Atkinson est musicienne, artiste, auteure...
« Le dessin est toujours, à mon avis, une des empreintes les plus contemporaines de ce qui se fait artistiquement aujourd'hui par la simplicité du medium, sa proximité presque corporelle. Le dessin est juste au bout de la main, il est moins dépendant des contraintes de production.
Je travaille avec différents types de papier, mais j'utilise aussi beaucoup le calque que j'aime pour sa capacité à "ne pas faire écran". La lumiere, la réalité passent à travers, le dessin n'y est qu'un filtre. Je n'ai jamais pris de cours de dessin et travaille toujours de manière très spontanée. Mais je dessine tous les jours, c'est presque une manière de penser.
Pour moi, le dessin est très proche du chant, il est produit à l'échelle du corps, je le considère comme une improvisation et un chant. Le dessin est toujours une sorte d'appel, d'improvisation liée au moment présent et à une volonté de "s'accorder", comme en musique, à une sensation de temps et d'espace. Ces mots, lignes, sons, sont une tentative de marquage de la sensation ambigüe "d'être present". »
Illustrations :
1. Robert Crumb, Young Man on the Metro, 2001. Courtesy de l’artiste, collection agnès b.
2. Raymond Pettibon, Once upon a thousand and one night..., 2008. Courtesy Galerie Marion Meyer
3. Chloé Julien, La Combattante, 2008. Courtesy galerie Anton Weller - Isabelle Suret
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