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Exposition de la collection Gallizia, jusqu'au 26 avril 2009
Les 300 pièces de la collection de Graffiti Art d'Alain-Dominique Gallizia investissent, pour un mois, le cadre somptueux du Grand Palais. Rencontre avec cet architecte fondu de graffiti qui travaille à la reconnaissance d'un art encore controversé.
Depuis sa renaissance dans les rues de New-York à la fin des années 1960, le graffiti n’aura pourtant eu de cesse de susciter l’intérêt des milieux hype, toujours à la recherche d’un mouvement underground à porter au pinacle. De l’article fondateur du New-York Times consacré en 1971 au pionnier TAKI 183, à la première expo organisée en 1972 par Hugo Martinez, en passant par les adaptations pop art de Jean-Michel Basquiat (aka SAMO), les tentatives de rapprochement entre le graffiti et le monde de l’art "aux normes" ne sont pas nouvelles.
Des toiles au format Smart
Initiateur de cette impressionnante collection regroupant 300 œuvres de 150 artistes internationaux, Alain-Dominique Gallizia n’est donc pas le premier à tenter de faire sortir les writers ("écrivains", comme ils se définissent eux-mêmes) de l’ombre, ni à vouloir faire passer cet art habituellement éphémère à la postérité. L’ampleur et la nature du projet de cet architecte, fasciné par les signatures et fresques qui ornaient les alentours de ses chantiers, n’en sont pas moins originales :
"Le principe de cette collection, c'est que je n'ai acquis aucune œuvre de ces artistes. Je n'ai pas cherché à acheter l'art, mais à le créer. C'est donc avant tout une rencontre, le choix d'un artiste. En discutant, nous nous sommes mis d'accord sur un format panoramique de 60 cm sur deux fois 180. Il se trouve pour des raisons techniques très importantes qu’il a fallu les couper en deux. Les toiles ne rentraient pas dans ma Smart."
Une œuvre collectiviste
Habitué à créer librement, les graffeurs ont donc dû se plier à plusieurs contraintes : celle du format, celle d'un thème imposé pour une des deux parties de la toile (l’Amour, inspiré par l’artiste Duez), celle d'un lieu de travail commun (l’atelier de Gallizia où sont entreposées les toiles) et enfin celle d'un délai de trois jours pour la réalisation. Autant de conditions qui donnent un caractère unique à cette œuvre globale qui appartient à tout le monde et à personne :
"Je ne suis pas détenteur de ce patrimoine. Cette collection n'est pas chez moi, elle dans mon atelier, contrairement aux œuvres particulières que je commande et qui m'appartiennent. J’en suis le dépositaire, et j'espère que d'autres suivront. Comme d’autres m’ont précédé."
Les Van Gogh du graff
Pendant qu’une partie du monde du graffiti se demande encore si on peut passer des terrains vagues au musée tout en restant crédible, Gallizia a lui poursuivi sa quête loin de telles interrogations. Sans avoir troqué son costume contre un baggy, il a su rallier à sa cause un impressionnant panel de graffeurs, mêlant les générations et les continents. TAKI, JONONE, PSYCKOZE, CRASH, STAYHIGH 149, BANDO, JAY ONE, les grands noms ont adhéré au projet. Au point que le challenge devienne insurmontable pour certains.
"Un grand artiste américain est venu dans l'atelier, il n'a pas bougé pendant des heures et il m'a dit : ‘imagine, tu es impressionniste, et un type dans le Connecticut te montre une grange où il y a Van Gogh, Monet, Gauguin… Je ne peux pas, je ne suis pas prêt’. Beaucoup m'ont dit ça, certains sont revenus trois jours ou deux mois après. D'autres ne sont pas revenus, ils m'ont dit : ‘on n’y arrive pas’."
Heureusement pour Gallizia et le graffiti, l’émulation a le plus souvent pris le pas sur la pression. Et du désir des artistes "d’augmenter le niveau de la collection", est né "presque involontairement une collection de référence sur ce dernier art de la fin du vingtième siècle", se félicite son instigateur.

Exposition T.A.G. (Tag and Graffiti), du 27 mars au 26 avril 2009, dans la gallerie sud est du Grand Palais.
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