"Le Grand Monde d'Andy Warhol", au Grand Palais, réduit l'œuvre de l'artiste américain à une vaste et macabre galerie de portraits de célébrités d'une époque révolue. Et déforme l'image d'un artiste auteur d'une œuvre bien plus complexe.


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On parcourt l'exposition du Grand Palais comme on feuillette le Who's Who ou autre bottin mondain, avec un mélange de voyeurisme malsain et d'écœurement intempestif. En lieu et place d'une rétrospective Warhol qui aurait permis de mettre en perspective les divers thèmes de son œuvre, l'exposition la réduit pratiquement à ses seuls portraits, ou comme l'annonce le titre, au « grand monde d'Andy Warhol », de Mao à Debbie Harry — le « grand monde » désignant, comme dans un roman de Maupassant, celui des célébrités.

Out donc, les Brillo Boxes, réinterprétation brillante du ready-made duchampien, ou les séries de Campbell's Soup raillant la société de consommation. Exit les films expérimentaux comme le célèbre Sleep ou la Warhol TV produits au sein de la Factory, à New York, ou encore la réflexion sur les mass media, avec les reproductions de unes de journaux (White Car Crash 19 Times, 1963) débilitant les terreurs quotidiennes.

Bien sûr on reste fasciné par certaines icônes warholiennes : Marilyn Monroe ou Liz Taylor vaudouisées par de larges plages de couleurs, Jackie Kennedy en deuil figée par le noir charbon de la sérigraphie, ou les autoportraits au regard flou. De nombreux portraits de Warhol, tous réalisés selon le procédé de la sérigraphie emprunté à la publicité, émeuvent par la personnalité du modèle. D'autres (la plupart de ceux montrés ici) agacent, comme celui de la collectionneuse Ether Scull batifolant devant l'objectif de l'artiste pour avoir, la première avant tant d'autres, « son » portrait par Andy Warhol, en 1963. Car voilà ce que deviendront la majorité des portraits de Warhol à partir de la fin des années 1970, un must réservé aux plus riches (25 000 dollars l'œuvre, nous dit-on), de la Princesse de Fürstenberg, à Farah Diba Pahlavi, impératrice d’Iran, en passant par Gianni Agnelli ou Nelson Rockefeller. Certains ont même droit à de la poussière de diamant, pour un prix sans doute légèrement plus élevés...

En ces temps actuels où le glam est à l'honneur et où la fascination pour l'image des stars est à son comble, une telle exposition ravira ceux qui vivent encore dans le souvenir de la jet-set des années 1970-1980. Pour les autres, il s'agira de déambuler le long d'une triste galerie de portraits, instantanés peinturlurés d'une époque qu'on devine folle, mais qui laissera de marbre ceux qui en étaient encore au stade du biberon pendant les années Palace, autour de 1980. On sait que Pierre Bergé, piqué que le portrait d'Yves Saint-Laurent apparaisse dans la section « Glamour », a fait retirer l'œuvre de l'expo... : caprice excessif sans doute, mais qui permet au styliste d'échapper à cette macabre galerie de portraits.

Dommage que certaines séries mille fois plus intéressantes, comme celles des Electric Chairs ou des Skulls, n'arrivent qu'en fin de parcours pour souligner avec insistance la vanité de tout cela.

Le Grand Monde d'Andy Warhol, au Grand Palais, Paris, jusqu'au 13 juillet 2009.

Légendes des visuels :

1. Ethel Scull 36 times, 1963 © Whitney Museum of American Art / Metropolitan Museum of Art, New York © 2009 Andy Warhol Foundation for the visuals arts inc. / Adagp, Paris, 2009

2. Debbie Harry, collection particulière © 2009 Andy Warhol Foundation for the visuals arts inc. / Adagp, Paris, 2009

3. Autoportrait, 1986, The Andy warhol Museum, Pittsburgh © 2009 Andy Warhol Foundation for the visuals arts inc. / Adagp, Paris, 2009

Magali Lesauvage



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